Journal du Gutuater (Entrée LXII – Les sentinelles)
Je m’étais trompé.
En voyant les sentinelles aux portes, les gardes sur les tours, les rondes nocturnes, j’avais naïvement pensé :
« Voilà donc leur armée. »
Rangée.
Stationnée.
Prête.
Je comparais inconsciemment aux légions romaines.
Erreur.
Je posai la question à Ategnatos.
— Ces hommes aux portes… sont-ils des soldats ?
Il me répondit :
— Ce sont des hommes de la cité.
Nuance.
Il m’expliqua que la garde tourne.
Certains sont désignés par leur clan.
D’autres servent parce qu’ils doivent protection à un noble. Certains encore sont mus par l’honneur.
Ce n’est pas une carrière.
C’est un service.
Une obligation temporaire.
Une sorte de milice, dirais-je avec mes mots modernes.
Ils maintiennent l’ordre.
Surveillent les routes.
Préviennent les troubles.
Mais ils ne vivent pas en permanence sous les armes.
Ils retournent ensuite à leurs champs, à leurs ateliers, à leurs affaires.
Je compris alors pourquoi Rome finit par dominer.
Ce que j’observe ici est courageux, mais fragmenté.
Il n’y a pas de commandement centralisé.
Pas de consul pour coordonner l’ensemble.
Pour seule défense, il n’y a que les hommes de la cité.
Et parfois les femmes.
Cela fonctionne tant que les menaces restent locales.
Mais face à une organisation plus rigide, plus disciplinée…
Je préfère ne pas y penser.
Ategnatos, lui, leva simplement les yeux vers les tours.
— La cité tient parce que chacun sait qu’elle doit tenir.
C’est peut-être suffisant.
Jusqu’au jour où cela ne le sera plus.
Et ce jour se rapproche dangereusement.

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