Journal du Gutuater (Entrée LXXIX – Retards et dégel)
La neige a tardé à disparaître cette année.
On en trouvait encore à l’ombre des palissades en avril, grise, tassée, récalcitrante.
Les chemins restèrent impraticables plus longtemps qu’à l’ordinaire. Les roues s’enfonçaient dans une boue froide. Les attelages avançaient lentement.
Un convoi attendu depuis la fin de l’hiver arriva avec près d’un mois de retard.
Le vin avait souffert.
Le sel était intact.
Le fer légèrement rouillé.
Les étoffes humides.
Rien de dramatique.
Mais suffisamment pour faire parler.
Les Turons évoquèrent les délais.
Les nôtres rappelèrent les routes impraticables.
Lucius écouta.
Il ne s’emporta pas.
On ajusta les comptes.
On accorda une remise modeste.
On compensa une partie des pertes par un prochain chargement prioritaire.
L’affaire se conclut autour d’un accord simple : personne n’avait voulu nuire.
Je notai cependant une chose.
La terre ne séchait pas.
Même après la fonte.
L’air semblait retenir l’eau.
Une humidité sourde, persistante, presque tiède malgré le froid tardif.
Je reconnaissais quelque chose de familier.
L’annonce de pluie. D’eaux stagnantes. Un été moite. Lourd.
Bref les joies du Berry.

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