J'brûlerais l'monde pour toi
Targa marche vers la petite Honda en faisant 5 avec sa main à la conductrice. La Civic roule lentement jusqu'à la place en face de la porte correspondante. Elle s'y gare en marche arrière et le moteur s'éteint en même temps que ce pénible sifflement de courroie. Elle sort de la voiture. Blonde, grande, belle. Une poitrine généreuse surplombant un ventre plat, des épaules de nageuse laissées visibles par un débardeur blanc des Lost Prophets. Serrée dans un short laissant apparaître le pli à la base de ses fesses, chaussée de Doc Martens délacées, elle serait magnifique si on faisait abstraction de toutes les cicatrices de seringues qui couvrent ses bras et ses jambes. Un passé de cheerleader, un présent plus sombre.
Pressant le pas, mains dans les poches et tête dans les épaules Targa traverse le parking et arrive à la porte. Il regarde sa compagne et feignant l'agacement il lance :
— Quel connard l’proprio ! T'aurais dû voir sa tête quand j'ai donné mon nom !
— Ah ?
— Ouais putain, il savait plus où se mettre ! Le mec me dit genre « Ouais, fume pas dans la chambre »
Il enfonce la clé, la tourne et ouvre la porte avant de reprendre en s'approchant d'elle les bras écartés façon ptérodactyle :
— Alors j'lui dis : « mec ! J'fais ce que j'veux ! »
Il entre dans la chambre. Elle le suit avec un sac à dos, l'ampoule au-dessus de la porte éclaire les gouttes de sang qui constellent ses Doc's.
Targa poursuit :
— Il a baragouiné j'sais pas quoi, j'lui ai pris la clé et je me suis tiré… Quel connard.
Elle pose son sac sur le lit avant de l'ouvrir et regarder dedans. Lui traverse la pièces en retirant ses chaussures direction la salle de bain. Il s'exclame :
— Yes ! Une baignoire !
Il commence à faire couler l'eau et revient dans la chambre. Ses yeux tombent sur son amie, penchée en avant dans son sac à dos. Ce petit short est merveilleux. Son sourire tordu lui tranche de nouveau le visage. Il s'approche, la saisit par les hanches, la braguette durcie de son froc pourri entre ses fesses. Elle se redresse, il lui saisit les seins de ses mains aux ongles ébréchés. Il lui souffle dans le cou alors qu'elle bascule sa tête en arrière sur son épaule. Elle ferme les yeux :
— T'es bonne ma Lexou... Tellement bonne.
Profitant de l'instant elle laisse juste échapper entre ses lèvres gercées :
— Arrête avec ce surnom débile s'te plaît...
Il la retourne et plaque ses énormes seins sur son torse :
— Bah quoi ? On est Lexou et Targa ! C'est Bonnie & Clyde en mieux non ?
— Mouais... répond-elle en se défaisant de son étreinte.
Ce dernier vire aussitôt dans un agacement certain :
— Quoi ? QUOI ? Putain t'es jamais contente !
— Arrête Lionel... Tout de suite.
Son regard s'assombrit :
— Hey ! Moi c'est Targa ok ??
— Arrête de t’la raconter ! rétorque-t-elle.
Il se met à ricaner comme un ado jouant les durs :
— Allez Lexou ! Sérieux ! On a réussi ! Y'a d'quoi s'la raconter !
Elle retourne à son sac en secouant la tête. Entre désespoir, rage et résignation. Elle sort un objet long emballé dans un tissu maculé de sang.
— On a réussi ouais... elle lève les yeux vers lui, pour 80 dollars et une Honda de merde !
— Putain ! Tu vois ! Ça t’vas jamais !
Il se tourne et frappe brutalement dans une de ses baskets qui vole vers la salle de bain. Elle, déballe le couteau souillé du t-shirt et va vers le lavabo :
— Pardon, dit-elle en passant à côté de lui, faut que je nettoie cette merde.
Il reprend :
— Tu m'dis : « J'en ai marre de tout ça ! J'veux aller en Californie ! »
Il s'approche d'elle. L'eau du robinet coule sur la lame prenant une teinte rouge. Il la regarde au travers du miroir. Elle lève ses yeux cernés pour croiser son regard fatigué. Il tente plus calmement :
— J'brûlerais l'monde pour toi Lexou... tu l’sais ça ?
Elle laisse tomber la lame dans l'évier et tape ses mains sur le bord en faïence :
— Alexandra ! Bordel, arrête avec ce putain de surnom ! elle attrape le couteau et retourne dans la chambre. Et arrête aussi avec tes grandes phrases !
Elle se tourne vers lui, le couteau à la main.
— Brûler le monde... Lave tes fringues déjà...
Elle pose la lame sur le bureau de la chambre. L'eau coule toujours dans la baignoire. Il s'approche d'elle. Heurté :
— Alors quoi ? T'as pas aimé ?
— J'ai pas dit ça ! C'est juste... c'est juste pas c’que tu m'avais promis putain !
— Quoi ?! On a de la thune et une caisse !
— Oh arrête ! Tu m'avais dit qu'ils étaient blindés !
— Bah ouais ! Elle bosse à la banque ! J'pensais que tous les banquiers étaient riches moi !
Agacée, Alexandra secoue la tête. Ses traits se crispent.
— Oui à la banque, au guichet ! Pas Banquière !
— Et comment j'pouvais savoir ?
Alex le regarde avec rage :
— En l'demandant putain! Ah mais non ! T'étais déjà en train de buter son mec dans l'salon !
Il secoue la tête en se frottant le visage :
— C'est toi qui m'dis : « on leur laisse aucune chance ». T'avais qu'à l'faire au lieu de la courser !
— J'la coursais pas... cette conne s'était planquée dans la salle de bain. Parce qu'elle t'a vu planter c'connard !
— Ouais ! OK ! Donc c'est d'ma faute quoi !
— Bien sûr ! Renvoie-t-elle furieuse.
Il fait quelques pas vers elle adoptant sa posture de dur à cuire.
— Mais attends ! J't'ai pas forcée à la buter ! Elle, C'était toi ! On a fait ça tous les deux !
— Ouais j'l'ai tranchée cette connasse ! Elle... Putain ! cette salope m'a griffée ! Et alors ??
— Alors ? Alors on est dans la même merde ! Tous les deux !
— Ouais c’est ça ! Dans la merde pour 80 dollars !
— Bah c'est déjà ça ! Tu veux faire quoi ? T'as qu'à retourner sur l'trottoir si ca t’vas pas !
— Ta gueule !
— T’aimais ca l’tapin non ? Au moins tu ramenais d’la thune !!
— Ferme la !!
— Bah ouais ! Vas sucer des vieilles bites ! Va vendre ton p’tit cul d'pute !
— TA GUEULE LIONEL !
Elle le pousse sèchement en lui crachant :
— J'T'ENCULE !
Dans une rage soudaine, explosive, il lui envoie un violent coup de poing dans la mâchoire. Le bruit est sourd, elle recule d'un pas sous l'impact avant de s'étaler sur la moquette répugnante.
— C'est Targa moi putain ! TARGA !
Il la regarde sonnée, puis fouille dans le sac d'Alexandra. Il attrape un petit flacon blanc d'oxycodone. En prend un cachet et balance le flacon sur le bureau. Il s’arrête juste à côté du couteau. Lui, revient sur Alexandra, toujours étendue, bougeant très légèrement les bras au-dessus de sa tête. Balbutiant des fragments de mots inaudibles. Il avale le comprimé et balance :
— C'est moi qui t'encule ! puis conclue par un moins coloré, J'vais me laver…

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