Chapitre 1

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Elle s'installa derrière le volant de sa Citroën C3 et souffla un bon coup. Elle tourna la clé de contact et le moteur se réveilla. L'habitacle de la voiture fut alors envahi par la musique qui passait à ce moment là à la radio. Gwen posa son crâne sur l'appui tête et ferma les yeux en écoutant « Still loving you » de Scorpions.

Punaise c'est vieux ça ! Il nous passe des vieilles chansons même en pleine journée sur NRJ ... ils ont besoin d'audimat ou quoi ?

Mais en y réfléchissant, maintenant, toutes les chansons qui sortaient, étaient plus nulles les unes que les autres. Ce bon vieux classique qu'elle adorait, était une valeur sûre de la bonne musique de ces dernières années.

Elle se massa les tempes lentement en faisant des cercles pour essayer de soulager son mal de tête. Elle avait passé une journée au travail juste horrible. « Il y a des jours avec et des jours sans » comme disait toujours sa grand-mère, et bien aujourd'hui, c'était un jour vraiment sans. Dès ce matin elle s'était doutée que la journée allait être longue. Quand son réveil n'avait pas sonné ! Elle dormait bien, Morphée avait mieux son boulot que la nuit passait, quand elle avait entendu le chien du voisin aboyer. Encore ! Elle râla après lui, il était vraiment agaçant à hurler à n'importe quelle heure du jour comme de la nuit. Elle s'était tournée pour regarder l'heure et son sang n'avait fait qu'un tour. Elle avait fait un bond du lit quand elle avait vu son réveil afficher 6h23. Il fallait qu'elle soit à son travail à 6h45 mais elle savait déjà qu'elle n'y serait jamais à temps. Elle avait surement oublié de mettre son réveil, ça lui arriver de plus en plus souvent.

Pour limiter le temps de retard, elle avait couru jusqu'à la salle de bain, avait enfilé les premières affaires qu'elle avait trouvées. Elle s'était attachée les cheveux avec un chignon lâche - vous voyez le passage où le mec et la fille se rencontrent au hasard quand il vient sonner chez elle pour du sel ? C'est un peu l'accoutrement de Gwen à ce moment là, elle avait attrapé ses cachets qu'elle avait fourré dans son sac et était partie en trombe. Tanpis pour le lit pas fait, les volets pas ouverts, la pause pipi qui avait sauté, les croquettes du chat pas donnés et le petit déjeuné pas pris. Et même avec tout ça, elle était arrivée au travail à 6h53 : pile poil à la fin des transmissions.

Heureusement c'était l'équipe avec qui elle aimait travailler ce matin là, et les filles lui firent un petit récapitulatif de ce que les veilleuses avaient dit quelques minutes avant. Avec un début de journée comme ça, il fallait se douter que ça ne faisait que commencer. Gwen avait alors enchaîné les merdes toute la matinée : elle avait loupé ses deux prises de sang comme une débutante, avait eu trois chutes de résidents dont deux qu'elle avait dû envoyer aux urgences pour fracture - poussez vous ! On fait du vide ! L'un des deux ascenseurs était tombé en panne - avec une mamie dedans, sinon ce n'est pas vraiment drôle, ainsi que le portail électrique par où passe les ambulances, tout en jonglant avec le téléphone qui n'avait fait que sonner et des pansements à refaire.

"Maison de retraite Gwen infirmière bonjour ? Oui, oui votre maman va bien ... attendez deux secondes, Seve tu peux tourner Mme G s’il te plait ? Oui donc votre maman va bien, elle a bien mangé hier soir et ... *collage de téléphone entre l'oreille et l'épaule et réfection de pansement d'escarre au sacrum qui pue et coule* ce matin aussi elle a mangé tout son petit déjeuné. Oui. Très bien merci au revoir et bonne journée".

Puis elle avait eu la visite de la cadre supérieure en même temps que les trois médecins traitants qui venaient voir des résidents malades - faites la queue s'il vous plait ! Chacun son tour et on ne pousse pas ! Et pour couronner le tout, le fauteuil roulant électrique d'un résident était tombé en panne en centre ville et il avait fallu aller le chercher et le pousser jusqu'à la maison de retraite ... le résident ne faisait que 110 kilos !! Vous voyez les filles qui courent le marathon de New York ? Et bien elles transpirent moins à la fin que Gwen à ce moment là. Elle avait fini par se poser sans avoir manger, pour faire ses transmissions au moment où sa collègue d'après midi arrivait pour prendre son poste. "Salut ! Ça a été ?"

Souris ... t'es pas filmé mais souris !

