Partie 2 : Tensions

14 minutes de lecture

Je fus excitée comme jamais à l’idée de mener le groupe. Mars, exprima moins d’entrain. Il aurait dû être honoré qu’on nous confie la tête de la chasse. Il allait pouvoir nous montrer l’étendue de sa progression. Un ursat n’était pas une proie facile à abattre certes, mais à nous deux, je n’avais aucun doute quant à la réussite de notre mission. Nous avions chacun acquis de nouvelles compétences après tout.

Je me rappelais une fois où nous nous étions approchés sans précaution d’une de ses créatures par curiosité. Elle nous avait pourchassés la fureur aux babines avant que nous arrivions à la semer. À force de crapahutage, la forêt de Dan, qui était notre terrain de jeu depuis notre enfance, gardait peu de secret pour nous et de nombreuses cachettes nous avaient servi comme dans ce genre de situation. Nous nous étions promis de ne plus provoquer aucun animal de cette espèce, mais je n’en gardais pas un mauvais souvenir. Aujourd’hui, cela ne saurait être très différent, du moins, c’était ce que je supposais avec naïveté.

Je menai la poursuite selon une configuration habituelle. Une fois les premières traces repérées, j'infusai mon lumen. En percevant les empreintes, les odeurs et les indices forestiers, mes sens et mon instinct prirent l’affaire en main et je pus estimer une piste pour localiser notre proie. Je restais confiante.

Je fus un peu plus sceptique quand je réalisai enfin que seul Mars allait initier le combat contre la bête imposante que nous épions du haut de notre perchoir. Avec réflexion, je révisai mon jugement et je trouvai qu’il était plus facile de lui échapper avec des subterfuges que de la confronter en face à face direct. Cela paraissait facile quand nous accompagnions nos aînés à ce genre d’exercice, mais désormais mon assurance s’amenuisait.

Je regardai Mars qui n’avait pas quitté du regard sa cible. Son corps en pleine croissance restait chétif en comparaison. Il semblait absent. Son corps était spastique et ses yeux dorés étaient écarquillés comme un mulet face à l’éclipse. Je sentis son énergie grandir malgré ses inquiétudes préalables et son comportement contrastait avec son état plus tôt. Je ne l’avais encore jamais vu aussi concentré.

Ses mouvements furent précis et puissants, et rapide fut le combat. Mars avait réussi à affaiblir l’ursat ce qui permit à Aegir et Semestrios de l’achever avec respect. En dépit de sa prouesse, mon frère termina dans un état second.

Et si j’avais encore du mal à percevoir avec précision les lumens, j’avais senti une forte densité énergétique provenant de son être lors de la confrontation. Mais elle était instable, et semblait avoir troublé son état d’esprit.

Père se rua vers lui à la fin du combat. Il lui parla et lui donna un claquement sec du doigt sur le thorax, ce qui stabilisa son égarement avant qu’il ne s’évanouisse. Moins enjoué qu’à l'ordinaire, Père resta serein face à cette perte de connaissance.

Intercrus le rejoignit en se laissant tomber depuis notre hauteur arboricole. Sa réception fut parfaite, son corps stoïque et la terre accusa l’impact de ses voûtes plantaires d’un frémissement caverneux. Ils échangèrent entre eux. J’étais restée perchée. Notre chef de clan fit ensuite un bond remarquable pour me rejoindre. J’avais suivi son mouvement et fixai son imposante carrure.

  • Excellent Lune.

Il se tourna ensuite, regarda en contrebas et resta muet. Je suivis son regard. Père portait Mars sur ses épaules et alla féliciter chaleureusement nos deux autres compagnons. Nous les rejoignîmes en suivant. Mais à l’inverse de mes compagnons je ne pouvais risquer la réception d’une telle hauteur et une descente progressive me parut une sage décision.

Semestrios s’occupa de porter l’ursat. Il fallait une force notable pour soulever cette bête sur l’épaule. Nous fîmes ensuite le chemin inverse vers notre village. Aegir se chargea de jouer l’éclaireur pour le retour. Il nous devançait, disparaissait et revenait de temps en temps nous indiquer le chemin à suivre pour éviter toute créature potentiellement dangereuse.

Le vent s’était intensifié et faisait danser la cime des arbres. Il s’était aussi gorgé d’humidité. Non loin des côtes maritimes le temps se voilait rapidement.

