Chapitre 16
Le temps avance et la rentrée se trouve bien loin de moi à présent. Vivre sous terre ne m’est pas un problème. Je me suis habituée à Elementa, aux dortoirs, aux profs et aux cours. Passer de matières comme l’Histoire des Etats Unis, littérature anglaise ou mathématiques à l’Histoire d’Ocmundi, cours de magie ou voyage par téléportation a été un grand changement pour moi. Nous avons des cours de ce genre mais plus axés sur notre monde et pas celui de la surface. Dire la surface me vaut encore un pincement au cœur. Mais j’ai découvert avec joie que les vacances de Pâques approchent. Nous avons le droit de rester ou de retourner à la maison si on le veut. Je vais retourner à Chino Hills ! J’ai hâte. La Californie. Je me mords la lèvre pensivement. C’est samedi après-midi et je fais mes devoirs tranquillement. Jenny est à la bibliothèque pour un travail de groupe. Jessica et Georgia sont dans leurs chambres respectives. J’entends la télé donc une doit être dans le petit salon. Une notification me parvient. C’est Jim.
Tu es libre pour un diner ce soir ?
Je sens des papillons dans le ventre.
Oui, je suis libre.
Je viens te chercher à 19 heures.
Je souris bêtement face à l’écran. Notre premier rendez-vous. Je me souviens du cinéma avec Sue et Maddie. On dirait qu’une vie est passée. Je vais au salon. Georgia mange des chips sur le canapé.
– Qu’est-ce que tu regardes ? je demande. Je m’affale à côté d’elle.
Elle sursaute et porte une main à sa poitrine.
– Tu m’as fait peur.
– Désolée, je dis navrée.
– Tu es trop silencieuse. Je regarde une série.
Je reconnais l’acteur à l’écran.
– Dawson’s Creek ? Tu aimes ce genre de séries ? je demande incrédule.
– Quoi ? J’aime bien l’ambiance des années 90. Un peu de romance ne fait jamais de mal.
– En effet.
Je regarde un peu avec elle et lui pique des chips.
– Jim m’a invité au restaurant, je lâche.
Elle me tape le genou.
– Bien fait. Tu sais ce que tu vas mettre ?
– Non. Je dois réfléchir.
Je suis tout à coup nerveuse. Très nerveuse.
– Calme-toi, tout va bien se passer. De toute façon vous n’avez pas la pression du « goodnight kiss ».
Elle dit le mot en faisant les guillemets.
– Georgia ! je la réprimande.
– En vrai j’aime bien l’idée de ne pas s’embrasser. Tu peux te centrer vraiment sur la personne, tu ne crois pas ?
– Si, je réponds. Mais je connais Jim. On doit encore se connaitre davantage évidemment. Je ne sais pas. J’ai envie de le connaitre physiquement aussi, j’avoue.
– Ne fait pas de conneries, elle dit. Avec les entrainements et les Aneique, tu dois avoir tes pouvoirs.
– Je sais. Je ne vais pas lui sauter dessus quand même, je dis avec un sourire.
– Bon à savoir.
Je me lève et toque à la chambre de Jess. Elle termine un appel avec ses parents. Elle est ravie pour mon rendez-vous et propose de m’aider. Je passe le reste de l’après-midi à me laver, me coiffer et me maquiller. J’opte pour un maquillage simple mais un peu plus osé. Je mets un fard à paupières foncé et du mascara. Un simple baume sur mes lèvres et voilà. Après beaucoup d’analyses avec les filles, j’ai opté pour une robe col roulé courte gris perle. J’enfile les bottes de l’uniforme et un nouveau manteau que j’ai acheté ici. Mes doigts passent sur la flamme brodée sur la gauche. Les boutiques locales disposent de plein de vêtements assorti à ton élément. Tu peux trouver des vêtements abstraits mais aussi beaucoup de pièces avec des références à Ocmundi ou tes éléments. C’est bientôt l’heure.
– Tu es magnifique, dit Jenny.
– Amuse-toi ! dit Jessica en me serrant dans ses bras.
– Merci. Je vous tiens au courant.
