Chapitre 8

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Tout le monde joue son rôle. Même moi. Et plus je m’applique à faire bonne figure, plus j’ai envie de vomir.

Aël

Trois mois s’étaient écoulés depuis le départ de son père et son demi-frère pour conquérir le royaume d’Axarion. Aujourd’hui, l’armée de Sidora faisait son retour triomphal.

Depuis le grand balcon du palais, Aël, les mains crispées sur la balustrade de pierre, observait les rues noires de monde. Là-bas, Urien et Riwall étaient acclamés comme des héros. Il n’entendait que des bribes de cris, de rires, de chants portés par le vent, mais il connaissait le cérémonial par cœur. À chaque victoire, les habitants lançaient des fleurs, poussaient des vivats, comme si ce triomphe leur appartenait aussi.

Les plus riches flairaient déjà de nouvelles affaires ; les plus pauvres espéraient une vie un peu moins rude. Axarion n'était pas seulement un trophée militaire — c'était aussi un grenier fertile, une promesse de ventres pleins pour l’hiver à venir.

Aël serra un peu plus fort la rambarde. La pierre était froide, rugueuse sous ses doigts. Les rêves hégémoniques de son père et les raisons qu'il avançait pour les légitimer, suscitaient en lui un malaise grandissant. Jusqu’où irait cette soif de domination, de gloire ? Tous les pays voisins de Sidora étaient désormais sous son autorité. Ne serait-il pas tenté de porter son regard plus loin sur le continent, ou même au-delà de l’océan ? Son dernier véritable obstacle balayé sans résistance, plus rien ne s’opposait à ses ambitions.

Dixtys. Aël ne l’avait jamais connu. Dans cette contrée, son nom ne soulevait guère d’estime — héritage des relations tumultueuses entre Sidora et Axarion. Pourtant, d’après les bribes qu’il avait pu rassembler, son grand-oncle avait gouverné avec justesse, aimé de ses sujets.

Il pensa alors à sa mère. Encore un membre de sa famille emporté à cause d’Urien. Était-elle seulement au courant ? À quoi bon… Elle ne comprenait même pas ce que l’on disait. Il soupira.

— Pourquoi cet air si sombre ? Tu devrais être heureux de revoir ton mégalomane de père et ton cinglé de demi-frère, dit Hérik dans son dos.

Un rictus effleura les lèvres d’Aël.

— Au moins, je vais pouvoir cesser de flatter les nobles pour qu’ils ne se mêlent pas des affaires de l'État. Et je serais débarrassé d’Izold. Il se prend pour ma nourrice, c’est insupportable.

— Ce vieux bouc… Je suis encore sidéré qu'il ait eu le culot de dire que j’interférais dans tes devoirs. Qu’est-ce que ton père lui trouve ?

— Il est loyal, efficace. Il vit pour Sidora. Et pour mon père. Alors ses vices, ses manies, son mauvais caractère n’ont aucune importance, dit Aël.

Hérik s'accouda à la rambarde, le regard perdu vers l’horizon. Puis, il sourit.

— Réjouissons-nous ! Il y aura une grande fête demain. Enfin, moi, je vais m’amuser. Toi, tu resteras dans ton coin avec une tête d’enterrement, comme d’habitude.

— Tu sais bien à quel point je hais ces mascarades. En plus, je vais devoir supporter Galatéa toute la soirée.

— Cela pourrait être pire. Elle est très attirante. Ça t’aidera quand elle sera dans ton lit pour te donner de beaux petits princes, de magnifiques petites princesses. Si je ne vous avais pas interrompu l’autre fois, c’est ce qui se serait passé, ajouta Hérik avec un rire.

Un nœud se forma dans l'estomac d'Aël.

— Ne m’en parle pas, je préfère ne pas y penser.

— Arrête de faire ta pucelle effarouchée. Faire l’amour à une femme, c’est peut-être le plus grand plaisir de la vie. Ou se battre… j’hésite, dit-il avec un clin d’œil.

— Si tu le dis. Mais j’espère encore trouver un moyen d’éviter ce mariage.

— Ton père ne te laissera pas faire.

