Je suis Charlie
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Quand l'attentat a eu lieu, j'avais dix ans.
En CM2, je ne pensais qu'à ce que je mangerai le midi, retrouver ma meilleure amie G., et, surtout, la phobie de la piscine. Le lendemain, l'idée de sentir l'odeur du clore me retournait l'estomac, et toute mon attention était fixée là-dessus. Le soir, aux informations, que la famille écoutait avec un silence presque religieux et inhabituel, mon esprit avait imprimé qu'il s'était passé quelque chose de grave. J'entendais les mots, sans vraiment en saisir le sens. Et, surtout, la seule pensée inquiétante qui m'obsédait était la piscine. Et, comme dans la famille on ne parle pas de choses graves et importantes, après les informations, j'étais partie me coucher, sans aucune pensée de terreur et de choc suite à un évènement majeur, mais sans explications non plus.
Le lendemain, à la radio, sur le chemin de l'école, ma mère avait mis Fun Radio, comme chaque matin. La seule chose diffusée était des appels de personnes qui répétaient, inlassablement, la phrase qui hanterait toute la France : "Je suis Charlie". Je n'en comprenais pas le but, et, avec le stress, je n'y pensais pas.
Arrivée à l'école, avec G., on a essayé de comprendre avec le peu d'informations que nous avions. Ma théorie était qu'il y avait eu une attaque massive chez un journal, et que l'une des victimes s'appelait Charlie.
Ma maîtresse avait annulé son cours, celui d'avant la piscine. Au lieu de quoi, elle avait expliqué à des gamins de dix ans que des types animés par la haine avaient provoqué une attaque d'une ampleur telle qu'elle marquerait les années 2010.
Égoïstement, si je comprenais que l'attaque terroriste était horrible, je ne voyais pas en quoi ça me concernait. Je ne voyais pas comment le terrorisme pouvait propager une vague de peur et de haine, ni pourquoi on en parlait autant. Je n'étais qu'une gamine terrifiée par un cours de piscine, une gamine encore petite qui découvrait encore son monde.
Aujourd'hui, ces souvenirs deviennent flous. Une chose est sûre : si j'avais d'autres problèmes, je suis contente de ne pas avoir perdu mon innocence ce jour-là.
Car les terroristes n'ont pas réussi leur coup sur moi. Je n'ai pas eu peur, je n'ai pas pleuré, je n'ai pas été marquée. Je n'ai pas vu de changement chez ma famille non plus.
Vous n'avez pas réussi à me terroriser.

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