Chapitre 19
Mon esprit a laissé toute l’histoire des Terrans derrière lui pour laisser place à Chino Hills. Je ne tiens pas en place. Je vais bientôt pouvoir revoir mes parents et Ben ! Je n’y crois pas. Quel bonheur de retrouver ma maison, mes rues, ma chambre. J’ai le cœur qui bat fort. Près de quatre mois sont passés depuis mon arrivée ici. J’ai changé. Je fais remonter la chaleur jusqu’à mes doigts. Une flamme surgit dans ma main gauche. Ses mouvements, sa chaleur font désormais partie de moi. Je souffle. Je m’y plais beaucoup ici. Jim avait raison. Je ne ressens pas une ferveur aveugle envers Ocmundi mais je considère Elementa et Occidens comme ma deuxième maison. J’adore les cours, observer comment mon pouvoir grandit en moi et je me suis fait des amis qui me sont chers.
Je remets les pieds dans la fameuse grotte avec les filles. J’observe ses recoins et ses angles sous un autre œil. J’étais tellement stressée ce jour-là. Nous sommes tous présents. Je me tourne vers les filles et les serre une dernière fois dans mes bras.
– Profitez bien, je dis.
– Toi aussi, dit Jessica, les larmes aux yeux.
Je lui caresse les cheveux. Je dis au revoir aussi aux garçons. Scott n’est pas parmi nous. Ses parents sont partis en voyage alors il a décidé de rester ici. Jim, un sac sur les épaules me prend la main. Je me retourne une fois. Son pouce trace des cercles sur ma paume. Nous marchons une dizaine de minutes puis prenons un tunnel où des vents nous soulèvent comme la première fois. Enfin, on gravit un long escalier jusqu’à arriver à la trappe. Jim l’ouvre d’un coup sec. Le bois grince. Je sors et mes yeux plissent sous la lumière. Sous le soleil. Je soupire d’aise. J’inspire l’air frais du printemps.
– Enfin je peux voir le ciel, je dis. Tu m’as manqué.
J’ouvre les bras en grand. Jim sourit. Il passe un bras autour de mes épaules.
– Allez, je ne voudrais pas retarder ta réunion familiale.
– Tu veux que je t’invite ?
– Ça ira, il répond.
Je lui fais du coude.
– Hé.
– Je dois voir aussi mes parents.
Je n’insiste pas parce que je ne sais pas comment je me sens à l’idée de le présenter à mes parents. Nous sommes dans une relation sérieuse certes, mais un peu instable. Non, instable n’est pas le mot. Incertaine. Je peux l’admettre même si ça me cause un pincement au cœur. On arpente silencieusement les sentiers du Sequoia Park avant d’arriver au parking. Revenir sur mes pas me rappelle tellement de souvenirs. Être de nouveau ici en Californie me semble un peu irréel. Jim a laissé sa voiture garée dans une rue déserte un peu plus loin. Elle a résisté tous ces mois. Je m’assois sur le siège passager. Le stress commencer à me ronger les tripes. Jim pose la main sur mon genou.
– Ça va aller, il dit. Tu es contente non ?
– Oui. Mais j’ai peur, j’admets.
– Peur de quoi ?
Il allume le moteur et nous voilà en route. Nous arriverons juste après l’heure du déjeuner. Je l’ai déjà communiqué à mes parents.
– Et s’ils remarquent que quelque chose cloche en moi ? Que j’ai changé ? C’est la première fois que je ne les ai pas vu depuis autant de temps.
– Ils ne vont pas deviner que tu as des pouvoirs Raquel. Ils vont probablement noter un changement mais rien de plus. Ne t’inquiète pas.
Son pouce caresse ma joue. Je souris faiblement. J’espère, pensai-je.
[…]
Nous arrivons à treize heures. Mes yeux s’ouvrent en grand devant ma maison. J’ai le cœur dans la gorge.
– Merci pour le trajet, je dis.
Il me surprend en prenant mon visage. Il m’embrasse. Je le pousse, outrée.
– Jim, on ne peut pas.
– Les vacances sont longues. On a de la marge, il répond.
– Oh.
