Chapitre 13.2 : L'Ombre dans l'Escalier

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Dans la maison de la famille Ashny, le silence de la nuit est lourd. Jessica marche dans les couloirs, le bruit de ses pas est étouffé par la vieille moquette. L'ombre de la lune filtre à travers les vitres, projetant de longues silhouettes fantomatiques sur les murs. Son esprit vagabonde, perdu dans la tourmente des événements récents ; elle réfléchit à l'avenir incertain qui l'attend et aux secrets de sa famille qui semblent tous remonter à la surface.

Soudain, une ombre se détache du mur au fond du couloir, un mouvement furtif, presque imperceptible. Le cœur de Jessica se met à battre plus vite. Elle s'arrête et plisse les yeux.

— C'est mon imagination, murmure-t-elle pour tenter de se rassurer.

Mais quelque chose la pousse à en avoir le cœur net. Elle se met à marcher à nouveau, se rapprochant de l'ombre, discrètement, ses sens en alerte.

Quand elle arrive en haut des escaliers, l'ombre a disparu. Elle regarde à droite, puis à gauche, mais il n'y a rien. Un soupir de soulagement lui échappe, mais il est de courte durée. Au moment où elle se tourne pour redescendre, une force brutale la pousse. Elle pousse un cri, ses mains essayant désespérément de s'accrocher à la rampe, mais la poussée est trop forte. Elle bascule en arrière, chutant lourdement dans le vide. Elle roule, rebondissant sur chaque marche. Un mélange de douleur et de peur traverse son corps. Elle atterrit lourdement au bas des escaliers dans un bruit sourd.

À travers ses yeux embués, elle voit une silhouette en haut des marches. La lueur pâle de la lune éclaire la forme, révélant le Corbeau qui tient un long couteau en main. Le visage masqué semble rire. Jessica, le cœur battant la chamade, jette un coup d'œil à sa cheville et tente de la bouger. Elle laisse échapper un soupir de soulagement : sa cheville n'est pas fracturée, elle est juste tordue. Elle lève son regard une nouvelle fois, mais la silhouette a disparu.

Quelques secondes plus tard, la porte de la chambre de Frank s'ouvre et il sort. Il l'aperçoit et descend rapidement, son visage exprimant un mélange de peur et d'inquiétude.

— Jessica, qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-il en se penchant sur elle. 

— Quelqu'un m'a poussée... c'était le Corbeau, murmure-t-elle, la voix tremblante. 

— Ne bouge pas, j'appelle les secours, dit-il en sortant son portable pour contacter une ambulance.

Rufus se réveille brusquement, non pas au son d'une alarme, mais par la vibration insistante de son téléphone sur la table de chevet. Le nom de Frank s'affiche sur l'écran, un nom qu'il n'a jamais vu apparaître aussi tôt le matin. Un frisson de panique lui parcourt le corps. Il attrape le téléphone, ses doigts tremblants luttant pour déverrouiller l'écran. Un message court, glacial, s'affiche, et le monde de Rufus bascule.

« Jessica a eu un accident. Viens vite à la maison. » 

Ce n'est pas un simple message, c'est un coup de poignard. Le sens est clair : après Frank et Victoria, c'est au tour de sa tante, Jessica. La rage et la peur s'emparent de lui. Il se lève d'un bond, son cœur battant à tout rompre. Le lit gronde sous le mouvement, réveillant Camille qui dort profondément à ses côtés.

— Qu'est-ce qui se passe ? murmure-t-elle, la voix encore lourde de sommeil.

Rufus, le visage transformé en un masque de terreur, se retourne pour la regarder. Les mots lui brûlent la gorge. Il serre les poings pour calmer sa voix, mais son ton est sec

— Il y a eu un accident, et cette fois, c'est Jessica qui a été visée.

Leurs regards se croisent et Camille comprend instantanément. Sans un mot, elle se lève, attrape son pull sur une chaise et le tend à Rufus. — Allons-y, vite. Je t'y emmène.

La panique de Rufus s'apaise. Il n'est pas seul. Il n'est plus un spectateur passif, mais un acteur de son propre destin. Il enfile le pull, tandis que le regard de Camille ne le quitte pas, exprimant une détermination sans faille. Il prend la main de Camille et ils sortent de la maison, prêts à affronter la journée.

Rufus déboule de la voiture, le corps en proie à une panique froide. Derrière lui, Camille verrouille la portière en un geste rapide. Ils courent dans l'allée, leurs pieds martelant le gravier. La porte d'entrée est entrouverte, comme une fissure sombre. Sans hésiter, Rufus la pousse et se précipite à l'intérieur.

