Journal du Gutuater (Entrée LXXI – Héritage)
Ategnatos est venu ce matin.
Il ne venait pas pour une fête.
Il venait pour une mort.
Un notable du clan des Vellavii d’Avaricum est décédé cette nuit. Pas de blessure. Pas de guerre. L’âge, simplement.
Je demandai comment on ferait pour ses biens.
Ategnatos me regarda longuement.
— On ne « fait » rien. On restitue.
Je ne compris pas.
Il s’assit.
— Ce qui appartient à un homme ne lui appartient jamais totalement. Il le tient. Il le transmet.
Chez nous, m’expliqua-t-il, les terres ne sont pas coupées comme du pain. Elles restent au clan. Le fils aîné reçoit l’autorité. Les autres reçoivent part d’usage. Les filles ont déjà reçu leur part en alliance.
Les armes vont au plus digne.
Les bêtes sont comptées.
Les dettes sont rappelées devant témoins.
Rien n’est laissé à l’arbitraire.
— Et s’il n’a pas de fils ? demandai-je.
— Alors le clan choisit.
Pas de parchemin scellé.
Pas de signature.
La mémoire suffit.
Je pensai à Rome.
Aux testaments, aux sceaux, aux héritiers nommés.
Ici, on n’hérite pas seul.
On hérite devant les autres.
Ategnatos ajouta :
— Ce qui ne peut être transmis en biens doit être transmis en paroles.
Je restai silencieux.
Je compris que chez les Bituriges, mourir n’est pas quitter.
C’est redistribuer.
Et je ne pus m’empêcher de me demander ce que Lucius, lui, laisserait derrière lui.

Annotations