Je n’avais pas réalisé que nous sommes à Chino Hills et que mes pouvoirs ne me sont pas indispensables ici. Je le tire par son t-shirt et l’embrasse. Puis je rassemble mes affaires.
– Je t’enverrai un message, il me dit avec un sourire.
Je sors. Je ne peux rien ajouter vu que je suis une pelote de nerfs. Mes jambes flagellent. J’entends la voiture de Jim démarrer. La porte s’ouvre et ma mère crie, une main à la bouche. Je cours et l’enlace.
– Raquel est là ! elle crie.
Je rigole. Son odeur me submerge et je me sens de nouveau à la maison. Ses bras qui m’entourent et me serrent au point de me faire mal aux côtes. Quelques secondes après, mon père m’enlace à son tour, suivi de Ben. Il a grandi. En l’espace de quelques mois, je le vois plus homme. Je délire un peu je pense. Je presse ses joues.
– Tu as grandi non ? je dis.
Il pousse doucement mes mains avec un rire.
– Malheureusement non.
Mon père prend ma valise. La maison est telle comme je l’ai laissée. Je m’avachis sur le canapé et observe tout. Chaque élément. Ben s’assoit à côté de moi.
– Tes amies me suivent partout, il murmure.
– Maddie et Sue ?
Il hoche la tête.
– C’est parce que je leur ai dit de prendre soin de toi et de t’avoir à l’œil, j’explique avec un sourire.
– Je ne suis plus un enfant Raquel, il rouspète.
– Tu seras toujours mon petit frère.
Je hausse les épaules.
– Venez à table, dit maman depuis la cuisine. On t’a attendu pour manger tous ensemble.
Un énorme sourire étire mes lèvres. Je jubile devant le déjeuner. Maman a préparé des burgers maisons avec du bacon et des frites. Et Ben me fait une surprise avec mon milkshake préféré. Gout caramel. Un vrai délice. Et en dessert, une tarte aux pommes. Je me goinfre. Maman me regarde tendrement tandis que papa pouffe.
– Ils ne te donnent pas assez à manger dans l’internat ? il demande.
– Si, mais c’est différent.
Mon estomac va exploser.
– Je me sens vraiment à la maison, merci. Vous m’avez gâté, je dis la voix enrouée.
– Tu nous as manqué, dit maman.
Entrer dans ma chambre a été une expérience surréelle. Revoir toutes mes affaires, mes vêtements, mes photos, mes souvenirs. Je me sens un peu dépaysée. Un peu beaucoup. Assise sur ma chaise roulante, je ne peux éviter de penser que ce monde qui était le mien ne l’est plus exactement.
[…]
Le premier jour se passe bien. Autant dire que je suis en extase. Ben est aussi en vacances alors je passe autant de temps que je peux avec lui. Néanmoins, je raconte avec regret des mensonges sur mon supposé internat. Je n’ai pas besoin d’inventer que je me suis fait des amis ou que les cours me passionnent. Mais j’omets les éléments plus importants. J’aimerais dire : maman j’ai des pouvoirs, j’ai subi deux transformations et je vis dans un monde appelé Ocmundi. Tu hallucinerais si tu y allais. Mais je ne peux pas. Ils sont satisfaits avec les histoires et les informations que je leur transmets. L’important c’est que je suis heureuse et que je me sente bien là-bas, dit mon père. J’ai des bonnes notes, ça aide aussi. Je passe l’après-midi à regarder la télé avec Ben. Les parents sont au travail. Il fait chaud. Le bonheur. Sue m’a appelé. On se voit ce soir. J’ai hâte. Quatre mois de séparation. Je somnole un peu sur le canapé sur l’épaule de Ben. Un rayon de soleil me chauffe agréablement le visage depuis la fenêtre. Un toc à la porte me fait sursauter. Je me frotte les yeux.
– Tu attends quelqu’un ? je demande.
– Non. Toi ?
Je secoue la tête. Il s’apprête à se lever mais je l’arrête.
– J’y vais, je dis.
Je m’étire, réajuste ma tenue composée d’un débardeur et d’un short. La porte s’ouvre sur Jim. J’écarquille les yeux. Je jette un coup d’œil au salon puis sors et referme doucement la porte sur moi.
