Chapitre 16.1 : Le Piège se referme
La pluie cesse, mais une humidité glaciale s'accroche aux murs de la maison, comme un linceul invisible. Dans le salon, la famille Ashny est réunie une dernière fois. Le silence, lourd et pesant, est à peine brisé par le tintement des glaçons dans les verres. Dan se tient près du bar, l'air absent, tandis que Frank, Victoria et Jessica sont assis sur le canapé, leurs visages éclairés par la lueur vacillante de la cheminée.
Frank brise le silence en premier, sa voix chargée d'un mélange de soulagement et de tristesse.
— Avec Victoria, nous repartons dans quelques heures. Être ici, sans Anna, n'a plus de sens.
Victoria hoche la tête, les yeux dans le vide, comme si elle est déjà partie.
Jessica pose son verre sur la table basse. — Moi, je pense faire le tour du monde, découvrir de nouvelles cultures et avoir une nouvelle vie.
Frank la regarde et laisse échapper un rire amer. — Et aussi te trouver un nouveau plan cul ailleurs, après avoir tout utilisé ici. Un rire bref et nerveux parcourt la pièce, une bouffée d'air noir dans l'atmosphère étouffante.
Dan, qui n'a pas bougé, se tourne vers Rufus. Son regard est interrogateur, presque suppliant.
— Et toi, Rufus, quand comptes-tu partir ?
Rufus ne répond pas tout de suite. Il sirote son soda, le regard fixé sur la flamme dansante.
— En fin d'après-midi.
Victoria, une lueur de peur dans les yeux, se penche en avant. — C'est mieux que tu partes rapidement. Le Corbeau peut être toujours en alerte si tu restes ici.
Rufus pose son verre. Le tintement du cristal sur la table résonne comme un coup de fusil dans le silence. Il lève les yeux et regarde chaque membre de sa famille, un par un. Un sourire froid et calculé se dessine sur son visage. — Oui, c'est ce que j'ai prévu. Mais avant, j'ai quelque chose à faire.
La famille se regarde, sentant que quelque chose d'irréversible est sur le point de se produire. Les mains de Jessica tremblent. Dan, quant à lui, reste imperturbable.
Rufus sort un talkie-walkie de sa poche. L'objet, simple et utilitaire, semble totalement déplacé dans le luxe du salon. Il l'approche de ses lèvres et dit, d'une voix calme et ferme. — Vous pouvez entrer, s'il vous plaît. »
Quelques secondes plus tard, la porte d'entrée s'ouvre en grand. La police entre dans le salon, bloquant toutes les sorties possibles. La lumière crue des néons du couloir envahit la pièce. Tom et Camille entrent à leur suite, leurs visages fermés. Le choc est total. Le silence se transforme en un instant de stupeur.
Dan, le visage décomposé, se lève brusquement. — Que fait la police ici ?
Rufus se lève à son tour, son regard perçant ne quittant pas son père. — Je sais qui est le Corbeau.
Toute la famille se lève d'un bond, la chaise de Frank s'écrasant au sol.
— Quoi Rufus ? s'écrie Jessica, la voix brisée par l'incrédulité.
Dan, la rage montant à ses joues, se précipite vers Rufus. — Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es fou !
Mais Rufus, dans un mouvement fluide, sort le revolver que son père cache dans son bureau et le braque sur lui. L'arme pointée vers Dan fait cesser tous les mouvements.
— Cette fois-ci, déclare Rufus d'une voix de glace, la vérité de la famille Ashny va être dévoilée.
Frank se lève brusquement, son visage déformé par la surprise et l'incompréhension.
— Rufus, qu'est-ce que tu fais ?
Le regard de Rufus balaye les visages familiers et déformés par l'effroi de sa famille. Une étrange tranquillité l'habite. — Depuis que je suis revenu au village, depuis que je suis entré dans cette maison, je sens que quelque chose ne va pas. J'ai l'impression que vous cachez tous un secret, sa voix est calme, mais sa main tenant le revolver tremble légèrement. Mais maintenant, les cartes ont changé de mains.
Un silence glacial envahit la pièce. Seul le bruit de la respiration saccadée de chacun remplit l'air lourd de tension. Rufus reprend. — La mort d'Anna, ma mère... Les lettres du Corbeau. Les attaques du Corbeau... Au début, je pense qu'il n'y a aucun lien. Qu'il s'agit de coïncidences. Il fait une courte pause, laissant la phrase planer. Mais en fait, tout est lié.
Jessica, la tante, brise le silence d'une voix tremblante. — Mais qu'est-ce que tu essaies de dire ? Je ne comprends pas...
Rufus se tourne lentement vers elle, son regard fixé sur ses yeux effarouchés. — Tu ne comprends pas, tante Jessica ? C'est pourtant si simple. Le Corbeau s'en prend à notre famille, car il veut se venger.
Victoria, le visage dur et confiant, intervient avec mépris. — Rufus, as-tu des preuves de ce que tu avances ? Elle se tient droite, comme si rien ne peut l'atteindre.
Fin du chapitre
Note d'auteur :
Ce passage marque la fin de l'isolation des Ashny. J'ai voulu montrer que Rufus n'était pas seulement venu pour faire son deuil, mais qu'il avait préparé une véritable opération tactique.
Petite question :
Aviez-vous deviné que Rufus cachait un talkie-walkie et travaillait avec la police depuis le début ?
A suivre: Chapitre 16.2 : L'Ombre du Corbeau
La police est là, mais les mots de Rufus vont être plus tranchants que n'importe quelle arme. Préparez-vous : les masques tombent dans la prochaine partie.

Annotations