Journal du Gutuater (Entrée XLV – Entre colère et inquiétude)
Lucius rentra tard.
Plus tard qu’à Avaricum.
Rome avale les hommes jusqu’à la nuit.
J’étais silencieux.
Encore un peu honteux.
Mais terriblement exalté par ma rencontre de l’après-midi.
Philétus avait pris la décision, et à raison, de me ramener immédiatement à la domus.
Il ne me sermonna pas.
Mais son regard disait tout.
Vous auriez pu être battu.
Vous auriez pu compromettre mon maître.
Je compris.
Je ne regrettais pas.
Lucius le remarqua aussitôt.
Il entra, retira son manteau.
Un regard vers moi.
Un autre vers Philétus.
Je dis simplement :
— Tout à l’heure.
Il se figea un instant.
Je sentis qu’il se contenait.
— Bene.
Sec. Mesuré.
Philétus détourna l’attention avec une remarque pratique sur le départ prochain.
Une façon élégante d’éviter l’explosion.
Très romain. Très serviteur fidèle.
Lorsque nous fûmes seuls dans la chambre, je racontai.
Sans omission.
Sans me vanter.
Juste les faits.
La bousculade.
La main qui me rattrape.
La phrase.
Mon excuse maladroite.
Il souffla.
Pour de vrai cette fois.
Il se leva.
S’approcha.
Passa la main sur mon visage comme pour vérifier que j’étais intact.
Remit mes cheveux en place.
— Tu es imprudent.
Pas une accusation.
Un constat.
Puis, plus bas :
— Dors maintenant.
Nous partons après-demain.
Je n’osai lui demander comment s’était passée sa journée.
Je sentais qu’il avait assez à gérer sans mes exploits.
Demain, je resterai à la domus.
C’est plus sûr.
Pour tout le monde.
Je terminerai cette journée avec une formule appropriée :
Veni, vidi… vici ?
Disons plutôt :
Veni, vidi… et je suis rentré vivant.

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