– Salut, il dit avec un sourire.
– Je préfère quand tu préviens, je dis.
– Moi aussi tu m’as manqué.
Je ris. Il m’enlace par la taille. J’inhale son odeur.
– J’ai eu envie de te voir.
– Un jour est passé Jim.
Il pose son front sur le mien. Je perds mon souffle face à ses yeux bleus.
– Je veux profiter de mon temps avec toi, il chuchote.
– Moi aussi. On peut se voir demain ?
Il hoche la tête. Puis il m’embrasse. C’est d’une naturalité déconcertante. Jim et moi avons été un peu physique au début lorsqu’il était mon messager puis ça s’est vite freiné à Ocmundi pour des raisons évidentes. Mais là, pour le laps de temps que sont les vacances, nous pouvons reprendre là où on l’avait laissé. Il approfondit le baiser et je frissonne. Il me serre contre lui. Sentir ses lèvres sur moi, pouvoir suivre le contour de ses épaules des doigts.
– Raquel ?
C’est Ben. Qui m’appelle. Mince. Je pousse Jim.
– J’arrive !
Une main aux lèvres, j’essaie de cacher un sourire nerveux.
– Tu pourrais me laisser entrer tu sais. Ben me connait.
Il enfonce les mains dans les poches. Une nouvelle lueur brille dans ses yeux. Il est tellement beau que je peine à répondre.
– Oui mais... Je ne lui ai pas dit que nous sortons ensemble.
Il hausse les sourcils.
– Quoi ? Tu l’as dit à tes parents toi ?
– Ouais.
– Je ne te crois pas.
Il ouvre la bouche mais la porte s’ouvre.
– C’est toi, dit Ben. Jim c’est ça ?
– Salut. Je passais juste voir ta sœur un instant.
– Oui exactement, il allait partir, je dis.
Ben me regarde avec un expression mi amusée mi suspecte. Je prends son bras et l’emmène dedans. Je fais signe à Jim de s’en aller mais il m’embrasse encore une fois chastement.
– A demain.
Je ferme la porte.
– Arrête de sourire, je peux te voir d’ici, dit Ben depuis le salon.
Mon sourire béat s’efface.
– Je ne souris pas.
– Vous sortez ensemble ?
Je m’assois de nouveau à ses côtés. Je soupire.
– Oui. Mais ne dis rien à maman et papa.
– Pourquoi ?
– Je leur dirai le moment venu.
[…]
Le soir arrive avec une légère baisse de température. J’enfile un jean bleu marine évasé, un pull léger et une veste en jean. Je ramène mes cheveux en arrière et les attache en une queue de cheval, puis met des boucles d’oreilles pendantes. Un peu de maquillage et je suis prête. Une partie en moi appréhende un peu cette réunion. J’ai tellement changé en ces quatre mois. Elles ont surement changé aussi. Notre amitié pourra résister malgré les mensonges que je vais leur raconter ? Je doute. Mais l’idée de perdre le contact avec elles me donne envie de pleurer. Je les connais depuis si longtemps. Bref. Je pense trop.
– J’y vais, je dis à la cantonade.
– Amuse-toi bien et ne rentre pas trop tard, répond ma mère depuis le salon.
– Compris !
J’observe le ciel et ses couleurs entre le violet, le rouge et l’orange. C’est beau. Le quartier vibre de la même ambiance qu’auparavant. Mon cerveau veut trouver des différences à tout prix alors qu’il n’y en a pas. La vie a continué son chemin tandis qu’une population entière poursuit la sienne à Ocmundi. Ça me dépasse. J’arrive devant le restaurant de tacos au centre commercial The Shoppes, notre endroit habituel pour trainer ensemble. Mon pouls bat à mes tempes. Elles m’enlacent lorsqu’elles arrivent et je pousse un petit cri de surprise. Sue a les cheveux plus longs. Madison est toujours la même.
– Tu nous as tellement manqué ! dit Maddie.
– Raconte-nous tous, dit Sue.
Elle me prend la main et ne la lâche plus. Je leur raconte un peu près les mêmes éléments qu’à mes parents et Ben. Je dois être convaincante parce qu’elles me croient mot pour mot. J’avale mes tacos avec nervosité. Apparemment Madison file le parfait amour avec son mec. Elles trainent parfois avec l’équipe de football, chose que nous ne faisions jamais.