Père et moi marchions côte à côte et Intercrus fermait la marche. Nous restâmes silencieux un moment. L’attitude de papa était habituelle. Il avait une gaieté en coin de lèvre qui traduisait sa bonhomie éternelle. De mon côté, je me posais certaines questions. Puis Pére rompit le silence :

  • En plus d’être ma fille préférée, tu disposes de capacités sensorielles extraordinaires.

Je souris en roulant les yeux dans leur orbite.

  • Je sais papa, mais je suis ta seule fille. Et Mars est ton fils préféré. Tu nous le répètes sans cesse.
  • Ah oui ? s'interrogea t-il amusé. Je ne me souviens plus, poursuivit-il avant de se mettre à rire. Je lui rendis sa bonne humeur.

Les courants aériens continuaient de s'intensifier et créaient un frottement sonore menaçant. Quelques gouttes se firent sentir.

  • Qu’est-il arrivé à Mars ?

Papa releva le menton.

  • Ton frère a besoin de repos. Et quoi de mieux que mon épaule ?

Il reprit avec plus de sérieux : « Mars dispose d’un lumen déjà très développé et il continue de se révéler. Mais contrôler une grande quantité d'énergie n’est pas toujours un avantage, surtout à vos débuts. Cela nécessite une maîtrise spirituelle fine ainsi qu’un entraînement rigoureux. Mars s’est laissé déborder. Et non seulement son organisme n’a l’a pas supporté, mais une grande partie de son lumen s’est perdue dans la nature. »

J’opinai de la tête et réfléchis à ce que venait de dire papa.

  • Il me semble aussi avoir perçu une confusion hétérogène en son sein.

Père élargit son sourire basal.

  • Je ne me suis pas trompé à ton sujet ma fille. Tu as raison. Inconsciemment, ton frère a absorbé l’énergie environnante pour compenser sa perte. Et pourtant je ne lui ai encore rien enseigné de tel. Cela a accentué son déséquilibre spirituel. On nomme cette technique l'évanescence mais vous êtes encore trop jeune pour qu’on vous la transmette.
  • Je vois. Je crois que Titania m’a introduit certaines de ces notions.

La pluie se densifia et humidifia nos par dessus sommaire.

  • Chaque être vivant est doté d’une énergie spirituelle innée qui lui est propre. Nous n’y faisons pas exception. Comme tu le sais, notre enseignement initial se base sur l’éveil et le contrôle de cette énergie que nous nommons lumière intérieure et lumen. Dans un futur proche, nous vous entraînerons à développer votre domaine spirituel avant de passer aux étapes suivantes comme l'évanescence. Il semble que Mars et toi-même, après un simple enseignement initiatique, ayez quelques prédispositions, mais il ne faut pas brûler les étapes. Cela risquerait de rendre votre progression plus fastidieuse.

Le vent siffla dans nos tympans. La météo s’assombrissait et s’opposait à notre retour. Des bourrasques nous traversèrent en rafale et soulevèrent le duvet sylvestre en créant de petit cyclone de humus. Cette force invisible me ralentissait du fait de ma faible corpulence alors que mes partenaires n’étaient ni freinés ni gênés par la houle orageuse qui nous fouettait le corps.

  • Lors de l’éveil de son lumen, j’ai donné à ton frère ce que l’on appelle une pierre d’âme. Elle lui permettra d’absorber son surplus d’énergie et de lui en délivrer en cas de nécessité. Elle lui permet aussi de stabiliser son lumen.

Aegir atterrit je ne sais d’où et s’approcha.

  • Nous sommes à plusieurs collines du village. Il semble qu’une petite tempête nous arrive droit dessus.
  • Oui c’est bien possible, répondit Père. C’est assez rare en cette période de l’année, mais ça ne nous fera pas de mal. Nous rentrerons mouillés, mais pas les mains vides.

Notre éclaireur reprit sa fonction. Cela faisait longtemps que les humeurs tempétueuses ne nous avaient pas touché. J’appréciais cette facette du climat et le contact avec la pluie m'apportait une forme de réconfort insolite.

  • Tu crois que j’ai besoin d’une pierre d’âme moi aussi papa ?
  • Je ne pense pas, ma fille. Tu sembles être du domaine sensoriel ce qui te donne un avantage sur le contrôle de ton lumen.

