Chapitre 2.2 : Le secret du grenier

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Il se détourne d'eux, laissant le salon et les lettres derrière lui, et monte les escaliers deux par deux. Arrivé au palier, il se dirige vers sa chambre, le cœur battant à tout rompre. Il ouvre la porte et la referme derrière lui avec une force qui fait trembler le mur.

Une seconde plus tard, on frappe à la porte, doucement.

— Rufus ? C'est moi, Camille. Est-ce que je peux entrer ?

Rufus ne répond pas. La porte s'ouvre lentement et Camille apparaît, son regard rempli de la même inquiétude qu'elle avait lorsqu'elle l'a trouvé plus tôt. Elle voit Rufus agenouillé près d'un carton sous son lit, ses mains fouillant frénétiquement parmi de vieux objets.

— Qu'est-ce que tu cherches ? demande Camille en s'accroupissant à ses côtés.

— Une photo, murmure Rufus, sa voix chargée de frustration. Je cherche une photo d'elle, de ma mère.

Il sort une vieille boîte à chaussures du carton et l'ouvre. À l'intérieur se trouvent des photos jaunies par le temps. Il en sort une et la regarde attentivement.

— C'est celle-ci, dit-il, la photo tremblant dans sa main. Elle la portait toujours.

La photo montre une femme souriante, Anna, sa mère. Elle porte une fleur de lys blanc accrochée sur sa robe d'été, la même que celle qui est tombée de la lettre.

Camille comprend immédiatement. — La même que sur la lettre ?

Rufus hoche la tête, ses yeux se posant sur le lys sur la photo. — Ce n'est pas une coïncidence. Ce n'est pas une farce. Elle portait toujours cette fleur. C'est comme si le Corbeau voulait nous dire que le secret est lié à ma mère.

Unis par leur détermination, ils examinent le lien entre les fleurs de lys et le secret qui entoure la mort d’Anna. Sa famille a fui, mais eux restent, prêts à affronter la vérité.

Rufus et Camille comprennent qu'il y a un lien entre les fleurs de lys et le message anonyme du « Corbeau ». Ce lien est évident, mais ils ont besoin de plus d'indices pour comprendre le secret qui entoure la mort d'Anna.

— On doit trouver quelque chose, lance Rufus, sa voix d'ordinaire si calme résonnant d'une nouvelle urgence.

— Où est-ce qu'elle gardait ses secrets ? demande Camille, les yeux fixés sur Rufus, cherchant une réponse.

Les deux, désormais unis par leur détermination, cherchent un lieu où Anna aurait pu garder ses secrets. Rufus, se remémorant les habitudes de sa mère, se dirige vers le grenier. Le grincement des marches résonne dans le silence de la maison, un son lourd qui semble porter le poids du passé. Ils montent les escaliers deux par deux, jusqu'à la lourde porte du grenier.

— Elle montait souvent ici, murmure Rufus. Elle disait que c'était son refuge.

Camille acquiesce, et tous deux, prêts à affronter la vérité, s’aventurent dans les ténèbres du grenier, où les secrets d’Anna les attendent.

Le grincement des marches résonne dans le silence de la maison alors que Rufus et Camille montent au grenier, leurs pas se dirigeant vers le lourd silence des lieux. Rufus, une lampe de poche à la main, balaie la pièce, révélant des boîtes poussiéreuses, des meubles recouverts de draps blancs et des toiles d'araignée qui scintillent à la lumière. L'air est lourd, chargé de l'odeur du passé.

— Tu penses que l'on va trouver quelque chose ici ? murmure Camille, sa voix résonnant dans le silence.

— Il doit bien y avoir quelque chose, répond Rufus, un soupçon d’espoir dans la voix. Ma mère gardait tout.

Ils commencent à fouiller, ouvrent des boîtes, soulèvent des draps et retrouvent des souvenirs. Rufus sort une boîte de vieilles photos de famille et Camille se penche pour les regarder avec lui.

— Elle était magnifique, dit-elle en touchant une photo jaunie d'Anna jeune, le visage éclairé par un sourire.

Une expression de confusion traverse le visage de Camille et ses sourcils se froncent alors qu'elle regarde une autre photo.

— Quelque chose ne va pas ? demande Rufus.

— Non, enfin... Je ne sais pas, répond Camille. Il y a juste quelque chose de bizarre. Elle a l'air si heureuse, mais ses yeux... Il y a un truc qui me chiffonne sur cette photo.