– Vous êtes presque populaires, je lâche avec ironie.
– Non, rien de ça, dit Sue. Elle est tombée amoureuse du mec le moins populaire de l’équipe. C’est mieux, je ne les calcule pas trop.
Elle hausse les épaules.
– Ils sont gentils, renchérit l’intéressée.
J’avoue sur un coup de tête que je fréquente quelqu’un moi aussi. Je ne dis pas que c’est Jim. Elles ne savent pas que je suis partie avec lui évidemment. Officiellement, Jim est parti en urgence parce que ses parents ont reçu une offre de travail autre part.
– Je t’envie, dit Madison, la bouche pleine.
– Pourquoi ?
– Tu dois surement avoir plus de liberté pour faire ce que tu veux à l’internat. Tu sais pour…
Elle joue des sourcils. Je manque de m’étrangler avec ma boisson. Sue éclate de rire.
– Vous ne l’avez pas fait ?
– Non. On prend notre temps.
– Je comprends. Chacun son rythme, elle dit sincèrement.
Je suis vierge. J’ignore si on l’aurait fait sans la contrainte de l’incompatibilité. J’imagine que oui. J’en ai envie mais je n’y ai pas trop pensé puisque nous ne pouvons même pas nous embrasser à Ocmundi. Elles me demandent une photo. Je manque à nouveau de m’étrangler. Qu’est-ce que je fais ? J’ai pris quelques clichés de Jim mais je ne dois absolument pas montrer ces photos. Je tombe sur une particulière. C’est Jessica qui l’a pris lors d’un entrainement avec Madame Owen. Je suis en sueur dans une prairie. A côté de moi se tient Walter. J’ai le pouce levé tandis qu’il se contente de regarder la caméra. Je me sens horrible de faire ça mais je n’ai pas le choix. Je leur montre la photo.
– Il est beau, dit Maddie, ses yeux concentrés sur mon téléphone.
– Tu penses ?
– Comment ça ? Tu ne le trouves pas beau ? demande Sue.
Je me racle la gorge.
– Si si, évidemment que je le trouve beau. Il est très sexy, je dis rapidement.
– On voit qu’il pratique du sport, commente Sue.
Je pose le téléphone, écœurée. Je n’en reviens pas de ce que je viens de faire, pensai-je.
[…]
Je pars le lendemain matin tôt pour une petite course. Mes jambes ont besoin de se défouler. Le ciel est bleu clair, teinté de violet. J’entends les oiseaux chanter. Quelle merveille. Je tenais tout ça pour acquis alors que non. Je n’ai pas ce luxe à Ocmundi. Je peux entendre des oiseaux, sentir le vent me fouetter le visage mais pas courir en plein air. Je reviens à temps pour déjeuner avec mes parents avant qu’ils partent travailler mais je n’avale presque rien. Aujourd’hui je vais voir Jim. Je suis un peu nerveuse. La conversation d’hier avec les filles ne m’a pas aidé, au contraire. Maintenant, je me prends la tête à penser à ça. Passer à l’acte. Est-ce qu’il en a envie ? Est-ce que je suis prête ?
– Tout va bien ? demande ma mère devant mon assiette encore pleine.
– J’ai une petite indigestion d’hier. Trop de piquant, je mens.
– Bois un thé alors.
Elle me caresse les cheveux distraitement, m’embrasse sur la joue puis pars. Ben s’enferme dans sa chambre. Histoires d’ados. Je fais de même. Les manuels de latin et de magie me lorgnent depuis mon sac. Je cède. Réviser un peu ne me fera pas de mal. Une heure passe. Jim vient me chercher à midi. Je vais commencer à me préparer. Je mords ma lèvre inférieure devant mon armoire. Je me décide pour un jean baggy taille basse avec un gilet boutonné vert kaki. Je laisse mes cheveux détachés et me maquille un peu. La sonnerie retentit. Je descends les escaliers, le cœur battant.
– Je sors avec Jim, je dis à Ben.