Je le regardai. Je ne comprenais pas. Intercrus nous rattrapa pour se mettre à nos côtés.

  • Tu ne leur as toujours pas enseigné Neptune ? s’insurgea notre aîné.
  • Je crains que non, répondit Père sans gêne apparente.
  • Tu ne changes pas. Ne répercute pas les mêmes erreurs sur tes enfants.
  • Je t’ai entendu Intercrus.

Ce dernier grommela.

  • Tu devrais montrer l’exemple à la prochaine génération. Surtout toi Neptune.

Mon père ne réagit pas. Ce qui était rare pour le souligner. Je ne voyais pas non plus son expression mais je ne m’y attardai pas. Notre chef de clan pourrait tendre même le plus gros des reptiles de ce monde.

Je continuais de suivre la marche. Père et Intercrus me devançaient. Même si je ne pouvais percevoir leur énergie avec précision, les auras qu’ils dégageaient étaient palpables. Mes yeux étaient remplis d’admiration. Je sus que je voulais développer mes talents jusqu’à leur apogée pour me rapprocher de leur niveau. Ce sentiment d’épanouissement par la maîtrise de mon lumen et la symbiose qui en découlait m'excitaient au plus haut point. J’avais encore beaucoup à découvrir, sans aucun doute.

Intercrus reprit la discussion : « Ton père a raison Lune. Une Ora de type sensoriel comme toi est prédisposée pour tous les exercices de perception. Ton lumen se concentre dans tes organes sensoriels lorsque tu le diffuses dans ton organisme et leurs caractéristiques sont alors décuplées au point de ressentir des choses insoupçonnées pour un autre de tes congénères. En outre, les membres comme toi ont souvent une maîtrise plus fine de leur lumière intérieure. »

Je comprenais désormais pourquoi je ressentais ces étranges sensations depuis mon éclosion. Je pensais que c’était commun et que c’était le cas pour tous mes semblables. Intercrus poursuivit : « Il existe deux autres domaines de prédilections. Les Oraï de type renforcement et ceux de type élémentaire. Les premiers ont une énergie qui renforce grandement leur capacité physique. Quant aux seconds, ils maîtrisent leur élément affin comme nul autre, mais aussi les autres essences élémentaires dans une moindre mesure. »

J’intégrais toutes ces nouvelles données comme des informations vitales, mais je restai une nouvelle fois interpellée. Intercrus regarda Père d’un regard inquisiteur.

  • Je laisserai Neptune te parler des éléments affins. À en juger par ton expression, je doute qu’il n'ait pas fait l’impasse à ce sujet aussi.
  • Ils sont encore jeunes.
  • Pas autant que tu ne le penses fils, sinon leur lumen n’aurait pu éclore.

Je m'arrêtai. Mes aînés m’immitèrent au même moment. Cela faisait trop d’informations en si peu de temps. À cet instant je ne voyais que le large dos d’Intercrus et son crâne rasé, mais ma curiosité à son égard s’était accentuée. Serait-il notre grand-père sans que nous le sachions ?

Immobile et statique, il tenait toujours son bâton de sa main gauche comme un sceptre vital. Mon père était raide comme un tronc lui aussi, tandis que Mars restait avachi sur son épaule. Je les observais. Ils ne reprirent pas la marche et restèrent ainsi pétrifiés. Tout comme moi, Semestrios, qui s’était retourné, eut l’air étonné. Il se rapprocha. Je ne comprenais toujours pas leur arrêt inattendu alors que la météo se gâtait. Puis, nos deux statues éphémères osèrent un mouvement. Ils s’étaient regardés mutuellement et firent un bref mouvement synchrone de la tête. Puis le climat local s’alourdit. Je ressentis deux fluides se propager tout autour de nous comme des vents invisibles. C’était l’aura de leur lumen. Je me sentis toute petite à côté de ses énergies et j’avais la sensation d'être repoussé par une force insaisissable. L'atmosphère était lourde et menaçante. Quelque chose m’échappait.

Semestrios parut comprendre. Il posa le corps de l’ursat au sol et libéra à son tour son lumen. Père quant à lui déposa Mars, qui était toujours inconscient, contre un arbre en retrait pour revenir ensuite au niveau d’Intercrus. Ensuite pour la première fois de ma vie je l’entendis me parler avec un ton qui ne laissait place à la contestation.