Ils continuent leur fouille jusqu'à ce que Rufus tombe sur un vieux coffret en bois caché sous une pile de vêtements. Il l'ouvre et trouve à l'intérieur une vieille feuille de papier déchirée en plusieurs morceaux. Il les rassemble et lit le message à voix haute :

« J'ai participé à une escroquerie. On m'a demandé de mentir et, en échange, la famille allait avoir une somme d'argent qui pourrait les mettre à l'abri du besoin. Mon cœur se serre à l'idée d'avoir fait du mal à quelqu'un. J'ai un secret. On a fait fortune sur le malheur des autres, mais je ne peux pas dire la vérité, car je mettrais en danger la vie de ma famille. »

Rufus et Camille échangent un regard, le souffle coupé. Les mots de la lettre résonnent dans le silence du grenier. La fleur de lys n’est pas seulement un symbole du passé, mais un indice vers la vérité sur la mort d’Anna et les secrets de la famille. La mère de Rufus n'est pas seulement morte de sa maladie, elle est morte d'un secret qui l'a rongée de l'intérieur.

Au même moment, dans les rues de la ville de Valombré, Frank et Jessica marchent côte à côte. Le silence entre eux n'est pas un silence de non-dits, mais de compréhension et de regrets partagés. Le ciel commence à se charger de nuages menaçants alors que Frank, le visage fermé, sort de la boutique du fleuriste, un bouquet de roses blanches sous le bras.

— Je vais rentrer, dit Frank, sa voix aussi rauque que le grincement de ses chaussures sur le gravier. Je dois mettre ces fleurs au frais. Elles doivent être parfaites pour l'enterrement. Anna aimait tant ces fleurs.

Jessica hoche la tête, ses yeux fixant le bouquet. Elle se souvient d’Anna et des roses blanches.

— Elle aurait aimé ça, répond Jessica doucement. Elle jette un coup d’œil au bouquet. Tu sais, Frank, je me souviens quand nous étions enfants. Tu te cachais toujours dans la roseraie. Ce n'était pas une bonne cachette, tu es le pire pour ça. Anna adorait s'occuper des fleurs, elle savait toujours où te trouver.

Frank la regarde, un sourire fugace sur les lèvres, puis son regard s'assombrit. — Oui, elle nous connaissait. Mieux que personne, je crois. C'est pour ça que c'est si dur.

Un silence pesant s'installe entre eux, mais cette fois-ci, il est différent. Il n'est plus fait de non-dits, mais de compréhension.

— On s'est fait notre vie, reprend Frank. On a eu nos enfants, on a eu nos secrets, mais on a toujours su que le lien que l'on avait tous les trois était spécial. Elle était la gardienne de notre famille. Et maintenant qu'elle est partie... on se sent tous perdus.

— Toi, tu as eu des enfants, lance Jessica avec une pointe d'ironie. Moi, je n'ai ni mari, ni copain, ni enfants ! Je suis la petite sœur qui a toujours le temps de tout faire, hein ?

Frank ne peut s’empêcher de sourire. — C'est vrai, mais tu as quand même eu pas mal de conquêtes d'un soir.

— Oui, c'est vrai, répond-elle.

— On a survécu à tellement de choses, dit Jessica doucement, posant sa main sur le bras de son frère. On survivra à ça aussi. Mais... la maison ne sera plus la même. On ne sera plus les mêmes non plus.

Frank la regarde, les yeux embués. — Je vais rester un peu. J'ai quelques courses à faire. Et puis... j'ai besoin de prendre l'air.

Frank hoche la tête, comprenant sans avoir besoin de plus de mots. Il lui adresse un dernier regard, mélange de chagrin et d'inquiétude, et s'éloigne. Jessica le regarde partir, les mains dans ses poches, et se dirige vers une librairie, cherchant une échappatoire dans la lecture.

Frank sort de la ville, le bouquet de roses blanches posé avec précaution sur le siège passager de sa voiture. La route est sinueuse, bordée de grands arbres qui projettent des ombres menaçantes. Il pense à sa sœur, Jessica, et à la conversation qu'ils viennent d'avoir. Un sourire triste se dessine sur ses lèvres. C'est vrai, ils ont toujours été inséparables, tous les trois, et il se sent perdu sans Anna.

Soudain, il sent une secousse, puis une deuxième. Il appuie sur les freins, mais la voiture continue de rouler, de plus en plus vite. Il comprend immédiatement ce qui se passe : les freins ne fonctionnent plus. Il tourne le volant dans toutes les directions, mais la voiture est incontrôlable.

La voiture quitte la route et s'écrase contre un grand chêne. Le choc est violent et le véhicule est gravement endommagé. Frank, assommé, contemple la scène, le cœur battant à tout rompre. Il sort de la voiture ; le bouquet de roses blanches est encore sur le siège passager, intact.

Frank, secoué et en sang, a du mal à réaliser qu'il vient d'avoir un accident.

Note de l'auteur :

Le sang a coulé et le silence de Valombré est désormais brisé par le fracas de la tôle. Alors que Frank tente de reprendre ses esprits après ce choc violent, la vie — et les secrets — continuent de hanter la maison familiale. Pensez-vous que cet accident soit un simple coup du sort ou le Corbeau a-t-il déjà commencé à frapper ? J'attends vos théories avec impatience !

À suivre : Chapitre 3.1 – Le poids des reproches

(Où les préparatifs de l'enterrement font remonter à la surface une colère que même le deuil ne peut plus contenir...)

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