Journal du Gutuater (Entrée LXV, je crois. Si je me trompe, corrigez-moi, je commence à mélanger mes propres chiffres.)

2 minutes de lecture

Honnêtement ?

Il ne se passe pas grand-chose.

Vous connaissez déjà comment cela fonctionne ici.
J’ai essayé de vous expliquer, du mieux que j’ai compris, le système politique, les assemblées, l’éducation, l’organisation militaire — ou plutôt ce qui en tient lieu.

En dehors de quelques querelles commerciales, de l’épisode des Pictons qui m’avait fait imaginer la fin d’Avaricum, et de mon charmant procès improvisé, la vie suit son cours.

Les assemblées sont les mêmes.
Des histoires de dettes, de porcs, de frontières de champs.
Rien qui mérite une épopée.

Je ne participe toujours pas aux assemblées.
Je sors davantage.
Lucius vient me chercher.
Parfois il me ramène sur son dos.
Je ne sais toujours pas si je dois considérer cela comme une humiliation publique ou une marque d’affection romaine très mal formulée.

Je ne sais toujours pas quoi penser de lui.

Deux ans.

Plus de deux ans.

Et il demeure… opaque.

Il y a des jours où je crois le comprendre.
Le lendemain, il me dément sans même parler.

L’hiver revient.

On entretient les palissades.
On prépare les réserves.
Les routes commerciales ralentissent.
Les marchandises arrivent moins souvent.
Les visages deviennent plus prudents.

Rien d’exceptionnel.

Je continue ma tradition du sapin d’hiver.
Il ne commente plus vraiment.
Il accepte.
Je crois même qu’il s’y attend.

Il se souvient toujours de mon anniversaire.
Moi, j’ignore toujours le sien.

J’ai tenté d’aborder le sujet.

Silence.

Je commence à le connaître assez pour savoir qu’insister serait contre-productif.

Avec Lucius, il n’y a pas vraiment de bon moment.

Il n’y a que des moments.

Je suis sous la coupe d’un Romain.
Je n’existe que par son statut.
Et pourtant, ici, je suis devenu à moitié romain, à moitié biturige et à moitié français.

Oui, je sais.
Trois moitiés.
Mathématiquement douteux.
Identitairement exact.

Je pourrais vous parler des jeux des enfants.
Ils sont identiques aux nôtres.
Seuls les jouets changent.

Je pourrais détailler la chasse, son rôle symbolique.
Je l’ai déjà fait.

À vrai dire, tout est… tranquille.

Je me surprends parfois à rêver de Bourges.
De ses rues.
Du tumulte lors du festival du Printemps.
Du confort moderne.

Et puisque je n’ai rien d’héroïque à vous raconter…

Peut-être est-il temps que je vous parle de la seule chose ici qui n’appartient ni à Rome ni aux Bituriges.

Mon téléphone.

Oui.

Il existe toujours.

Il dort.
Il attend.
Il survit.

Et pour cela, je dois être d’une discrétion absolue.

Si Lucius ou mon très cher druide avaient connaissance de cette invention…je doute que la curiosité resterait académique.

La prochaine entrée traitera donc du téléphone.

Où est-il ?
Comment je le recharge ?
Pourquoi n’est-il pas déjà mort ?

Accrochez-vous.

Cette fois, il n’est pas question de porc. Simplement de port.

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