Je leur fais un clin d’œil et sors. Je passe à travers les quelques ponts suspendus et arrive à la plateforme centrale. Les dortoirs sont vides, je suppose que tout le monde est dehors. Je m’apprête à descendre avec l’échelle mais mes pieds décollent du sol. Je pousse un cri et un vent me fait descendre les dix mètres jusqu’au sol. J’atterris devant Jim. Je pose mes mains sur ses épaules pour me stabiliser, le souffle coupé. Il m’accueille avec un sourire. Je lui donne une petite tape.
– J’aime bien voler mais tu pourrais me prévenir quand même. J’ai failli avoir un arrêt cardiaque.
Il rigole.
– Désolé, je ferai plus attention. Promis.
Il recule d’un pas, me prend la main et me fait tourner sur moi-même. Je m’exécute avec un rire.
– Tu es très belle, il dit.
– Merci. Tu n’es pas mal non plus.
Je l’observe à mon tour. Il porte une chemise blanche, un jean foncé, des chaussures de costume et un manteau long. Ses cheveux sont coiffés en arrière avec un peu de gel. C’est la première fois que je les vois ainsi et je le trouve irrésistible. Nous entrelaçons nos doigts et sortons d’Elementa.
– Où m’emmènes-tu ?
– C’est une surprise, il répond.
Nous entrons progressivement dans la ville et je m’émerveille face à sa vie nocturne. Je ne suis qu’allée au Bluebell, ce rendez-vous est donc ma deuxième sortie à Occidens. Certains commerces sont encore ouverts, les bars sont pleins tout comme les restaurants. La décoration est très jolie. Tout est en pierre lisse ou en bois foncé avec des couleurs naturelles. C’est un style assez minimaliste mais avec des touches dignes d’ici. Des inscriptions en latins sur les murs, des runes gravées, quelques street art. Nous entrons dans ce qui semble être une auberge ou hôtel. Je lui lance un regard confus.
– Fais-moi confiance, il me murmure à l’oreille.
Nous traversons un lobby élégant puis sortons par une porte au fond qui donne sur une cour intérieure. Je retiens une exclamation. C’est superbe. La cour est pavée de pierres et des réverbères illuminent le tout d’une douce lumière tamisée. En fait c’est une terrasse. Des tables sont disposées. Nous prenons place. Le public est plutôt des personnes de fin vingtaine ou plus de trente ans. Nous sommes définitivement les plus jeunes. Je suis soudainement nerveuse. Je lis avec soulagement que les prix sont corrects.
– Tu es déjà venu ici ? je demande.
– Non, jamais. Nous avons un plat typique cependant. Pratiquement tous les restaurants l’offrent. Tu devrais l’essayer. C’est celui-là.
Il me montre le nom. Je lis riz forestier avec filet de poisson de rivière, miel, herbes et grenade. Des combinaisons surprenantes. J’acquiesce.
– Il y a une rivière ici ?
– Oui, elle est à côté de la grotte.
– Pourquoi je ne le savais pas ? Je veux la voir maintenant, je dis.
– Nous irons la voir alors, il répond avec un sourire.
Le serveur prend nos commandes. Je demande une limonade et Jim de l’eau. Il se penche vers moi. Ses yeux me sondent.
– Comment tu te sens ?
– A propos de quoi ?
– A propos de tout. Elementa, tes amies, moi, Chino Hills.
Je réfléchis.
– Je vais commencer par le plus facile. Chino Hills me manque beaucoup. Ma famille me manque mais j’ai su qu’on peut partir pour les vacances de Pâques. Tu vas partir aussi ?
L’idée de passer du temps avec lui de nouveau à Chino Hills me réjouit. Il hoche la tête.
– Je vais voir mes parents. Et toi aussi, il ajoute.
Ses doigts frôlent les miens et mon cœur rate un battement.
– Parle-moi de ta vie d’avant. De ta vie californienne.
– Tu es encore méfiante c’est ça ? il plaisante.
– Je suis curieuse.
– J’ai beaucoup aimé ma vie d’avant. Je suis fils unique. Mes parents ont toujours été présents. Comme je te l’ai expliqué au lycée, j’ai été scolarisé dans des écoles en dehors de la ville. Contrairement à ce que certains peuvent penser, j’étais assez réservé. J’avais mon petit groupe d’amis et c’est tout.