Aël ne répondit pas. Il avait raison. Urien contrôlait la vie de tous ceux qui l’entouraient — et la sienne encore plus. Sa position ne le protégeait pas ; elle le rendait plus vulnérable aux manigances de son père.

Des talons claquèrent sur la pierre, nets, réguliers. Un parfum écœurant de myrrhe envahit ses narines. Il sentit un bras se glisser sous le sien, puis une tête se poser contre son épaule. Son corps se crispa.

— Je suis si heureuse de revoir le roi et votre demi-frère sains et saufs. Quelle grande joie pour Sidora !

Il se dégagea d’un mouvement sec. La princesse ne broncha pas. Elle se tourna vers Hérik, lui adressa un sourire aguicheur. Celui-ci s’inclina avec une exagération théâtrale. Elle gloussa. Aël leva les yeux au ciel.

— Nous devons descendre pour les accueillir, dit-il en tendant son bras.

Galatéa rejeta ses longs cheveux noir-ébène, tressés d’un ruban rouge et or, salua Hérik d’un geste gracieux, puis accepta l’invitation.

Ils gagnèrent la cour principale. L’air était chargé d’humidité, et l’odeur de cuir mouillé et de terre battue montait des pavés. Les conseillers étaient déjà en place, alignés comme des statues.

Peu après, son père et Riwall franchirent le grand portail et remontèrent l’allée bordée d’arbres, suivis de plusieurs hauts gradés.

Urien descendit de cheval. Il s’arrêta face à Aël.

— Bienvenue chez vous, dit ce dernier en s’inclinant légèrement.

Riwall mit pied à terre à son tour. Il jeta à son frère un regard moqueur, puis s’approcha de Galatéa, lui saisit la main et lui offrit un long baisemain, les yeux plantés dans les siens.

Elle rougit. Aël détourna le regard, agacé. Ces trois mois ne l’ont pas changé. Mais changera-t-il un jour ?

*****

— Izold m’a remis son rapport. Tu me déçois, Aël. Certaines de tes décisions vont à l’encontre de ce que j’ai tenté de t’inculquer durant toutes ces années. Et ne parlons même pas de ton manque de fermeté, indigne d’un futur roi. Les terres de Camlun et leur manoir ont été attribués à la famille Surac en récompense de leur loyauté. Les Kergallac n’ont plus aucun droit de les revendiquer. Tu aurais dû les jeter au cachot… ou faire exécuter l’un d’eux, pour l’exemple. Mais que fais-tu ? Tu leur donnes des terres fertiles qui auraient pu revenir à des sujets plus loyaux ! Faut-il être aussi naïf pour ne pas comprendre que le patriarche des Kergallac a profité de mon absence ? Ta réputation de faible s’est déjà répandue dans tout le royaume, et c’est toi-même qui l'entretien ! tonna Urien.

Les mains d’Aël se crispèrent sur ses cuisses.

— À cause de votre décision passée, deux grandes familles s’entre-déchirent et nuisent à ceux qu’elles sont censées protéger. Vous avez jugé les Kergallac avec trop de sévérité. Leur arracher leurs terres ancestrales ne pouvait qu’enflammer les tensions. J’ai agi pour éviter que ce conflit ne dégénère en guerre ouverte.

— Ça suffit ! Comment oses-tu me contredire ? rugit Urien, frappant du poing la table.

Le thé brûlant que venait de lui servir un domestique se renversa. Une odeur amère de feuilles infusées se mêla à celle du bois ciré. Un garçon d’une quinzaine d’années s’empressa de nettoyer, mais fut aussitôt chassé d’un geste sec. Il recula jusqu’au fond de la pièce, les yeux écarquillés, la tête basse.

Urien se leva. Son visage demeurait impassible, mais l’éclat dans ses yeux glaça Aël. Son corps se souvenait encore trop bien des leçons de son père. Pourtant, il soutint son regard.

— Les Kergallac ont trahi leur devoir en refusant de fournir des hommes durant la guerre contre Pirn. Il a fallu les menacer pour qu’ils obéissent. Une rébellion, quelle qu’elle soit, ne peut être tolérée. J’ai été plus que clément envers eux.