Gwen adorait son métier, elle savait qu'elle voulait faire infirmière depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvenait. Bien sur, ce n'était pas un travail de tout repos et surtout, il fallait être polyvalent, patiente et très organisée. Elle avait choisi de travailler avec les personnes âgées pour leur savoir, leur sagesse, la communication et le travail sur le long terme qu'elle pouvait faire avec eux ... blague ! Non elle pensait que ça allait être tranquille ! Si elle avait su elle aurait choisi le poste en psychiatrie. Ce qu'elle avait eu plus ou moins vu qu'un tiers de ces résidents étaient personnes âgées ayant des troubles psychiatriques. L'ambiance régnait entre les mamies pestes et celles qui décompensaient en jetant des couteaux sur les vieilles dames médisantes. Et Gwen s'assimilait de plus en plus à une maîtresse d'école qu'à une infirmière.

Elle fit sorti de sa rêverie par sa collègue aide soignante qui tapa à sa fenêtre :

- Tu devrais rentrer chez toi plutôt que de dormir dans ta voiture ! Lui lâcha Séverine en rigolant

Gwen rigola et démarra en lui faisait un signe d'au revoir de la main. Elle rentra chez elle tranquillement. Elle savait que Maël n'allait pas être rentré de son travail et c'était tant mieux. En ce moment, leur relation n'était pas à la meilleure de sa forme ... voir même au plus bas qu'elle n'avait jamais été. Elle gara sa voiture sur le trottoir et descendit. Elle s'approcha de la boite aux lettres et y découvrit trois courriers en l'ouvrant. Deux au nom de Mr Maël Dura - très bien c'est lui qui a les sous. Et une pour elle. C'était une enveloppe toute simple, blanche, sans logo. L'écriture était très courbée, avec des lettres grosses et rondes. Surement l'écriture d'une femme se dit-elle. Le timbre était simple et l'adresse de l'expéditeur n'était pas mentionnée.

Tiens ... une lettre anonyme ? Qui m'envoie un courrier comme ça ? Un admirateur secret ?

Elle ouvrit le courrier de suite, sans attendre d'être à l'intérieur, piquée par la curiosité. Elle en tira un carton d'invitation pour une réunion d'anciens élèves. Elle fut surprise car elle pensait que cela ne se faisait qu'en Amérique ou en Angleterre. Le carton spéculait que la réunion avait lieu au Lycée Cassaigne où elle avait passé son baccalauréat. Elle resta un moment interdite, se remémorant certains de ses souvenirs à cette époque de sa vie. Déjà dix ans d'écoulées ....



- Non Mr Lanlhas, vos droits s'arrêtent à la fin du mois, je suis désolé.

David resta bloqué sur sa chaise en entendant son conseiller du pôle emploi lui dire qu'il n'allait plus toucher le chômage.

- Je ne comprends pas ...

- Vous avez refusé les offres d'emploi que nous vous avons proposé, et vous n'avez pas travaillé assez longtemps depuis plus d'un an. Vos droits se terminent donc.

- Mais si j'ai travaillé ! Je suis entrain de dessiner une BD ...

- Vous n'avez pas touché de salaire fixe, vous n'avez pas eu de contrat signé sur une durée suffisante pour ...

Les paroles de ce vieux con commencèrent à disparaître de l'attention de David. Il était entrain d'imaginer les différentes façons qu'il avait pour tout casser dans le cabinet de ce bureaucrate fermé d'esprit.

Je vais lui taper dessus avec son ordinateur de merde ! Ou lui enfoncer son stylo dans la main ! Ces fonctionnaires ne comprennent jamais rien ! Je savais depuis le début comment cette conversation de merde allait se finir !

Il se leva alors d'un bond et sorti de la pièce en claquant la porte.

C'est toujours pareil, les artistes ne sont jamais considérés comme des travailleurs !

Il entendit son conseiller l'appeler derrière la porte mais il s'en fichait. S'il restait un instant de plus dans son bureau, il n'allait pas pouvoir se contrôler, et il lui aurait jeté des choses à la tête. Il prit alors sa voiture et parti en direction du centre ville. Il ruminait encore et encore sur cet étriqué.

Bien sur que si je travaille ! Tous les jours et je suis sur plus que lui ! Comme si on pouvait dessiner une bande dessinée comme ça en dix jours. Couillon !

Il se gara en face de son bar habituel et s'assit en terrasse. Le serveur, qui le connaissait très bien, lui amena alors sa bière habituelle. David avait toujours rêvé de faire une bande dessinée. Pas que d'écrire les dialogues, mais montait tout une histoire, de dessiner les personnages, imaginer les intrigues, faire que le lecteur revienne pour le prochain tome. Car c'était son rêve, de faire une bande dessinée digne des Astérix ou des Lucky Luke. Et pourquoi pas après, l'adapter en dessin animé !