– Est-ce que tu as ressenti une connexion avec ton élément avant les symptômes ? Est-ce que c’est possible ? je demande.
– Ce n’est pas le plus courant mais ça peut arriver. A partir de l’adolescence, j’ai commencé à vraiment aimer être dehors. Sentir la brise. Je pouvais passer des heures assis dans le jardin. Mes parents étaient surpris.
Je ris. Je suis soulagée. Mes rêves n’ont pas de liens avec mon retard alors. Ils représentent une connexion avec mon élément peut-être. Mais pourquoi je les ai encore ? Le serveur arrive avec nos plats. Je goute et je suis étonnée par les saveurs qui éclatent dans ma bouche. C’est très bon. Jim se fend d’un sourire en me regardant manger. J’ai envie de l’embrasser. La soirée se déroule merveilleusement bien. Le restaurant a une bonne ambiance, si bien que nous n’avons pas à chuchoter. Je lui raconte des anecdotes sur mon enfance. Il partage ses gouts musicaux, sa première année ici, son amitié avec Scott. Le temps passe vite et il est bientôt tard. Jim paie et nous sortons main dans la main. Ses doigts tapotent les miens de temps en temps et mon pouls s’accélère à chaque fois. Il fait froid mais pas trop. Nous nous promenons un peu puis revenons à Elementa. Je ne veux pas rentrer tout de suite. Je veux être encore avec lui. Je pose ma tête sur son épaule avec contentement.
– Tu sens bon, je dis.
Son rire fait vibrer son torse.
– Toi aussi tu sens bon.
Il me tourne face à lui. Sa main caresse ma joue. Il se penche et m’embrasse le visage comme au temple. Mes joues, ma mâchoire, mes tempes. Je frisonne quand ses lèvres touchent mon cou. Mes mains serrent sa chemise. Je le pousse un peu. Mon regard se pose sur ses lèvres. Okay, il est temps de se séparer.
– Merci pour ce soir. J’ai adoré, je dis.
– Tout le plaisir est pour moi, il chuchote.
Je le contemple une seconde de plus puis grimpe l’échelle. Je sens son regard sur moi jusqu’à que j’atteins ma cabane. Les filles arrêtent l’émission qu’elles regardent dès que je pose un pied dans le salon.
– Alors ?
– C’était comment ?
– Vous ne vous êtes pas embrassés j’espère ?
– Une question à la fois, je dis avec un rire.
Je m’affale à coté de Georgia et pose mon sac.
– On ne s’est pas embrassés évidemment. Nous sommes conscients des conséquences que ça pourrait avoir, je dis en leur lançant un regard appuyé. Il m’a emmené à un restaurant.
– La chance, dit Jess avec un soupire.
– J’ai mangé un plat typique d’ici. Vous voulez savoir ce que c’est ?
Elles hochent la tête. Je leur décris le plat et la date en soi. J’ai beaucoup aimé. Jim est charmant, je me suis sentie à l’aise avec lui malgré ma nervosité apparente. Je sais que tomber amoureuse de lui pourrait être dangereux. Nous n’avons pas les mêmes éléments. Jusqu’à quand va-t-il résister sans vouloir m’embrasser ou faire… plus ? Jusqu’où vais-je résister ? Je me fais violence et bannis ces pensées de mon esprit. Je refuse de me prendre la tête.
