Journal du Gutuater (Entrée LXXVII – Les galettes refermées)
L’été est revenu, presque trop généreux.
Après l’eau et la boue, la chaleur s’est installée avec une obstination nouvelle. Les marais sentent fort. Les herbes hautes vibrent d’insectes.
On célébrait la saison.
Je décidai d’apporter quelque chose.
Les galettes, ils connaissent.
Mais pas refermées.
J’écrasai des pommes finement coupées, les fis revenir doucement avec du miel jusqu’à ce qu’elles brunissent légèrement. J’ajoutai des noisettes concassées.
On me regardait faire.
— Tu brûles des fruits ?
— Non.
Je déposai la préparation au centre d’une galette encore souple, puis repliais les bords.
On protesta.
— Ça va couler.
Ce fut le cas.
Un peu.
Je posai le tout sur la pierre chaude.
L’extérieur dora.
L’intérieur devint tiède, collant, parfumé.
Je coupai en deux.
La vapeur sucrée monta.
On goûta avec prudence.
Puis on en redemanda.
Les doigts étaient poisseux. Les bords légèrement brûlés. Le miel trop généreux.
Quelqu’un déclara que c’était une manière étrange d’enfermer un fruit.
Je répondis que certaines choses gagnent à être contenues.
On rit.
Lucius goûta.
Il ne fit aucun commentaire.
Mais il termina sa part.
Je crois que je viens d’inventer quelque chose qui survivra peut-être plus longtemps que moi.
Ou qui sera oublié dès l’automne.
Ce qui, en vérité, revient au même.

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