Journal du Gutuater (Entrée LIX – Qui parle en premier)

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Passons maintenant aux assemblées.

Je vous dois bien ça.

Après tout ce mystère, tout cet encens, tout ce théâtre du cercle sacré, je voulais comprendre.

Comment cela fonctionne vraiment ?

Ategnatos finit par céder.

Un peu.

D’abord, toutes les assemblées ne se ressemblent pas.

Celles que j’avais vues près du sanctuaire, dans le cercle, sont les plus solennelles. Les affaires graves y sont évoquées : les serments, les conflits importants, les décisions qui engagent l’honneur des clans.

Mais la plupart du temps, les habitants se réunissent ailleurs.

Dans la grande salle.

Une vaste pièce en bois où l’on discute de choses bien plus concrètes : querelles de terres, dettes, réparations, organisation des travaux, décisions collectives, parfois même l’accueil d’un émissaire venu d’une autre cité.

On y parle de justice, bien sûr.

Mais aussi d’impôts, de commerce, de routes à réparer ou de troupeaux à déplacer.

La vie ordinaire d’une cité, en somme.

Je découvris surtout une chose.

Ce ne sont pas les druides qui parlent en premier.

Contrairement à ce que j’imaginais.

Ce sont les chefs de clans.

Ou celui qui accuse.

Ou celui qui a le plus à perdre.

L’ordre n’est pas fixé par un règlement écrit.

Il est fixé par le poids social.

On parle quand on peut.

On se tait quand on doit.

Les druides ne jugent pas immédiatement.

Ils écoutent.

Longtemps.

Parfois trop longtemps à mon goût.

On laisse les témoins s’exprimer.

On laisse les anciens intervenir.

On laisse même les plus jeunes dire ce qu’ils ont vu.

Puis vient le moment où tout le monde a déjà compris ce que chacun pense.

Et c’est seulement là que le druide parle.

Pas pour décider.

Pour orienter.

Nuance essentielle.

Je lui demandai :

— Et si vous savez qui a tort ?

Il répondit :

— Savoir ne suffit pas.

Je crois que je commence à comprendre.

L’assemblée n’est pas un tribunal.

C’est un mécanisme d’équilibre.

On cherche moins la vérité absolue que la paix durable.

Si l’on humilie un clan, il reviendra armé.

Si l’on tranche trop vite, la rancœur fermente.

Alors on parle.

On temporise.

On compense.

Souvent, cela finit par une réparation ou un compromis.

Comme devant les juges de paix.

Moins spectaculaire que je ne l’aurais cru.

Et parfois, me dit-il avec un sourire, trois heures sont nécessaires…pour un porc.

Je n’ai pas insisté.

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