[…]
Le mois de janvier laisse la place au mois de février. Le cours de magie est de plus en plus difficile. Apprendre à maitriser le feu s’avère ardu. Néanmoins Madame Cholea est mon enseignante préférée. Elle est sévère et douce à la fois, attentive à tous. Je l’apprécie beaucoup. Les sortilèges sont de plus en plus intéressants mais durs aussi. Je sens mon pouvoir grandir en moi chaque jour. Je me réveille parfois avec des picotements aux doigts et le besoin de faire sortir des petites flammes. Je n’ai plus refait le rêve. Je ne comprends vraiment pas pourquoi je le fais encore à des moments ponctuels. Pourquoi le jour de ma deuxième transformation ? J’ai pensé peut-être chercher un livre pour en savoir plus. Je regarderai dans la bibliothèque quand j’ai le temps. Les entrainements avec Owen eux sont une torture. Certains ont vraiment du mal avec leur Aneique, d’autres sont doués. Un jour, un Acqua a aspergé d’eau un Aria et ils ont fini par se battre. La prof a dû utiliser ses pouvoirs pour les séparer. Je me trouve dans la moyenne. J’adore la sensation que me procure voler. J’ai appris à cracher du feu l’autre jour. C’est comme une extension d’un sortilège avec ma main gauche mais sous la forme de mon Aneique. J’ai adopté une routine avec Jim. Il vient me chercher après les cours et nous trainons parfois au terrain ou allons chez lui. Nous regardons un film ou parlons simplement. Ce sont mes moments préférés de la journée. Il s’endormit une fois et je me suis retrouvée à l’observer, à suivre les lignes de son visage et de son corps avec mes yeux. Ça devient de plus en plus difficile de lui résister. Je n’ai plus eu de nouvelles d’Emurio. Donc pas d’examens ni de conversation gênante sur mon retard.
Jenny sort officiellement avec Ralph, le messager de Georgia. Les deux sont Fuocans, donc pas de soucis. Ils sont adorables. Georgia et Jenny rechignent sur le fait que deux du groupe sont en couple et qu’elles sont mises de côté. Je ris à leur commentaire.
– Je ne passe pas tellement de temps avec Jim, je dis. Seulement quelques jours par semaine. Surtout les week-ends.
– C’est parce que vous êtes incompatibles, dit Georgia. Sinon vous serez comme Jenny et Ralph. Ils sont inséparables. J’imagine ce qu’ils font.
– Georgia ! dit Jessica, mi amusée mi genée.
– J’aime avoir mon indépendance de toute façon et Jim aussi. Je ne veux pas rater la vie étudiante d’Elementa, je plaisante en jouant des sourcils.
– Ouais justement. Samedi soir on va au Bluebell. Les trois. Et je n’accepte pas un non pour réponse, dit Georgia.
J’acquiesce. Cette fois-là, Georgia, Jessica et moi allons avec Will. Même ambiance que la première fois. J’aime beaucoup le bar. Je suis vraiment surprise de voir Walter arriver. Il vient à notre table et s’assoit à côté de moi. J’ai un petit soubresaut puis revient à la conversation avec les autres. Ma relation avec Walter est un peu étrange. Je n’ai toujours pas réussi à le déchiffrer complètement. Il est assez réservé. Mystérieux. Mais on s’entend bien. J’apprécie les conversations avec lui. Il me donne parfois des conseils qui sont les bienvenus.
[…]
Mars. La météo artificielle progresse vers un doux printemps. Petit à petit. Je suis contente de laisser mon manteau pour une veste. Je ne suis pas fan de l’hiver. Aujourd’hui j’ai cours avec Madame Owen. Le portail nous a transporté cette fois à Quod, la région du sud d’Ocmundi. Cela fait quelques semaines que nous nous entrainons ici. Les températures sont plus hautes et humides. Nous n'allons jamais en ville, toujours en forêt. A la place d’une villa comme à North, il y a une sorte de bungalow ici. Des instruments y sont disposés ainsi que des tables pour si nous devons faire des exercices écrits. Nous effectuons la routine d’échauffement de d’habitude et je suis déjà en sueur. Jessica a du mal. Je l’encourage avec le regard et elle ne fait que soupirer, ses cheveux collés à ses tempes.
— C’est bon pour l’échauffement les enfants ! crie la prof.
J’esquisse un sourire. « Les enfants ». Elles nous appellent comme ça depuis la transformation. D’accord nous sommes encore des mineurs mais plus des enfants. J’ai 17 ans.
— Cette après-midi, vous allez travailler en groupe avec les personnes de votre élément. J’ai disposé un set d’exercices pour chaque Aneique. Pour les Arias, Fuocans et Acquas, ce sont des exercices dans les airs tandis que les Terrans c’est sur terre. Suivez les indications. Ce n’est pas une compétition donc aidez vos camarades s’ils sont en difficulté, c’est compris ?
