Journal du Gutuater (Entrée XXXIX – Beltane)

Une minute de lecture

On m’a confirmé le nom.

Beltane.

La saison claire commence.

Deux grands feux furent allumés à la tombée du jour. Plus hauts que lors des autres rites. Moins ordonnés. Plus vivants.

On fit passer les troupeaux entre les flammes.
On cria.
On rit.

Puis les jeunes sautèrent au-dessus du feu, sous les encouragements.

Et là, j’ai compris.

Ce n’était pas une cérémonie.

C’était une explosion.

On buvait plus que d’ordinaire.
On chantait faux.
On poussait les voisins pour les forcer à danser.

Je fus rapidement entraîné dans le tumulte. Lucius ne protesta pas. Nous restâmes.

Fidèle à lui-même, il resta d’abord en retrait. Bras croisés. Expression mesurée. Comme s’il assistait à une expérience anthropologique.

Puis un guerrier, large comme un tronc de chêne, lui lança quelque chose en gaulois.

Je ne compris pas tout.
Mais le geste était clair.

Un bras de fer.

Je me retournai brusquement.

Lucius haussa un sourcil.

Un murmure parcourut le cercle.

Le Romain contre le Biturige.

Il posa son avant-bras sur la table improvisée.
Calme.

Le guerrier ricana.

Ils s’empoignèrent.

Silence.

Je vis la mâchoire de Lucius se contracter.
Il ne força pas immédiatement.

Puis, lentement, très lentement, il redressa la situation.

Le bois grinça.

Les rires cessèrent.

Et le poing biturige toucha la table.

Explosion de cris.

Lucius se releva sans triomphe.

Un léger hochement de tête.

Rien de plus.

Je crois que c’est à ce moment-là que la fête bascula pour moi.

On m’arracha presque ma tunique.
On me força à chanter.
Je chantai. Trop fort. Trop faux.

On me fit boire.

Beaucoup.

Je me souviens vaguement avoir tenté un saut au-dessus des braises.
Je me souviens d’avoir raté mon atterrissage.

Puis plus grand-chose.

Je repris conscience à moitié porté.

Lucius.

— Tu es ivre.

Je crois avoir ri.

Il me remit droit. Comme toujours.

— Tu es débraillé.

Je tentai de protester.

Il me fit taire d’un regard.

Nous rentrâmes.

Je m’endormis presque immédiatement.

Je crois qu’il a souri.

Peut-être.

La saison claire commence.

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