Journal du Gutuater (Entrée LXXXI – Fièvre persistante)
Pour ma part, cela aura été bref.
Le nez qui coule.
Les yeux irrités.
Une toux sèche.
Un peu de fièvre.
Trois jours de faiblesse. Quelques jours de récupération. Passé le pic.
Puis l’amélioration.
La plupart des habitants semblent suivre ce même chemin.
En revanche, Lucius m’inquiète.
Si la ville se remet sans grand tumulte, lui s’affaiblit de jour en jour.
Malgré les soins.
Malgré la nourriture.
Malgré l’attention constante.
Je veille à son chevet.
Je prends des nouvelles plusieurs fois dans la journée.
Je le retrouve parfois endormi sur sa chaise, le corps penché, comme s’il s’était assoupi debout.
Il prétend que cela va passer.
Mais les jours s’ajoutent aux jours.
Et la fièvre demeure.
Autre chose me trouble davantage.
Il délire par moments.
Des phrases sans queue ni tête.
Des noms que je ne connais pas.
Des bribes d’histoires familiales que je n’avais jamais entendues.
Un mot revient régulièrement. Un endroit, une ville peut-être : Tusculum.
Je crois qu’il évoque ses grands-parents, des souvenirs d’enfance.
Il se rendort ensuite, comme si rien n’avait été dit.
Je ne répète pas ces paroles.
Les druides ont tenté leurs préparations.
Les guérisseurs leurs infusions.
Remèdes, vitamines ou du genre, potions, décoctions, onguents.
Rien n’y fait.
Ategnatos — qui choisit toujours ses mots — m’a simplement confié que la durée n’est pas bon signe.
Sans dramatiser.
Sans condamner.
Je fais ce que je peux.
Je reste.
Peut-être est-ce simplement plus long pour lui.
Peut-être son corps lutte-t-il différemment.
Je veux croire que cela n’est qu’une fièvre persistante.
Mais je commence à compter les jours.

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