J’acquiesce. Effectuer des exercices sous mon Aneique m’angoisse toujours. Je serre les poings. Jessica s’en va gaiement vers Will avec qui elle s’est liée d’amitié. Je suis Jenny de près et nous rejoignons notre espace dans une clairière. L’exercice est composé de cerceaux par lesquels il faut passer et des obstacles à éviter. Travailler la dextérité de son Aneique, nous dit la prof quelques séances plus tôt. Walter se place au centre.
— On y va un par un ou vous vous allez en pair ? Je pense qu’on peut le faire à deux aussi, il dit.
Il a pris le rôle de leader assez naturellement entre nous. Les autres ont vite appris qu’il venait d’ici et ont donc conclu qu’il possède beaucoup plus de connaissances et expérience que le reste d’entre nous. Une autre fille chez les Arias est aussi d’Ocmundi. Deux personnes seulement dans notre classe.
— On fait l’exercice à deux alors, propose une fille. Je préfère ne pas être seule.
— Okay.
Je sens ses yeux sur moi mais l’ignore. Je veux être avec Jenny. Elle prend mon bras et nous nous plaçons devant. Les autres se rangent derrière nous. Walter se paire avec la fille, très enthousiasmée. D’un signe de tête nous nous transformons. Je ne ressens pas de douleur. Être métamorphe est un automatisme désormais. Je prends mon envol et commence la série d’exercices. J’entends les ailes de Jenny derrière moi avec assurance. Les obstacles sont assez faciles à éviter. Je me concentre sur mes ailes, ma vision et mon axe. Je tourne légèrement ma tête et tente de faire comprendre à Jenny d’enflammer le prochain objet ensemble. La communication n’est pas encore mon fort. Je ne lis pas de la compréhension dans ses yeux. Je bats fort des ailes et la percute. Elle coasse en réponse. Comment lui faire comprendre ? pensai-je avec frustration. Je m’avance et enflamme l’objet seule. Elle en rajoute juste à la fin. Nous terminons notre série sans drames et me transforme de nouveau en humaine. Jenny trébuche un peu et me tape l’épaule.
— Pourquoi tu m’as percuté ? J’ai failli perdre mon équilibre, elle dit, les sourcils froncés.
— Désolée. Je voulais qu’on enflamme l’obstacle ensemble. Je ne savais pas comment te le faire comprendre, je réponds.
— Tu sais que je n’arrive pas à me communiquer sous mon phénix. C’est chiant. Je vais en parler avec la prof tout à l’heure.
J’acquiesce, hésitante. Elle va prendre de l’eau sans un mot de plus. Le binôme suivant s’envole. Je masse ma nuque puis vois deux pieds devant moi. Je lève le visage. Walter. Je croise les bras.
— Des critiques ? je demande ironiquement.
— Tu sais que je te donne plus de conseils que de critiques, il objecte.
Je soupire.
— Je n’arrive pas à me coordonner avec Jenny. Nous sommes proches et pourtant sous notre Aneique, on n’arrive pas à faire passer un message ou à travailler en équipe.
— Ma mère m’a expliqué une fois que trouver un partenaire en tant qu’Aneique est difficile. Ça n’a rien à voir avec l’amitié. C’est de la pure entente entre deux personnes. De la complicité.
— De la complicité ?
Je lève un sourcil et il sourit.
— Je ne parle pas du concept de complicité dans une relation amoureuse. Je parle du concept dans le travail en équipe.
— Et tu penses que nous serions complices ? Avec nos Aneique ? je demande.
— Peut-être. Je veux essayer mais tu t’obstines à refuser.
Il passe une main dans ses cheveux. Je détourne le regard. Sa coéquipière l’appelle. C’est leur tour.
— La prochaine fois ? je propose.
Il acquiesce.
— Je prends note, il dit avant de la rejoindre.
Walter s’est avéré être une personne agréable, bien loin de ma première impression quelques mois auparavant. Alors pourquoi suis-je réticente de faire paire avec lui ?

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