Chapitre 5.2 : l'ombre du mystère

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À l'autre bout du village, Frank se tient debout dans la cuisine, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon. Il regarde le ciel d’un gris terne à travers la fenêtre. Le silence lourd de la maison est brisé par le claquement de la porte. Il se retourne et voit Jessica. Son visage, habituellement si doux, est marqué par l’inquiétude.

— Comment ça va, Frank ? Tu te sens mieux depuis l’accident ? demande-t-elle en s’avançant dans la pièce.

Il force un sourire. — Oui, ça va. Je me sens... étrangement bien, en fait. J’ai eu de la chance, c’est tout. Il s’approche du comptoir et pose une main sur sa hanche. C’est le Corbeau qui a fait ça, tu sais. Il a dû trafiquer les freins de la voiture. C’est le seul qui nous veut du mal.

Jessica fronce les sourcils. Un doute s'installe dans son regard. — Frank, je ne pense pas que ce soit le Corbeau. Je pense que c’est quelqu’un du village qui t’en veut. Un coup de vengeance. C’est plus logique. 

— Non, tu ne comprends pas, répond Frank, sa voix s’élevant légèrement. C’est la même personne qui envoie les lettres, qui s’en prend à notre famille. J’ai l’impression qu’il est toujours là, à nous observer, à attendre de frapper à nouveau. On ne peut pas faire comme si de rien n’était.

Jessica pose doucement une main sur son épaule. — Écoute, je ne suis pas d'accord, mais je comprends que tu as peur. Tu devrais te reposer. On en reparlera plus tard.

Frank secoue la tête, un mélange de frustration et de peur dans ses yeux. — Non, on ne peut pas. On ne peut pas attendre. On doit trouver qui c'est avant qu'il ne fasse plus de mal.

La tension entre eux est palpable. Le silence s'installe à nouveau dans la pièce, plus lourd qu'avant. Jessica le regarde, inquiète, tandis que Frank fixe le vide. Il se sent seul, face à une menace invisible. Il se demande si le Corbeau se trouve dans leur cuisine, dans leur maison, à les regarder, à les juger, à les préparer à sa prochaine attaque.

La lumière dorée de l'après-midi filtre à travers les grandes fenêtres de la bibliothèque, illuminant les rangées de livres poussiéreux. Le silence n'est brisé que par le léger grincement du plancher sous leurs pas. L'odeur des vieux papiers et de l'encre flotte dans l'air, une odeur de temps figé. Rufus et Camille se trouvent à l'accueil, mais M. Legrand, le bibliothécaire, n'est pas là.

— On ne peut pas attendre, on doit trouver ce nom, murmure Rufus, l'urgence dans la voix. Il tient toujours la photo dans sa main, comme un objet sacré.

Camille hoche la tête, comprenant son impatience. — Les annuaires scolaires sont dans le fond, dit-elle en pointant vers une étagère remplie de vieux classeurs. Il y en a pour toutes les années. Ma mère m'a dit qu'ils les conservaient depuis des décennies. C'est comme une mémoire collective du village. 

Ils se dirigent vers la section, les yeux scannant les couvertures poussiéreuses à la recherche de la bonne date. — La photo a l'air de dater des années 80, note Camille en feuilletant un annuaire. Les coupes de cheveux et les vêtements sont très typiques de cette époque.

Rufus hoche la tête et s'empare d'un classeur avec une couverture en cuir. Il le dépose sur une table et l'ouvre. L'odeur du papier jauni se répand. Ils feuillettent les pages ensemble, l'index de Camille glissant sur les noms et les photos.

— Regarde, il y a la photo de classe de 1980, dit-il en s'arrêtant. Il sort sa photo et la pose à côté. Il est là, le quatrième enfant. Il pointe du doigt un jeune garçon avec une cicatrice sur la joue.

Le cœur de Rufus bat plus fort. L'espoir de la vérité illumine ses traits.

— C'est Thomas Standfield, murmure-t-il, son doigt posé sur le nom.

Camille, le visage pâle, répète le nom. — Thomas Standfield... Je ne connais pas. Je n'ai jamais entendu ce prénom. 

Leurs regards se croisent. Si elle ne connaît pas ce nom, cela signifie que ce garçon n'est pas resté au village. Cela ne les aide pas immédiatement, mais ne les arrête pas non plus.

— Il faut qu'on retrouve Thomas, dit Rufus d'une voix basse mais pleine de détermination. C'est peut-être lui, le Corbeau.

Ils se dirigent vers la sortie, le vieux classeur toujours entre les mains. Ils rendent l'annuaire au comptoir et sortent alors que le soleil se couche sur Valombré.

À la nuit tombée, Dan est assis à son bureau. Les lumières tamisées de la pièce mettent en évidence la lueur de l'écran d'ordinateur. Le silence de la maison est pesant, à peine troublé par le léger clic de la souris. Il met en place l'organisation pour l'enterrement de sa femme, Anna.

Il relève la tête quand une notification s'affiche à l'écran : un nouveau mail, d'un destinataire inconnu. Son cœur fait un bond dans sa poitrine, mais il n'hésite pas. Il ouvre le message.

Le texte est court, sans fioriture, mais l'impact sur Dan est immédiat et glacial :


« Tu crois vraiment qu'en trichant, je ne viendrais pas à toi ? Mais ne t'inquiète pas, j'arrive. Chacun son tour. »

Signature : Le Corbeau.


Le visage de Dan se déforme, la rage et la détermination se lisent dans ses yeux. Il se lève de sa chaise, son corps tremblant. Il se dirige vers le coffre-fort dissimulé dans un mur de son bureau. Il le déverrouille rapidement et ouvre la lourde porte en métal.

À l'intérieur se trouve un revolver. Il le prend, le poids froid de l'arme rassurant dans sa main. Il vérifie le chargeur et compte les balles.

Il se tourne vers la fenêtre, l'arme pointée vers l'obscurité. Il ne voit rien, mais il sent une présence, une ombre. Il fixe le paysage sombre et dit à voix haute :

— Très bien, le Corbeau. Je t'attends alors.


Fin de la 2eme partie



Note d'auteur :

L'étau se resserre sur la famille Ashny. Alors que l'identité du mystérieux quatrième enfant, Thomas Standfield, est enfin révélée, la menace devient physique et immédiate. Entre la paranoïa grandissante de Frank et la décision radicale de Dan de s'armer, l'atmosphère de ce chapitre bascule dans une tension électrique où chaque ombre devient un suspect potentiel. 


Question pour les lecteurs :

« Maintenant que le nom de Thomas Standfield est connu, pensez-vous qu'il soit réellement le Corbeau, ou n'est-il qu'une fausse piste pour cacher un coupable encore plus proche de la famille ? »



A suivre : Chapitre 6.1 : Le poids du silence

(Alors que Rufus remonte le fil rouge des souvenirs, il découvre avec effroi que sa mère n'était pas la sainte qu'il imaginait, mais l'architecte d'un serment brisé qui réclame aujourd'hui son dû)

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