— Cet hiver-là fut terrible, le plus meurtrier depuis un siècle. Comment auraient-ils fait sans bras pour les champs au printemps ? Qu’auriez-vous fait à leur place ? demanda Aël, étonné par son audace.

— Je les ai suffisamment soutenus. Leur misère est le fruit de leur propre incompétence. Tu n’as pas encore les épaules pour juger de ces affaires-là. La sécurité du royaume prime sur les problèmes de quelques individus. Si je n’avais pas anticipé, Pirn aurait envahi Sidora. Ils ne seraient même plus là pour se plaindre.

C’est une guerre que vous avez provoquée… et qui n’était pas nécessaire, pensa Aël. Il se mordit la langue pour ne pas en dire plus.

— Te confier le royaume en mon absence fut une erreur. Tu es encore trop immature. Et loin d’être aussi fort que ton frère. C’est préoccupant, pour l’avenir de notre lignée.

— Dans ce cas, nommez Riwall héritier !

— C’est un bâtard, il ne sera jamais accepté. Nous en avons déjà parlé. Mais si tu persistes dans ta médiocrité, il se pourrait que je reconsidère la question, répliqua Urien d’une voix glacée.

— Lorsque vous avez pris le pouvoir par la force et fait exécuter les anciens souverains, votre ascendance ne vous a posé aucun problème. Alors pourquoi en a-t-elle autant aujourd’hui ?

Le coup partit si vite qu’Aël n’eut pas le temps de réagir. Sa tête pivota sous l’impact, sa joue en feu. Un goût métallique envahit sa bouche. Ses mains tremblaient.

À quoi bon parler ? Il avait oublié, l’espace d’un instant, cette règle élémentaire : ne jamais défier le roi.

Urien lui tourna le dos, effleura les documents posés sur la table, puis se rassit. Il porta sa tasse à ses lèvres, mordit dans un petit gâteau, le reposa en grimaçant, avant de reprendre :

— Et ta relation avec la princesse ?

— Je passe du temps avec elle, comme vous l’avez exigé.

Urien l’observa longuement. Aël détestait ce regard. Cette sensation d’être mis à nu, chaque pensée révélée au grand jour.

— Peu importe qu’elle t’attire, ce mariage est essentiel. Déjà pour faire taire les rumeurs infâmes à ton sujet.

Aël piqua un fard, et serra les poings. Alors qu’il ouvrit la bouche, son père leva la main.

— Et nous avons besoin d’accéder aux minerais d’Eokolios pour renforcer notre armement. Nous devons nous préparer à ce qui vient. Montre-toi sous ton meilleur jour, ce soir.

Intrigué malgré lui, Aël risqua une question :

— À quoi devons-nous nous préparer exactement ?

— Une expédition. Dans le pays d’Esmar, par-delà l’océan.

— Pourquoi là-bas ?

— Il y a un peuple, les Edoryens. Autrefois, une partie de leur clan vivait dans la grande forêt de Sidora. La forêt d’Ozdal, comme ils l’appelaient.

Il retint son souffle. Son père se montrait rarement aussi franc sur ses projets. Une lueur nouvelle brillait dans ses yeux. Tristesse ? Rancune ? Colère ? Il ne saurait le dire, mais son armure s’était fendue.

— Tu en as sûrement entendu parler. Quand notre peuple mourait de faim et de peur, ils ont refusé de s’allier à moi contre l’ancien régime. Ils ont préféré se terrer.

— Je croyais que vous les aviez tous fait disparaître ? demanda Aël, contenant mal son excitation.

— Non. Seulement ceux de cette forêt. D’autres vivaient ailleurs. Voilà des années que je les traque. Désormais, nos éclaireurs tiennent une piste sérieuse. Si nous mettons la main sur leur magie, rien ni personne ne pourra plus jamais nous défier.

La gorge d’Aël se serra. Il avait toujours douté de l’existence de la magie — les rumeurs n’étaient pas des faits. Mais son père ne laissait aucune place à l’incertitude.