Mais son imagination s'était envolé depuis quelques années sans savoir pourquoi. Il n'arrivait plus à écrire, ni à dessiner malgré de longues journées devant sa feuille blanche. Il gribouillait des petites choses mais rien qui ne vaille la peine de faire un tome, et encore moins d'être publié. Alors afin de boucler les fins de mois, il avait fait quelques petits boulots à droite à gauche : magasinier, livreur de pizza, livreur de journaux ... mais il n'arrivait pas à garder un travail plus d'une semaine. Il savait qu'il avait toujours eu un problème avec l'autorité, les contraintes d'un travail et, surtout, il ne supportait pas qu'on lui donne des ordres. Aucun ordre, sauf ceux venant de sa mère.

En repensant à sa mère, David bu le fond de sa bière cul sec. Elle venait de décéder quelques semaines plus tôt et il n'arrivait pas à faire son deuil. Elle était partie bien trop tôt, à 51 ans, d'un cancer foudroyant du pancréas. Il avait été découvert que trop tard, sa mère n'écoutant pas ses maux. David avait dû la forcer à aller voir un spécialiste et quand elle a été diagnostiquée, elle était déjà en phase terminale. Les yeux de David commencèrent à s'embrumer et lui piquer en repensant à elle, mais il ravala ses sentiments et recommanda une bière au serveur.

Mec t'es un homme ! Contrôle-toi ! Un mec ça ne pleure pas !

Il se replongeait dans ses pensées, quand il vit le serveur se prendre les pieds dans une chaise. David vit alors la chute comme dans un film comique, au ralenti : le garçon de bar failli retrouver son équilibre, mais le plateau qu'il tenait dans sa main le fit basculer vers l'avant et il tomba la tête la première contre le sol, se cassant au passage la jambe. David hésita entre éclater de rire et se lever le ramasser. Il choisit la deuxième option - Après tout le serveur semblait souffrir - et appela le patron. Ce dernier, arriva en râlant car il allait devoir appeler le SAMU et surtout, il allait devoir trouver un nouveau serveur rapidement. Ils étaient en pleine saison et les touristes envahissaient les terrasses de café. La chance avait-elle tourné pour David ?

Un travail lui ouvrit les bras devant lui et il n'hésita alors aucune seconde avant de proposer son aide. Après le départ du serveur, et de longues minutes de discussion avec le patron, ce dernier avait accepté de lui laisser une chance, il avait sa journée d'essai demain. Il rentra chez lui, content, sa journée avait bien mal commencé mais finissait fort bien. En rentrant, il ouvrit sa boite aux lettres qui se noyaient sous les factures.

EDF et Orange en même temps, cool ! C'est vrai que mon compte n'est pas déjà à - 120 euros. Tiens qu'est ce que c'est ça ?

Au milieu des factures se trouvaient une enveloppe sans insigne. Il l'ouvrit rapidement, et y trouva un carton d'invitation à l'intérieur.

« RÉUNION D'ANCIENS ÉLÈVES DU LYCÉE JEAN CASSAIGNE

BACHELIER DE L'ANNÉE 2009

RENDEZ VOUS LE 18 JUILLET A LA SALLE POLYVALENTE DU LYCÉE »

En dessous, en plus petit, était inscrit qu'il fallait donner sa réponse avant le 10 Juillet tout en mentionnant le nombre de personnes présentes.

Pff, une occasion de plus de parler avec des gens qui ont tout réussi dans leur vie. Hors de question que j'y aille !

Il calcula rapidement depuis combien de temps il avait finit le lycée, et se rendit compte que ça faisait déjà dix ans, dix ans qu'il ne l'avait pas vu.

Flashback Un

Les filles rigolaient comme des folles en sortant du magasin. Elles faisaient les boutiques depuis quelques heures maintenant et finalement n'avait rien acheté. Malgré le fait qu'une d'elle avait besoin d'une paire de chaussures pour le soir même. Tanpis, elle en mettrait des vieilles, après tout, elle n'était pas à une paire de chaussures près.

En traversant la route, son regard croisa le regard d'un homme. Il était grand, avec des cheveux très noirs et un regard vert profond. En croisant son regard, elle ressenti un déclic, comme si elle venait de toucher un fil barbelé et avait été électrocuté. Cette sensation la parcouru et descendit dans tout son corps ce qui la figea sur place. Ce garçon ne l'avait pas laissé indifférente, et même au contraire, il l'avait bousculé métaphoriquement parlant.

Quand son regard croisa ses yeux azurs rieurs, il n'arriva pas à détourner son regard. Il se noya littéralement parlant dedans. Le regard de cette fille était si profond et à la fois si transparent, il cru voir le fond de son âme durant les quelques secondes. Il n'arriva pas à détourner ses yeux d'elle tant qu'elle n'avait pas passé sa route. Une fois qu'elle avait disparu de son champ de vision, il se retourna pour essayer de le croiser de nouveau ... en vain.

A cet instant, tous deux, se rendirent vite compte qu'ils venaient d'avoir ce que l'on appelait : un coup de foudre. Ils venaient de se faire renverser par l'amour et il avait filé sans faire de constat.

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