Journal du Gutuater (Entrée XLII – Touriste)

Une minute de lecture

Je ne vous détaillerai pas le voyage.

Sans intérêt.
Long.
Pénible.
Boueux.
Parfois dangereux.

Mon seul point fixe ? Lucius.
Sa présence. Sa chaleur. Son calme.

Le reste ? Vallées, chemins, pluie, auberges douteuses, odeurs de chevaux, et cette fatigue qui s’installe dans les os.

Flemme de raconter.

Je préfère parler de Rome.
De quelque chose d’un peu plus distingué.

Enfin… c’est ce que je croyais.

En réalité, j’en reste encore un peu déçu.

J’avais oublié qu’à l’époque, c’est la République. Pas l’Empire.

Pas de Colisée.
Pas de marbre partout.
Pas de démesure impériale.

Enfin si. Il y a déjà de la grandeur. Mais moins spectaculaire que dans mes souvenirs d’écolier.

Mais je vais vous détailler.

D’abord son domicile local.

Modeste, certes. Mais nettement plus confortable qu’à Avaricum.

Un atrium simple, un impluvium, des murs blanchis à la chaux et quelques fresques discrètes. Rien de très extraordinaire. À part les latrines. Des vraies. Reliées à l'égoût.

Philétus.

Très poli, mesuré, serviable, et d’une discrétion admirable.

Un peu surpris, peut-être, que Lucius lui demande de m’installer dans sa chambre.

Mais il ne dit rien.

Je n’osai parler.

Moi qui, d’ordinaire, suis comme un véritable sénateur en séance publique.

Nous passâmes la nuit.

Au matin, Lucius partit.

Sobre.

Il donna ses derniers conseils.
Ses instructions à Philétus.

— Il ne sort pas seul.
— Il ne parle à personne inutilement.
— Il observe.
— Et surtout, il ne sifflote pas et chante encore moins.

Puis il me regarda.

Longuement.

Et partit.

Moi ?

J’avais peur.

Oui.

Mais chassez le naturel, il revient au galop.

Mon envie de découvrir Rome était plus forte.

Mode touriste XXIe siècle activé.

J’avais mentalement préparé mon itinéraire.

Forum Romanum, le Capitole, le grand temple de Jupiter.

Puis la Subure (curiosité malsaine).

Le Tibre.

Les marchés.

Les thermes.

Je me tournai vers Philétus.

— Nous pourrions… sortir ?

Il me fixa.

Longuement.

Comme s’il évaluait ma probabilité de survie.

Puis il soupira.

— Restez derrière moi.

Accrochez-vous.

Car finalement, la terreur de Rome, à ce moment précis…c’était moi.

Annotations

Vous aimez lire Aurelian3310 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0