Et s’il disait vrai ? Que serait-il capable de faire, une fois ce pouvoir entre ses mains ? Et surtout, comment comptait-il l’obtenir ?

Les questions furent rapidement remplacées par le souvenir d’une jolie rousse aux yeux célestes. Si cette femme n’est pas un songe, alors… est-elle liée aux Edoryens ?

À quoi penses-tu ?

— À des futilités. Avez-vous d’autres sujets à aborder ?

— Non. Tu peux disposer. Nous reparlerons demain de la tournée royale.

Aël s’inclina, puis quitta la pièce d’un pas rapide, sentant toujours le poids brûlant de l’attention de son père sur sa nuque.

*****

La salle du trône avait été somptueusement décorée pour l’occasion. De grands tissus noirs, brodés du blason du phénix couronné, ornaient les murs. Les colonnes de pierre étaient enlacées de lierres dorés. Trois tables massives, nappées de blanc et débordant de mets, formaient un carré, fermé par une quatrième sur une estrade réservée à la famille royale et aux invités de marque. Au centre, un bouffon, un ours enchaîné et un illusionniste distrayaient les convives.

Sous les rires et les applaudissements, Aël se sentait étranger. Les flammes bleutées des braseros, aux quatre coins de la pièce, dansaient sans chaleur. Les masques d’obsidienne des gardes, leurs hallebardes dressées, semblaient le fixer. Galatéa parlait, mais ses mots glissaient sur lui. Il aurait voulu être ailleurs. Ou nulle part.

Il aperçut Hérik, absorbé par la fille du seigneur de Baramot, dont les joues rosies trahissaient l’intérêt. Aël retint un sourire. À sa gauche, Soléna, sa sœur, paraissait tout aussi mal à l’aise que lui.

Les serveurs revinrent avec le cinquième plat : une soupe aux trois poissons, parsemée de coquillages nacrés. Il prit une cuillerée, la main tremblante, et reposa son couvert. L’estomac plein. Le cœur vide. La quantité de nourriture était indécente. Dehors, un plat suffisait à nourrir une famille.

— Si le prince Aël le veut bien, cela sera avec plaisir.

Aël tourna la tête. Galatéa et le seigneur Rochedras, cousin de l’ancien roi et fervent soutient d’Urien en apparence, l’observaient.

— Je disais à la princesse que ce serait un honneur de vous recevoir tous les deux dans mon domaine. La capitale à certes ses attraits, mais les petites villes de Sidora… ah, les petites villes ont leurs charmes.

— Oui, nous verrons ça, répondit Aël, distrait.

Cinquantenaire au sourire huileux, Rochedras lorgnait Galatéa sans gêne. Elle ne broncha pas. Peut-être même qu’elle aimait ça. Mais déjà, un autre homme captait son attention. Riwall.

Bâtard, exclu de la table d’honneur, mais jamais du jeu. Il cherchait les regards, surtout celui de la princesse. Aël comprit aussitôt. Une provocation. Encore. Peine perdue. Si lui-même restait de marbre, les convives, eux, verraient cette comédie d’un tout autre œil, et les rumeurs ne tarderaient pas à se répandre.

Riwall parlait en gestes. Galatéa comprenait. Un code. Un théâtre. Elle riait. Urien, absorbé dans sa discussion avec le conseiller Izold, ne remarquait rien. Aël en était presque déçu : une réprimande aurait eu le mérite d’animer la soirée.

Quand le onzième et dernier plat fut servi, Izold fit tinter son couteau contre son verre. Un silence solennel s’installa. Le roi se leva, coupe en main.

— Mes amis, nous sommes réunis pour célébrer une grande victoire. Axarion est enfin entre nos mains. La menace du roi Dixtys et des mœurs dissolus de ce pays appartiennent au passé. Notre nation n’a jamais été aussi grande. À Sidora !

— À Sidora, et à Urien le Conquérant ! répétèrent les convives en levant leurs verres.

Les oreilles d’Aël bourdonnaient. Sa vision se brouilla.

— Et puisque les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules, je profite de cette occasion pour vous annoncer le mariage de mon fils, le prince Aël, avec la princesse Galatéa d’Eokolios dans deux mois. Que cette union soit prospère pour nos deux royaumes !

