Journal du Gutuater (Entrée XLIV – Bousculade)

Une minute de lecture

La foule se densifiait près des Rostres.

Je voulus éviter un porteur.
Un autre me heurta.

Je perdis l’équilibre.

Une main me retint fermement par l’avant-bras.

Je levai les yeux.

La toge blanche. Le regard clair. L’assurance tranquille.

— Attention, dit-il.

Je me redressai aussitôt.

Je baissai les yeux.

— Pardonnez-moi, dominus.

Il ne lâcha pas tout de suite.

Il m’observa.

— Les pierres de Rome ne sont pas faites pour les distraits.

Un murmure amusé passa derrière lui.

Je répondis sans relever la tête :

— Elles m’impressionnent plus que je ne l’aurais cru.

Il inclina légèrement la tête.

— Voilà un Gaulois prudent.

Il me relâcha.

— L’admiration sied mieux que la témérité.

Je risquai un mot.

— Rome trouble un homme modeste.

Un léger sourire.

— Rome trouble ceux qui la comprennent.

Il se tourna vers Philétus.

— Lucius fréquente toujours les provinces ?

— Temporairement, répondit Philétus.

Il hocha la tête.

— Temporairement est souvent un choix.

Puis il me regarda une dernière fois.

— Marche droit. Et regarde où tu poses les pieds.

Il s’éloigna.

Philétus souffla.

— Marcus Tullius Cicero.

Je restai immobile.

Je venais d’être retenu par la main qui, un jour, tiendrait la République par la parole.

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