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Au volant de la voiture, l’inspecteur se tourne vers son voisin, crâne rasé et blouson de cuir sombre, ouvert sur une chemise trop bleue :
— Le voilà qui sort ! Allez, on y va. Ça fait des mois qu’on est sur lui. On ne va pas lâcher le dossier et passer à quelqu’un d’autre. La direction va nous prendre pour des incapables. On va trouver quelque chose, on sait qu’il n’est pas clair.
— OK, j’y suis. Approche-toi, répond brièvement son voisin. On y va en douceur.
Les grilles majestueuses du parc s’ouvrent sur le boulevard Malesherbes, peu encombré. L’illumination urbaine plaque sa froide lueur sur les pavés brillants, le béton et le macadam noirci.
Patrick s’avance maintenant sur les larges trottoirs, l’esprit encore saisi par l’ébauche de cette catastrophe qui aurait pu faire basculer son avenir.
Quelques passants le croisent sans se formaliser de l’état de ses vêtements terreux, la tempe gonflée. Il chemine, les yeux vers le sol, impatient de finir cette journée éprouvante pour mener à bien ses projets. Le coup de klaxon d’une voiture gênée par trois piétons qui traversent en pleine voie presse son allure. En double file devant lui, une Renault Clio blanche stationne, une porte ouverte, tenue par un homme penché vers l’intérieur.
Deux pas résonnent sur le trottoir, derrière lui. Avant qu’il ait tourné la tête, Patrick sent une forte poussée sur la nuque. Son poignet est violemment maintenu dans son dos par une prise puissante qui le plie en deux, sa mallette tombe au sol :
— Ne bouge pas, on s’en occupe ! formule sèchement une voix contre son oreille.
Son agresseur lui bloque les avant-bras sur les reins et resserre cruellement les anneaux des menottes. La sacoche est saisie par un jeune homme brun en blouson de cuir marron qui porte un brassard POLICE.
— On t’emmène pour discuter.
Sans plus un mot, les deux policiers poussent fermement Patrick dans la Clio et s’y engouffrent à leur tour. Trois portes claquent et le véhicule banalisé démarre toutes sirènes dehors.
À l’intérieur, Patrick, ahuri, n’accepte pas la situation. C’est une erreur ! C’est lui qu’on vient de voler et qui, sans le secours de la maréchaussée, a récupéré son bien ! Sa mallette est maintenant dans les mains du fonctionnaire assis à l’avant.
La radio crachouille, personne ne dit plus un mot. À chaque mouvement de l’automobile, les menottes très serrées blessent Patrick aux poignets. Elles l’humilient au plus profond de lui-même. Il n’a rien fait d’illégal ou de mal. Que veulent ces policiers ? Il vient d’échapper à un vol en bande organisée et prend soudain la place du coupable !
Patrick clame et gémit ses mille interrogations pendant le rapide trajet vers ce que ses kidnappeurs officiels ont nommé la SDAT. Une explication lui est enfin apportée par un des trois fonctionnaires, concentrés dans l’observation de la circulation.
Un des policiers, sans détourner les yeux de la route, finit par briser le silence pesant qui règne dans l’habitacle. Sa voix est ferme, presque administrative, et tranche avec la tension du moment par une phrase courte, les yeux rivés sur la route :
— Vous êtes en état d’arrestation, monsieur Mulong Patrick, pour une garde à vue dans le cadre d’une enquête.
Les mots s’abattent, froids et définitifs, laissant Patrick abasourdi, incapable de comprendre.
— C’est vous qui allez répondre à nos questions, termine le policier
Le crissement des pneus clôt ce dernier échange. La conduite très sportive du pilote, le son de la sirène et les flashes bleus du gyrophare les expédient aux limites de Paris. La petite Clio déboule sous le boulevard périphérique et enchaîne plusieurs slaloms entre les voitures pour gagner quelques places et atteindre au plus vite le centre de Levallois-Perret.

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