  • Lune, reste en retrait aux côtés de Mars.

J’obéis sur le pas. La tension qui régnait m’interdisait toute interrogation superflue. La nature même en était le reflet car la tempête se faisait de plus en plus proche. Les vents s’étaient encore intensifiés quand un crachin humide et froid attaquait notre peau. Si nous restions plantés là, nous n’allions pas tarder à subir le déluge. Je ne comprenais toujours pas ce qu’il se passait, et l’attitude de mes semblables nourrissait mes inquiétudes.

J’étais sur mes gardes. Et malgré la vingtaine de pas qui nous distançait, l’infusion de mon lumen me permit de déchiffrer ce qui fut un murmure de la part d’Intercrus : « Ils reviennent pour le même motif ». Il n’ajouta rien. Comme si ses interlocuteurs savaient ce que cela signifiait. Ce n’était pas mon cas, et cela ne m'était pas adressé. À qui donc ? Père, Semestrios ? Et de qui parlaient-ils ? Autant de questions sans réponse dans mon esprit agité. Je sentais une forme de pression électrique dans l’air qui s’intensifiait à mesure que le temps s’écoulait. L’orage était-il si proche ? J’étais dans l’incompréhension totale, mais avec un effort de concentration, je pensai percevoir une dense énergie qui se dirigeait droit vers nous. Et après un instant, je compris qu’il y en avait plusieurs en réalité. Elles se rapprochaient mais il m’était impossible d'identifier leur source où leur localisation.

Nos protagonistes apparurent d'entre les arbres. Ils étaient au nombre de quatre. Un membre était à leur tête et s'avança à proximité de mes semblables, tandis que ses camarades restèrent en retrait. Une créature humanoïde d’une teinte bleu. Son crâne était lisse et elle avait des yeux d’un blanc gris, ce qui accentuait la gravité de son regard pesant. Le long de son menton flottaient des tentacules au bout desquelles avaient été accrochées des bagues dorées. Quatre doigts palmés articulaient les extrémités de ses membres ornées d’écailles ovales. Ses coudes et ses chevilles étaient prolongés par une sorte d’épine osseuse reliée à son épiderme par un fin voile transparent. Une tunique sommaire couvrait son large col et son bassin. Elle était faite d’un tissu blanc et doré, et était recouverte de carreaux souples aux bords arrondis aussi bien lisses que brillants. Leur aspect semblait pourtant être granuleux comme la roche. Je n’en avais jamais rencontré, mais je pensais reconnaitre le profil d’un être marin. Un Atlant.

L’une des trois autres créatures jeta une masse dans notre direction. Mon palpitant s’accéléra. C’était le corps inanimé d’Aegir. Il était blessé et inconscient. Semestrios le rattrapa en vol. La lumière intérieure de notre frère évanoui était encore bien présente, sa vie n’était pas menacée, mais pour la première fois de ma vie je découvrais un sentiment insidieux. Comme un courant froid qui transitait dans chaque cellule de mon corps, la peur perturbait mes pensées, mes sens, mais aussi l’équilibre de mon lumen.

Les orbites blanchâtres blafardes continuaient de nous fixer. Semestrios porta notre camarade dans ses bras et le déposa aux côtés de Mars avant de revenir à quelques pas derrière nos aînés. Ces derniers n'avaient pas bougé d’un cil, le torse en avant et le dos bien gainé, ils étaient bien ancrés dans le sol. Pour son âge, on décelait avec aisance les muscles dorsaux d’Intercrus, lui qui était dénué de tout vêtement thoracique en dehors d’un large collier plumeux et dentelé. Il intervint en premier : « Vous êtes bien loin des vôtres, chers Atlants. Vous êtes ici sur le territoire des Oraï d’Orion. Soyez les bienvenus. » La voix profonde et basse du premier humanoïde répondit : « Savons Intercrus.