Ben me jette un coup d’œil et je lui souris. J’ouvre la porte. Il porte un jean foncé et un t-shirt blanc. Ses cheveux sont un peu plus coiffés que d’habitude. Il est parfait.
– Salut, je dis.
– Salut.
Il me tire à lui de la main, et m’embrasse.
– On va où ?
– Au Springs Park, il répond.
On se promène, main dans la main. Je lui parle de Maddie et Sue, de comment elles ont continué leurs vies sans moi.
– Elles me manquent mais en même temps je ne me retrouve plus dans ma vie lycéenne d’avant. Je ne sais pas si je m’explique bien.
– Si. C’est normal. Elementa n’est pas un lycée. Certes nous avons le même âge que des lycéens, en tout cas les premières années mais on ne fait pas du tout les mêmes activités.
– Ah non ? Les lycéens ne font pas des voyages par téléportation ? Je croyais que oui, je dis.
Il rigole. J’aperçois un saule pleureur.
– Est-ce celui de… ?
– Oui, c’est celui-là, il dit ses yeux sur moi.
Je me souviens de nos discussions ici il y a des mois. Ça fait tellement longtemps. Je découvre qu’il a laissé un petit panier et une couverture. Je laisse échapper un souffle surpris.
– C’est toi qui as fait ça ?
Il acquiesce en m’enlaçant par derrière. Je manque de fondre.
– On a eu peu de rendez-vous à part celui à Occidens, alors j’ai pensé organiser un ici à Chino Hills. Au parc.
Son souffle caresse mon oreille. Je pousse un petit cri, incapable de me retenir et accours voir ce qu’il y a dedans. Sandwichs, bières et des cookies. On mange, on profite du bon temps, d’être les deux seuls sans contraintes. On s’embrasse beaucoup aussi. Il y a une espèce de tension permanente entre nous depuis qu’on est arrivé. Il a failli me déboutonner le cardigan.
Je m’allonge sur lui, le ventre plein. Mes doigts caressent ses cheveux distraitement tandis qu’il admire le ciel, les mains derrière la tête.
– Est-ce que tu as ressenti… des effets contraires après avoir bu le remède ? je demande.
Son corps se tend.
– Non, toi ?
Je secoue la tête. Sa voix fait vibrer son torse.
– J’y ai beaucoup repensé en vrai. Le remède a fonctionné sur toi, ne serait-ce qu’un dix pour cent mais il a fonctionné. Tu n’as pas ressenti ce détachement total envers tes pouvoirs, il dit.
– Ce n’est pas une énorme découverte, je renchéris. Ça n’a pas marché sur toi.
– On pourrait essayer peut-être une autre version, une variante ?
Je soupire et m’allonge à coté de lui. Le ciel est sans nuage. Cette discussion me met en rogne.
– Je ne sais pas si c’est une bonne idée.
– On en reparlera.
– Non.
Ma réponse est sortie trop sèche. J’adoucis mon ton.
– Je ne veux pas à penser à ça maintenant.
Je suis chez moi, pensai-je. Je n’ai pas envie de m’inquiéter sur l’avenir de notre relation. Il entrelace sa main à la mienne et je redeviens sereine.
[…]
Maddie et Sue me rendent visite à la maison avant que je parte. Les vacances vont bientôt prendre fin. Mes sentiments sont mitigés. Je ne peux pas penser à dire au revoir encore une fois à mes parents et à Ben sans avoir les larmes aux yeux. La présence de mes amies me fait chaud au cœur. Je m’amuse, je parle, je ris. C’est ce dont j’ai besoin. Je les embrasse fort et leur promet de garder le contact. Une amitié se préserve, m’a toujours dit ma mère. Je ferai en sorte de préserver leur amitié aussi longtemps que je peux.
Il ne reste que trois jours avant ma partance. Mes parents voudraient passer plus de temps avec moi mais malheureusement ils travaillent. Ben est sorti avec des amis. J’ai remarqué qu’il n’est plus aussi collant avec moi. Il a grandi, pensai-je. J’ai la maison toute pour moi. J’ai une idée. J’enfile une tenue confortable et pratique les mouvements d’escrime de Cholea. Mes muscles crient sous l’effort. J’essaie de faire une suite dynamique et fluide de mes gestes. Mon esprit revient aux mouvements de Walter, à comment il se déplaçait avec agilité. Mes mains empoignent une cuillère en bois pour mimer une épée. C’est mieux que rien. Je me sers un verre d’eau au bout de trente minutes, extenuée. La sonnerie retentit. Qui ça peut être ? Je masse mon cou endolori et ouvre la porte. Mon cœur s’emballe.
