Journal du Gutuater (Entrée XLVII – Retour au pays)
Tadam !
Me revoilà à Avaricum.
Tout compte fait, il n’y a rien de mieux que mon bon vieux Berry.
L’odeur de la terre humide. Celle des foyers. Le désordre familier d’Avaricum et le calme dans ses alentours.
Virdumaros, négociant en vue et « associé » de Lucius, nous accueillit à l’entrée de la ville.
Soulagé.
Double emploi. Double fatigue.
Il avait tenu la maison et les échanges en notre absence. Il méritait largement son hydromel.
Moi, j’allais mieux.
Et surtout, je respirais.
Nous ne travaillerions pas aujourd’hui.
— Bain, vapeur et repos, trancha Lucius.
Je trépignais presque en pensant aux thermes romaines…
Et pourtant, notre sanitaire local me combla de joie comme jamais.
Les habitudes ont la saveur des victoires silencieuses.
Je me laissai glisser contre la paroi tiède.
— Tu t’endors, dit Lucius.
Je confirmai.
— Tu t’endors souvent ces temps-ci.
— Tu es inquiet ? répondis-je en souriant.
Lui ne souriait pas.
Depuis Rome, et tout le long du trajet, il multipliait les prétextes pour m’observer.
Réajuster ma tunique. Vérifier mon front. Compter mes respirations.
Comme si ma santé était devenue une affaire d’État.
— Je vais bien, dis-je enfin.
Juste fatigué. Pas habitué à voyager dans ces conditions.
Et je suis vieux, tu sais.
Un très léger sourire passa sur son visage. Fugace.
Presque clandestin.
Nous passâmes le reste de la journée au calme.
Pas de comptes. Pas de livraisons.
Juste le silence.
Je m’endormis. Je crois.
Quand je me réveillai, j’étais déjà dans la chambre.
Lucius se tenait à l’embrasure.
— Tu es léger, dit-il.
Plus qu’avant.
Peut-être ai-je maigri, pensai-je.
Je ne répondis pas.
Et je replongeai dans le sommeil.
Le reste attendrait bien demain.

Annotations