  • Que nous vaut votre venue quelque peu inamicale Amnar ?
  • Venons discuter.
  • Vous arrive-t-il souvent de manquer de respect à de vieux amis avant de discuter ? Notre frère ne méritait pas ce traitement.
  • Ne se laissa pas faire. »

Des vagues d’énergie me traversèrent à nouveau. C’était l’intensité spirituelle de nos Oraï qui s’accentuait. J’eus une nouvelle fois la sensation qu’une force invisible me repoussait. Quant aux Atlants, je n'arrivais pas à jauger leur force, mais accroupie aux côtés de Mars, des vertiges me prirent soudainement et ma vue se troubla. Toute cette pression m’impactait.

  • Lune prend ton frère et éloigne-toi, m’ordonna à nouveau Père sans se détourner des Atlants.

Il avait ressenti mon étourdissement. J’étais trop près de tant d'effluves d’énergie. Je pris donc Mars dans mes bras et l’emmena à bonne distance. Et puis une idée peu réjouissante me traversa l’esprit. Qu’allait-il se passer ? Peut être que Père m’ordonnait de m’éloigner pour une tout autre précaution. L’inquiétude montait.

De là où je me trouvai, je ne voyais plus exactement la scène au travers des feuillages, mais mon malaise s’était estompé. Je concentrai mon lumen pour essayer d’entendre la discussion, mais avec la pluie et les bourrasques sifflantes mon entreprise échoua. Soudain une autre essence d’énergie m’atteignit. C’était celle de cet Atlant, Amnar, il ne pouvait en être autrement. Elle était différente. Je n’avais pas d’effet secondaire à cette distance, mais je fus transie aussitôt. Comme enlisée par une force indomptable, je me sentais cernée par cette pesanteur qui me donnait l’impression de n’avoir aucune échappatoire. J’avais le sentiment que son essence avait tout englouti, qu’elle m’avait attrapée et qu’elle faisait partie intégrante du paysage. Comme si la nature tout entière m’avait pris pour cible et était sur le point de m'écraser.

Semestrios vint nous rejoindre un instant plus tard, avec Aegir dans les bras. Il ne dit mot mais je pensais connaître la raison.

  • Que veulent-ils, osais-je demander avec fébrilité.
  • Cela regarde le cercle, m’assura-t-il sans arriver pour autant à cacher son appréhension.

La situation était tendue sans que je saisisse une miette de la raison. Les Atlants n’étaient pas connus pour être une espèce belliqueuse. D'après Titania nous avions toujours eu des relations cordiales et même amicales d’antan. Et même si nos échanges s’étaient raréfiés ces derniers solstices la situation était inédite.

Ce premier contact avec ces créatures aquatiques s’apparentait à un cauchemar. Ils avaient quelque chose d’effrayant et leur attitude revendicatrice donnait l’impression qu’ils venaient pour une raison bien précise. Quelque chose qui avait de l’importance à leurs yeux. Au fond de moi, je doutais qu’il y eût un affrontement. Ils étaient nos semblables aquatiques après tout. Ils partageaient notre vision du monde. Mais que savais-je réellement ? Face à cette situation, j’étais démunie, mise à l’écart et craintive. Je ne pouvais même pas rester auprès des miens. Un fossé me séparait de nos aînés et ce monde si mystérieux qui n’avait cessé d’aiguiser ma curiosité me dévoilait aujourd’hui ses dangers.

  • Rassure-toi Lune, me dit Semestrios. En dépit de leur comportement, les Atlants restent nos frères. Et puis nous sommes bien accompagnés, ajouta t-il en me faisant un clin d’œil.

Il avait raison. Père était le Gardien de notre village et quant à Intercrus sa réputation le précédait. Nous n’avions rien à craindre. Et le calme qu’ils dégageaient face à ces créatures en disait long sur leur niveau spirituel. Pourtant, une part de moi n’était pas convaincue. L’aura de cet Amnar m’avait terrifiée. Je ne pus entendre ni percevoir la suite de la discussion, mais les quelques onces d’énergie que je pouvais ressentir restèrent calmes.

Puis nous entendîmes un sifflement familier. Père nous appelait. Nous les rejoignirent Semestrios et moi-même avec nos camarades assoupis dans les bras. Un signe de tête de notre chef de clan en signe de rassurance nous accueillit. Les Atlants étaient partis. Après avoir déposé Aegir dans les bras d’Intercrus, Semestrios partit à son tour en éclaireur, l’ursat sur l’épaule. Père se chargea de porter Mars.

  • Viens, ma fille, rentrons à la maison.

                 

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Astroraph ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0