Journal du Gutuater (Entrée LX – Verticalité)

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Aujourd’hui, j’ai tenté quelque chose de plus ambitieux.

Comprendre l’organisation politique et sociale un peu plus en détail.

Je décidai de partir de ce que je connais.

— À Rome, dis-je à Ategnatos, il y a les citoyens. Parmi eux, les patriciens dominent. Les consuls sont élus. Puis viennent les hommes libres, et les esclaves tout en bas.

Il m’écoutait, amusé.

— Chez vous, comment cela fonctionne-t-il ? Est-ce aussi vertical ?

Il plissa les yeux.

— Vertical ?

Je dessinai des lignes dans la poussière. En expliquant le principe de base et de sommet.

— Une pyramide.

Il effaça ma pyramide du bout du pied.

— Nous ne sommes pas une pyramide.

Très bien.

Il m’expliqua.

Il y a des lignages.

Des familles anciennes.

Des chefs de clan.

On ne devient pas « important » par décret.

On le devient parce que d’autres acceptent de vous suivre.

Le roi, lorsqu’il y en a un, n’est pas un dieu.

Il est choisi.

Parmi les nobles.

Parmi ceux qui ont prouvé leur valeur, leur générosité, leur capacité à protéger.

— Donc ce n’est pas purement héréditaire ?

— Le sang aide. Mais il ne suffit pas.

Je notai mentalement.

À Rome, le sang ouvre des portes.

Ici, il ouvre une possibilité.

— Et si le roi est mauvais ?

Il haussa les épaules.

— Il ne reste pas.

Une logique simple. Pragmatique.

Je demandai ensuite :

— Existe-t-il des esclaves ?

Il réfléchit.

— Des captifs, oui. Des prisonniers de guerre. Des hommes sans clan.

Mais je n’en ai pas encore vu ici.

Il ajouta :

— Un homme sans clan ne survit pas longtemps.

Ce n’était pas une menace.
C’était un constat.

La dépendance existe. Pas comme à Rome.

Ici, on jure fidélité solennellement et l’on ne peut être ni acheté ni vendu, ni châtié ou renvoyé au bon vouloir d’un mentor ou d’un seigneur, pour le dire simplement.

À Rome, les choses sont différentes.

Les esclaves existent bien sûr. Eux n’ont aucun droit.

Mais il existe aussi une autre forme de dépendance : la clientèle.

Les clients y sont généralement des hommes libres.
Ils se rapprochent d’un patron par intérêt, par protection, par opportunité.

On tisse des relations.
On entretient un réseau social.

Les patrons changent parfois.
Les clients aussi.

Les alliances se font et se défont au gré des circonstances.

Ici, un homme ne se place pas seulement sous la protection d’un plus puissant.

Il prête un serment.

Un serment qui ne se rompt pas aisément.
Ou alors pour une raison grave.

La loyauté et la protection sont deux faces indissociables.
Et leur rupture se paie cher.

Ces liens se renouvellent lors de cérémonies comme celles auxquelles j’ai assisté.

Ce n’est pas la clientèle romaine, même si l’on y trouve quelques similitudes.

Cela ressemble davantage, si je devais le formuler avec un concept médiéval, à quelque chose que j’appellerais — faute de mieux — la chevalerie.

J’emploie ce mot à dessein.

Il est sans doute inexact. Peut-être même complètement anachronique.

Mais c’est celui qui me vient.

Un écho médiéval, profondément ancré dans nos imaginaires.
Une image floue, romantisée.

Pourtant, il traduit assez bien ce que j’entrevois ici :
un mélange de fidélité personnelle, de prestige social et de devoir guerrier.

Une synthèse imparfaite, sans doute.

Mais mon esprit moderne s’y accroche.

La société biturige repose sur ces serments.
Pas sur des fidélités opportunistes et superficielles.

Ils façonnent la société.

Un ensemble de liens, renouvelés à travers les générations.

— Et les druides ? demandai-je.

Il sourit.

— Nous ne gouvernons pas.
Nous empêchons seulement que les autres se détruisent.

Et ça, c’est déjà beaucoup.

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