– C’est toi, je dis bêtement.
– Je peux passer ?
Je m’écarte. Jim passe devant moi et se dirige tranquillement vers le salon. Il voit la cuillère en bois, hausse un sourcil mais ne dis rien.
– Je sais que tu es seule, il dit.
Il s’adosse contre un mur.
– Tu m’espionnes ?
Il sourit.
– Je ne peux pas venir chez toi sans te prévenir et mais encore. S’il y a quelqu’un, ce n’est pas assuré. Quand suis-je censé venir alors ?
– Okay, ne fait pas la victime, je dis avec un rire.
On regarde un film. C’est la première chose qui m’est venu en tête. Je suis hyper nerveuse. J’ignore s’il l’a remarqué ou s’il feint ne pas noter ma nervosité apparente. Il trace des cercles sur mon genou et toute mon attention est concentrée sur ce point. J’ai chaud. Mes pouvoirs ont peut-être disparu temporairement mais j’ai très chaud. Je suis allongée à coté de lui. J’ose tourner mon visage lentement. Il me regarde. Mes yeux suivent le contour de son visage, ses cheveux, ses lèvres. Je me redresse et l’embrasse. Il répond avec douceur. J’ai envie de plus. Ma main empoigne son t-shirt et le tire à moi. Il encadre mon visage et approfondit le baiser. Je gémis. Ses mains deviennent de plus en plus baladeuses.
– Dans ma chambre, je murmure.
Il n’hésite pas. Il me soulève dans ses bras. Je m’agrippe à ses épaules. On arrive à dures peines à ma chambre. Je me cogne la tête contre le chambranle.
– Merde, ça va ?
J’acquiesce. Je lâche un rire nerveux. Mes lèvres retrouvent les siennes. Il me dépose délicatement sur le lit. Je tire son t-shirt. Il l’enlève d’un geste brusque avant de revenir à moi. Je fascine devant son torse. Mes mains parcourent son corps. Nos vêtements disparaissent à un à un et je ne ressens aucune gêne devant lui. Son regard intense me donne confiance. Je me sens belle.
– Tu en as vraiment envie ? il demande avant de sortir un préservatif.
Mon pouls s’accélère de plus belle. Oui je suis prête. Je hoche la tête.
– Dis-moi quoi que ce soit et j’arrête d’accord ? il chuchote à mon oreille.
Je frissonne. Je me sens habitée d’une certaine fébrilité. Je me colle à sa peau. Il souffle mon prénom et je souffle le sien. Je glisse une main le long de ses abdominaux. Nous calons nous mouvements et je trouve bientôt l’extase dans ses bras. Il suit chacun de mes gestes, il m’embrasse partout. Je découvre le plaisir de la sexualité et profite de chaque instant avec lui. Je ne veux pas que ça finisse.
Il s’allonge à mes cotés avec un soupir. J’essaie de reprendre mon souffle. Nous échangeons un regard. Un sourire niais étire ses lèvres.
– Ça fait du bien, il dit.
J’éclate de rire.
– Tu penses que ça va aller ? Que nous allons retrouver nos pouvoirs à temps pour la rentrée ?
– J’espère. Je pense que oui. Peu importe. Je le referrais sans hésiter, il dit.
Je me blottis contre lui, heureuse.
[…] Je me sens quelque peu différente après l’avoir fait. Je fais mes valises. J’ai hâte de retourner à Elementa. Hate de retrouver les filles, les cours, ma magie. J’ai surtout hâte de le revoir lui. Je n’arrête pas de penser à lui. Ces seconds adieux avec ma famille sont un peu moins douloureux. Je pars en cachette avec Jim. Mes yeux le boivent avec ferveur. Mais mon esprit ne réalise pas que ce dernier trimestre va être un défi.

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