Journal du Gutuater (Entrée XLIX – Lugnassad)
J’ai décidé de l’appeler comme ça.
Lugnassad.
Les compétitions, les jeux, les beuveries habituelles étaient présentes.
Légèrement plus solennelles au départ.
Puis très vite… beaucoup moins.
Courses, lancers, bras de fer et marchés animés. Une véritable aubaine pour les commerçants.
Virdumaros jubilait.
Je décidai, contre toute prudence, de m’inscrire au concours de poésie.
En barde tous risques accompli.
Je choisis Joachim du Bellay.
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage…
De circonstance. Un souvenir d’école primaire, un parfum de craie et d’ardoise.
Un goût de France qui n’existe pas encore.
Je chantai presque juste.
Ils ne comprirent pas tout.
Mais ils saisirent l’idée.
Le voyage, le retour, la terre natale, les rivières plus belles que le Tibre.
Lucius ne cilla pas.
Mais son regard était différent.
Toutefois, à ma grande surprise, ce ne fut pas le grand druide qui prit la parole pour le discours dédié à Lug.
Non.
Mister « commérodruide » s’y colla.
Oui, je ne connais toujours pas son nom.
Note à moi-même : le lui demander avant qu’il ne devienne légendaire et que je passe pour un imbécile.
Je vais tenter de retranscrire ce que j’en ai compris.
En brodant quelque peu.
Ce sera une interprétation très personnelle.
Vous êtes prêts ?
Le discours (interprétation très libre du Gutuater)
Il parla de lumière.
Pas celle qui brûle.
Pas celle qui éblouit.
Mais celle qui révèle.
Il dit que Lug n’était pas seulement le dieu des arts et des armes.
Qu’il était celui qui sait tout faire sans se croire tout-puissant.
Que la force sans intelligence n’est qu’un bœuf furieux.
Et que l’intelligence sans courage n’est qu’un lièvre tremblant.
Il parla des moissons.
De la terre qui rend ce qu’on lui confie.
Mais seulement si on la respecte.
Il parla des clans.
Des Bituriges.
Des Arvernes.
Des autres.
Il ne parla pas de Rome.
Je crois qu’il ajouta quelque chose comme :
Le plus grand danger pour un peuple ne sont pas les ombres aux frontières.
Mais la discorde en son sein.
Nous ne sommes forts ni par la colère, ni par la peur.
Nous sommes forts par ce que nous savons faire.
Il évoqua la roue.
La roue qui tourne.
Les saisons qui passent.
Les empires aussi.
Oui.
Il a dit cela.
Ou alors c’est moi qui l’ai entendu.
Quand il termina, il n’y eut pas de cris.
Juste un silence.
Puis les jeux reprirent, ponctués de rire, de défis et de pauses buvette indispensables, soit toutes les cinq minutes.
Ici, un verre vide est défectueux.
Lucius participa de nouveau à un bras de fer.
Et s’en sortit fort honorablement.
Moi, je bus trop.
Il me ramena.
Encore.

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