Le salon est baigné par une lumière crue. Et là, sur le canapé, il voit Jessica. Un soupir de soulagement s'échappe de ses lèvres. Elle n'est pas inconsciente. Elle tient sa cheville et son visage exprime une vive douleur. Rufus se précipite vers elle et la prend dans ses bras ; son soulagement se transforme en larmes silencieuses.

— Ça va ? demande-t-il, la voix tremblante. Jessica hoche la tête. Oui, ça va. Ma cheville est juste tordue. J'ai de la chance, j'aurais pu tomber bien plus bas.

L'angoisse dans les yeux, Rufus s'assoit à ses côtés. — Qu'est-ce qui s'est passé ?

Jessica inspire profondément. — Je marchais tranquillement quand j'ai vu une ombre au bout du couloir. J'ai décidé de la suivre, mais elle a disparu. J'ai cru que j'avais rêvé, quand soudain, quelque chose m'a violemment poussée. Je suis tombée des escaliers et j'ai vu... j'ai vu le Corbeau en haut. C'était lui, il m'a poussée.

La tension dans la pièce monte d'un cran. Les yeux de Rufus s'écarquillent de rage. C'est alors que Frank entre dans le salon, une expression de panique sur le visage.

— Pourtant, je t'ai dit que je n'ai vu personne, intervient Frank, ses mots résonnant dans le silence. J'ai fouillé partout, mais il n'y a aucune trace d'effraction.

— Alors cela veut dire que le Corbeau était déjà à l'intérieur de la maison la nuit dernière, murmure Rufus, sa voix n'étant plus qu'un filet de voix. Il se retourne et regarde sa famille. Les visages de Frank, Victoria et Dan sont un mélange de choc et de peur. 

— Rufus, tu penses que le Corbeau est peut-être l'un de nous ? lance Victoria, ses yeux fixés sur son neveu.

Rufus secoue la tête. — Victoria, je n'ai jamais dit cela. Mais si Frank a vu qu'il n'y avait aucune trace d'effraction, c'est que le Corbeau est déjà entré plus tôt dans la journée d'hier.

Le silence s'installe. Dan, qui est resté silencieux jusqu'à présent, prend la parole, sa voix grave brise la tension. 

— Écoutez, on va se calmer. Il ne faut pas oublier que cet après-midi, il y a l'enterrement d'Anna. On reste sur ce qui a été dit : l'enterrement dans l'intimité. Camille, Anna t'apprécie beaucoup et elle voudrait sûrement que tu sois présente.

Camille est surprise par la proposition de Dan, mais elle accepte. — Oui, bien sûr. Ce serait un honneur.

— Je vais emmener Jessica voir un médecin, on ne sait jamais, dit Victoria en se dirigeant vers Jessica pour l'aider à se lever.

Victoria aide Jessica à se diriger vers la voiture.

— Quant à moi, je vais commencer à faire les préparatifs pour cet après-midi, dit Dan.

— Je viens avec toi, Dan, propose Frank en s'approchant de lui.

Dan accepte, et les deux hommes se dirigent vers le cimetière. 

— Moi, je pense que je vais rester ici, dit Rufus, son regard fixant Frank. 

— D'accord, si tu veux, mais reste prudent, répond Frank avant de sortir.

Rufus les regarde s'éloigner, mais son regard se fixe soudain sur la poche de Frank. Il y a une bosse. Un détail anodin qui, dans la lumière du soleil, se transforme en une certitude effrayante : il y a un gant rouge. Un seul. Il se demande où est l'autre.

Rufus se retrouve seul avec Camille. Il se tourne vers elle, son visage étant un masque d'incertitude. — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demande Camille.

Rufus ne répond pas tout de suite ; il fixe l'escalier menant aux chambres, son esprit en ébullition.

— Il faut aller dans le seul endroit qui pourrait nous donner des réponses. Dans la chambre de ma mère.


Fin du chapitre


Note d'auteur :

Ici, le rythme s'accélère. L'agression de Jessica sert de catalyseur pour ramener Rufus dans la maison familiale. L'introduction du gant rouge est un hommage aux codes du "Giallo" (thriller italien), où un vêtement spécifique devient la signature du tueur tout en étant un objet commun.


La petite question :

Frank est-il une piste trop évidente pour être le vrai coupable, ou cache-t-il simplement sa propre peur derrière ce gant rouge 



A suivre : Chapitre 13.3 : Le Livret des Secrets

Au cœur de la chambre sanctuaire d'Anna, une page se tourne et la vérité éclate, forçant les alliés à la fuite et révélant que le loup porte la laine de sa victime 

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