Chapitre 16.2 : L'Ombre du Corbeau

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Un sourire amer se dessine sur le visage de Rufus. — J'allais justement y venir. Lorsque tante Victoria a eu cet accident, le Corbeau a scié le pied de l'échelle. Pour ne laisser aucune trace, il portait des gants, et j'ai remarqué un fil rouge provenant de gants rouges. Et si je ne me trompe pas, vous avez tous une paire de gants rouges en laine, sa voix est basse, presque un murmure, mais chaque mot résonne dans la pièce. C'est là que je commence à me douter que le Corbeau peut être un membre de ma famille.

Dan a les sourcils foncés, le regard perçant. — Rufus, fais attention à ce que tu dis.

Rufus ne baisse pas les yeux. — Ensuite, il y a l'accident de Jessica. Après que le Corbeau l'a poussée, Frank, tu accours et tu affirmes qu'il n'y a aucune trace d'effraction.

Frank s'agite, mal à l'aise. — Oui, j'ai bien dit cela. Mais je ne vois pas le rapport.

— Le rapport, c'est que cela confirme que le Corbeau est toujours à l'intérieur de la maison. Le Corbeau ne peut être qu'un membre de la famille.

Les regards de Dan, de Victoria, de Frank et de Jessica se croisent, un mélange de peur, de colère et de culpabilité. Le masque de Dan commence à se fissurer.

— Ensuite, continue Rufus, il y a l'attaque de Camille. C'est la partie la plus complexe, car je n'ai pas toutes les informations. Si je me souviens bien, Camille, tu as dit que tu as été attirée par un bruit. Et à l'extérieur, tu as trouvé une feuille. Il se tourne vers elle, son regard cherchant une confirmation.

Camille, immobile, acquiesce — Il y a marqué : "Tu en sais déjà trop", ou quelque chose dans ce style-là.

— Le Corbeau, reprend Rufus, attaque Camille pour la faire taire, pour qu'elle arrête son enquête. Il utilise la voiture de Jessica pour son méfait.

Jessica intervient, sa voix encore plus tremblante que la première fois. — C'est donc pour cela les marques de rayures sur ma carrosserie. Mais Rufus, comment a-t-il pu prendre ma voiture alors que les clés sont toujours sur moi ?

Frank lance un regard perplexe à Jessica. — Si tu as toujours les clés sur toi, alors le Corbeau pourrait être toi, Jessica.

Jessica est outrée d'entendre une telle accusation de la part de son propre frère. — Je ne suis pas le Corbeau !

— Là, le Corbeau a été intelligent, car il a bien pu faire un double des clés », dit Rufus en levant un doigt, soulignant le détail.

Jessica, le regard perdu dans ses pensées, murmure. — Personne ne conduit ma voiture. Les seules fois, c'est Frank, il y a à peu près cinq ans, je t'ai prêté ma voiture pour récupérer un de tes meubles, et Victoria, quand tu m'as emmenée me faire soigner... Elle se stoppe, les yeux écarquillés, son regard se posant sur l'une des deux personnes qu'elle vient de nommer.

Rufus, un sourire de triomphe sur le visage, reprend la parole. — En me fiant à ces pistes, j'en conclus que le responsable de tout cela, et la même personne qui se fait passer pour le Corbeau, n'est autre que toi, dit-il en pointant le revolver.

— C'est toi, Frank, annonce Rufus, le doigt pointé. Tu es le Corbeau.

Un silence d'un quart de seconde s'installe.

— Quoi ? Moi, le Corbeau ? Frank hausse les épaules, un rire nerveux brisant l'atmosphère. Victoria, le teint livide, répond d'une voix sourde : Non, c'est impossible.

Dan, le regard sombre et la posture rigide du patriarche, s'avance. — Écoute Rufus, ici à Valombré, quand on accuse quelqu'un, il faut apporter des preuves tangibles, et non des hypothèses ou des paroles sans but. Nous sommes ici pour enterrer ta mère !

— Mais des preuves, j'en ai, rétorque Rufus. Commençons par cette photo.

Il sort de sa poche la photo des quatre corbeaux et la montre à tout le monde.