— Qu’elle soit heureuse et féconde ! entonnèrent les invités.

Deux mois. Aël tourna lentement la tête vers son père. La surprise se peignit sur son visage. Le mariage n’était pas prévu avant un an. Pourquoi cette précipitation ? Comment allait-il s’y prendre pour l’annuler en si peu de temps ?

Ses mains se crispèrent sous la table. Celle de Galatéa se posa sur la sienne. Son sourire rayonnait. À grand-peine, il parvint à esquisser une façade joyeuse.

— Place à la danse ! déclara Urien en applaudissant.

Les invités se levèrent alors que les domestiques s’empressaient de débarrasser. L’orchestre, jusqu’alors discret, lança une mélodie plus rythmée. Les danseurs affluèrent au centre de la pièce, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Galatéa tenta une approche, un sourire enjôleur aux lèvres, mais Aël détourna le regard et resta en retrait. Elle soupira, puis accepta l’invitation de Riwall avec un enthousiasme exagéré.

Les danses s’enchaînèrent, rapides puis lentes, selon l’humeur des musiciens.

Après plusieurs conversations creuses avec des nobles ivres, Aël rejoignit Hérik, adossé à une colonne.

— Je dérange ? demanda-t-il dans son dos.

— Pas du tout, je fais une pause, dit-il en prenant une gorgée de liqueur.

— À enchaîner les femmes, pardon, les danses… En fait, où est ta sœur ?

— Elle est retournée dans nos appartements. Étonnant qu’elle n’ait pas tenté une danse avec toi, mais elle avait l’air épuisée.

— Moi aussi. J’en ai assez de cette soirée. Je voulais te saluer avant de m’éclipser.

— Déjà ? Je t’accompagne alors. Tu vas bien m’inviter à boire un verre ?

Ils quittèrent la salle, remontant les escaliers vers les quartiers royaux. Dans les couloirs sombres, ils croisèrent gardes et nobles. Certains cherchaient des recoins pour des affaires intimes. D’autres, ivres morts, séduisaient des statues ou vomissaient dans des vases d’apparat.

Un conseiller ronflait dans une alcôve, la bouche ouverte, une coupe encore pleine posée sur son ventre. Plus loin, un jeune seigneur glissait une bourse dans la main d’un conseiller, à peine dissimulée sous un pan de cape.

Et on pointe les mœurs d’Axarion, songea Aël en soupirant.

À l’étage de ses appartements, dans un recoin du couloir dissimulé derrière un paravent de lierre et de pierres polies, des lanternes tamisées diffusaient une lumière ambrée. Des gémissements étouffés se firent entendre.

Aël lança un regard inquiet à Hérik, qui s’approcha malgré ses avertissements. Il se glissa derrière une statue. Aël le suivit, à contrecœur.

— Certains prennent du bon temps, chuchota Hérik.

— Je ne te savais pas voyeur.

Un cri. Un prénom. Aël se pencha. Contre un mur, Galatéa, les jambes enroulées autour de Riwall, gémissait sous ses caresses. Il détourna les yeux. Visage fermé. Ils n’ont rien à faire là. C’est de la provocation.

Sans un mot, il fit demi-tour. Hérik le suivit. Dans le salon, Aël servit deux verres de liqueur de Pirn.

— Ça va ?

— Pourquoi ça n’irait pas ?

— Tu viens de surprendre ton frère avec ta fiancée…

— Et ça t’étonne ? Ce qui m’ennuie, c’est que ça ne suffira pas à faire annuler les fiançailles. Et cette vision va me hanter.

Il s’installa dans un fauteuil. Les flammes dansaient.

— Ton frère est vraiment tordu. On dirait qu’il veut tout ce que tu possèdes.

— Qu’il prenne tout, s’il y tient. Il s’acharne pour rien. Je le croyais plus intelligent.

— Tu vas prévenir ton père ?

— Il le saura. Et il étouffera ça. Comme toujours.

Il but une gorgée.

— Peu importe. J’ai hâte de quitter ce palais. Au moins un bon côté de la tournée royale.

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