Journal du Gutuater (Entrée XLI – Protocole)
Lucius me faisait répéter sans relâche les gestes.
Le protocole.
Je compris soudain combien celui appliqué ici, à Avaricum, était en réalité clément. Léger. Presque amical.
Rome m’apparut alors vraiment dangereuse.
J’avais sous-estimé. Aveuglé par mon enthousiasme.
Lucius m’informa qu’offenser un citoyen — particulièrement un patricien — pouvait me valoir bien plus qu’une correction.
Il prononça le mot sans trembler.
— La mort.
Je ne sus s’il exagérait pour me faire peur ou me préparer.
De ce que je compris, je devais :
- toujours marcher en retrait
- ne jamais fixer un citoyen libre
- ne jamais parler sans y être invité
- le laisser répondre en premier
- n’ouvrir la bouche qu’avec son aval
Et surtout :
Apprendre à m’effacer si la situation l’exigeait. Sans qu’on me le demande.
Comprendre l’ambiance d’une pièce avant même d’y exister.
Puis vint le code vestimentaire.
Pas de tenue barbare.
Pas à Rome.
Pas de tenue noble non plus.
Ni trop visible.
Ni trop insignifiante.
Nous logerions dans sa domus personnelle. Une demeure modeste dont il était propriétaire. Gérée par un certain Philétus. Un homme âgé, autrefois au service d’un oncle.
Je ne rencontrerai pas sa famille.
C’était du moins le plan.
Pour toute sortie, je devrais compter sur son gestionnaire local.
Le voyage durerait entre un et deux mois, selon la route.
Nous resterions quelques jours.
Puis repartirions.
Je m’enquis du bateau.
Plus rapide ?
— Éventuellement à Massilia.
Il n’en dit pas davantage.
Je répétais.
Inlassablement.
Mais pire encore, pour la première fois, je le sentais inquiet.
Il remettait sans cesse en place mes cheveux. Ma tunique. Mon maintien.
Comme s’il corrigeait un défaut invisible.
Le voyage ne s’annonçait pas vraiment ambiance villégiature méditerranéenne.
Je regrettais presque mon enthousiasme.

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