Chapitre 10.1 : Le Corbeau passe au niveau supérieur

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Le vent frais enveloppe le visage de Rufus. Il est assis par terre, à l'arrière de la maison, ses bras croisés sur ses genoux et sa tête enfouie dans ses mains. La colère bouillonne encore en lui, le bruit de sa voix résonne dans ses oreilles après sa violente confrontation avec son père. Il se sent à la fois vide et submergé par les révélations que Dan vient de lui faire.

— Rufus ?

La voix douce de Camille le sort de ses pensées. Il relève la tête et voit son amie, accompagnée de Tom, le regard empreint d'une inquiétude sincère. Tom, qui a vu Rufus partir en trombe.

— Ça va ? demande-t-elle doucement, en s'asseyant à ses côtés.

Rufus secoue la tête : — Non, ça ne va pas. Rien ne va. Il inspire profondément, l'air glacé lui brûlant les poumons. Je l'ai confronté... Il a tout avoué. La maladie de maman, c'est un secret. Il a volontairement empêché qu'elle soit soignée pour le cacher. Pour nous protéger, soi-disant.

Camille et Tom se regardent, leur visage exprimant un mélange de choc et de tristesse.

Soudain, un cri perçant déchire le silence de la nuit, un cri de femme plein de terreur. Tous les trois se mettent à courir, bousculant des buissons et manquant de trébucher sur le gravier, le cœur battant la chamade. Ils arrivent près de la porte de service, où Jessica est recroquevillée contre le mur, en pleurs, ses mains tremblant de peur. Au même moment, Frank et Victoria sortent de la maison, attirés par le cri.

Ensemble, ils se précipitent près de l'entrée d'où vient le cri. Rufus et Camille restent figés sur le seuil, choqués et bouche bée devant la scène qui se déroule sous leurs yeux. Dan est allongé face contre le sol, immobile. Frank, la voix étranglée par la panique, murmure : — Oh merde, Dan.

À quelques centimètres de la tête de Dan, une marque d'impact de balle est visible sur le mur.

Tom, qui a de l'expérience, se précipite vers Dan. Il pose ses doigts sur son poignet pour prendre son pouls. Après une minute de silence tendu, il se relève.

— Il est inconscient, mais toujours en vie ! dit-il d'une voix forte. Personne n'entre dans le bureau ! Appelez les ambulances, maintenant !

Frank, le visage livide, s'empare de son téléphone et compose le numéro des urgences. Victoria, en larmes, se laisse tomber à genoux sur le seuil de l'entrée du bureau, la main sur sa bouche.

Rufus et Camille, quant à eux, sont figés sur place, un million de questions se bousculant dans leur esprit. Qui a fait ça ? Pourquoi ? Et pourquoi le Corbeau a-t-il manqué son tir ? Leurs regards se croisent, chacun se demandant si l'un d'eux est l'auteur de l'attaque. Personne n'a d'alibi. Le silence de la pièce n'est brisé que par les sanglots de Jessica et le son de la voix de Frank au téléphone. Le mystère ne fait que commencer.

Les lumières spectrales des gyrophares de l'ambulance continuent de peindre des taches de lumière rouge et bleue sur les murs du salon. Au milieu de ce tableau lugubre, la famille se tient figée, comme des statues de cire. Le silence, l'espace d'un instant, est un vide oppressant, rempli du son étouffé des sanglots de Victoria.

Les ambulanciers s'affairent autour de Dan, le plaçant avec précaution sur un brancard. Frank tient Victoria dans ses bras, sa propre douleur se mêlant à la sienne. Camille, debout près de Rufus, pose une main sur son épaule, son regard de soutien transmettant un message silencieux : je suis là.

Il se détourne d'elle, la tête secouée par un refus. — C'est ma faute. J'ai fui ce village, j'ai fui cette famille. J'ai fui ma mère. Et maintenant, je dois rester. Je dois comprendre. Je ne peux pas partir.

— Je sais, répond Camille, sa voix douce et rassurante. Elle regarde autour d'elle, sa main glissant sur le bras de Rufus. Mais tu es en ébullition. Tu as besoin de te reposer, Rufus. Tu as besoin de t'éloigner de cette maison pour quelques heures, pour respirer. Elle baisse son regard. Tu sais, mon appartement n'est pas grand, mais il est au calme. On pourrait y aller pour la nuit. Juste pour te donner un peu de répit.

Rufus la regarde. Il voit dans ses yeux non pas de la pitié, mais une offre de paix. Une pause dans cette guerre qu'il s'est juré de mener. Il se sent soudainement épuisé, le poids de la journée retombant sur lui. — D'accord, murmure-t-il, c'est une bonne idée.

Il attrape un petit sac de voyage, y glisse quelques affaires à la hâte, son regard balayant une dernière fois la pièce. Une dernière fois, il sent le poids du passé, et il fait le choix de ne plus le fuir. Il suit Camille, laissant derrière lui le lourd silence de la maison. La promesse d'une nuit de sommeil, d'un instant de paix, est une lueur d'espoir.

Fin du Chapitre


Note d’auteur

Dans cette première partie, l'atmosphère bascule brutalement de l'intime au tragique. On quitte la confrontation émotionnelle entre Rufus et son père pour plonger dans le pur suspense avec l'agression de Dan. L'objectif ici était de montrer que, malgré les secrets de famille qui éclatent, une menace extérieure (ou intérieure ?) bien plus concrète plane sur Valombré. La marque de balle sur le mur est un avertissement : le Corbeau ne se contente plus de messages, il passe à l'acte.

À votre avis, pourquoi le Corbeau, d'habitude si méticuleux, a-t-il manqué sa cible de quelques centimètres ? Est-ce un simple échec ou un avertissement délibéré ?


A suivre : Chapitre 10.2 : Cicatrice et confidence

"Entre les murs froids d'une chambre d'hôpital où la paranoïa s'installe et la chaleur d'un appartement privé, Rufus devra choisir entre fuir son passé ou s'y confronter corps et âme."

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