— On peut voir Anna, tante Jessica et oncle Frank quand vous étiez jeunes. Le Corbeau ne peut être qu'une personne connaissant le secret de famille.

Jessica secoue la tête. — Je me rappelle de cette photo, c'est quand on était petits. Mais qu'est-ce qui te prouve que le Corbeau n'est pas le quatrième enfant ?

— C'est une vérité, acquiesce Rufus. Le Corbeau pourrait être le quatrième enfant. Cependant, il m'est facile de vérifier qu'il vit à des milliers de kilomètres, très loin d'ici.

Victoria réagit immédiatement. — Mais qu'est-ce qui te prouve qu'il n'a pas fait le trajet discrètement pour venir ici ?

— J'ai la confirmation de sa famille, et même de son travail. Il est présent tous les jours. De plus, je peux remarquer que le Corbeau connaît non seulement beaucoup de choses sur notre famille, mais qu'il a aussi des compétences de garagiste. Et le seul qui a ces compétences pour mettre hors service ta voiture, Frank, c'est toi.

Frank, acculé, se redresse. — Je ne vais pas rester ici à me faire insulter, Rufus. Je n'appelle pas cela des preuves tangibles, mais seulement l'imagination de quelqu'un qui a trop lu de romans noirs.

— Alors passons au concret, siffle Rufus.

Il fait un signe de tête à Tom, qui s'approche, l'air grave.

— Quand le Corbeau attaque Victoria, je découvre un fil de laine rouge près de l'échelle sciée. Je sais que chaque membre de la famille possède une paire de gants rouges.

Dan renifle. — N'importe qui au village peut posséder un gant en laine rouge, Rufus. On peut en acheter partout.

— C'est là que tu te trompes, Dan. Ces gants sont spéciaux. Anna les a tricotés pour toute la famille, et elle a inscrit le nom de chaque membre à l'intérieur. Frank, vu que tu as un gant rouge dans la poche, peux-tu le vérifier ?

Le silence devient absolu, seul le bruit des battements de cœur semble exister. Frank hésite, le souffle court, mais la pression des regards le force à obtempérer.

Tom tend la main. — Pouvez-vous me passer le gant, Frank ?

Frank lui tend l'objet, révélant le gant de laine rouge dans sa poche de manteau. Tom l'examine.

— Oui, Rufus, il y a bien le nom du propriétaire. Mais je ne vois pas qu'il est abîmé, ni qu'il ait perdu un fil.

Frank laisse échapper un rire de soulagement nerveux. — Tu vois, Rufus ? Le gant n'est pas abîmé. Ce fil rouge peut venir de n'importe où !

Un sourire se dessine sur le visage de Rufus, un sourire de triomphe froid. — Oui, c'est normal qu'il ne soit pas abîmé, Frank. Parce que ce n'est pas le bon gant.

Il sort alors de l'intérieur de sa veste un sachet plastique scellé, une pièce à conviction officielle, qu'il passe à Tom.

— Comme vous pouvez le voir, dit Rufus, le bas de ce gant est abîmé.

— Il n'y a rien qui prouve que c'est le mien ! proteste Frank, sa voix se muant en supplique. Cela peut être celui de n'importe qui !

— Tom, examine l'intérieur, ordonne Rufus.

Tom ouvre la poche de plastique et retourne le gant abîmé. Sa main s'immobilise. Il lève les yeux vers Frank, puis vers le reste de la famille, l'incrédulité gravée sur ses traits.

— À l'intérieur du gant, annonce Tom, sa voix à peine audible, il y a marqué... le prénom du propriétaire. Frank.


Fin du chapitre



Note d'auteur :

C'est ici que le travail de déduction de Rufus éclate. Le détail du fil rouge et des gants tricotés par Anna apporte une dimension tragique : c'est l'amour de leur mère qui finit par les trahir.



Petite question :

Selon vous, est-ce que Frank a agi par pure méchanceté ou est-il lui aussi une victime de la pression de Dan ?



A suivre: Chapitre 16.3 : Faillite Morale

Frank est démasqué, mais il n'est que la partie émergée de l'iceberg. Pourquoi la famille a-t-elle sombré dans l'escroquerie ? La réponse remonte à un réveillon maudit. 

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