Chapitre X - L’endroit sûr

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Le 30 octobre 2025, j’ai proposé un endroit sûr.

Je n’ai pas utilisé ces mots exactement comme ça, mais l’idée était claire. Teams n’était plus neutre. Ce n’était plus seulement un outil de travail. C’était devenu un espace chargé, traversé par quelque chose qui ne devait pas être vu, ni lu, ni interprété par d’autres.

Je sentais que si nous voulions continuer, il fallait déplacer la conversation.

À 14h08, mon téléphone a vibré.

30/10/2025, 14:08 – Rolina :

Salut. Je suppose que tu sauras qui t’écrit. Je vais essayer d’être courte et claire. J’ai aussi pensé à Teams, je ne fais pas confiance à cet outil non plus. Comme c’est notre “partners in crime”, certaines choses ne devraient pas être là ou visibles par quelqu’un du travail. Premièrement, j’ai vraiment envie de te faire confiance, mais je ne peux pas prévoir le futur. Peut-être que je suis parano, je ne sais pas. Deuxièmement, ça veut dire qu’on fait entrer notre communication dans la vie personnelle. Vraiment personnelle. Et ça ne me semble pas tout à fait juste. On a des personnes dans nos vies, je ne veux pas ignorer ça et faire comme si rien ne s’était passé. Du coup, je me sens un peu mal d’une certaine manière. Troisièmement, tu rends vraiment mes journées plus lumineuses et je n’ai pas envie de tout arrêter, mais je suis confuse par ce qui est en train de se passer. J’aime les choses comme elles sont, “partners in crime”, ça me va. Je ne suis juste pas sûre que ce soit bien. Et toi ? Quatrièmement, peut-être qu’on pourrait mettre des règles. Avant, on avait seulement Teams, donc seulement pendant les heures de travail, c’était bien. Je ne sais pas quelles pourraient être ces règles, mais je ne peux pas risquer que des choses inattendues arrivent et que tout s’effondre. Je suppose que toi non plus. J’ai vraiment envie d’être ouverte avec toi, je veux juste que les choses soient claires. J’espère que tu comprends. Voilà mes inquiétudes. Je me sens plus légère maintenant.

Je l’ai relue plusieurs fois.

Elle n’était pas en train de fuir.

Elle n’était pas en train d’attaquer.

Elle était en train de protéger quelque chose.

Elle me disait qu’elle avait peur.

Elle me disait qu’elle appréciait ce que nous vivions.

Elle me disait qu’elle ne voulait ni mentir à sa vie, ni se mentir à elle-même.

Et surtout, elle me demandait :

« Et toi ? »

À 14h28, j’ai répondu.

30/10/2025, 14:28 – Noah :

Salut.

Je comprends vraiment chaque mot que tu as écrit.

Je ressens la même forme de peur calme, si ça a un sens.

Tu n’avais pas prévu de me rencontrer, et moi non plus je n’avais rien prévu de tout ça.

Pas de stratégie, pas de plan secret, juste quelque chose de réel qui est arrivé sans prévenir.

Je ne veux rien précipiter ni prendre plus que ce qui est donné.

Je n’attends rien.

Je sais seulement que quand tu es là, tout semble plus léger, comme si les choses respiraient enfin.

Tu as raison, nous avons chacun nos mondes, et ils méritent le respect.

Alors gardons cette honnêteté, c’est la seule règle qui compte.

Le reste, nous le construirons ensemble, doucement, à notre rythme.

Pas de pression. Pas de feu. Juste la vérité, et un peu de lumière.

Je ne cherchais pas à la convaincre.

Je cherchais à l’apaiser.

À 14h36, j’ai ajouté :

30/10/2025, 14:36 – Noah :

Et dis-moi quelles sont les règles que tu veux que je respecte et je les respecterai. Pas besoin d’expliquer pourquoi tu en as besoin. Dis-les-moi simplement et je les respecterai pour toi. Parce que c’est toi.

Ce n’était pas une promesse romantique.

C’était une décision consciente.

Si elle restait, ce serait dans un cadre qu’elle pouvait assumer.

À 15h50, elle a répondu.

30/10/2025, 15:50 – Rolina :

Je suis contente qu’on ait eu cette conversation, c’était nécessaire. Je me sens mieux maintenant. La seule chose dont j’ai besoin, puisque nous sommes dans cette situation, c’est qu’on se respecte à tout moment. Et faisons un accord : que WhatsApp soit le seul moyen de communication. Ça te va ? Dis-moi si tu as besoin de quelque chose de ma part.

Je me souviens précisément de ce que j’ai ressenti en lisant cette phrase.

« Se respecter à tout moment. »

Ce n’était pas une règle technique.

C’était une ligne morale.

Elle ne voulait pas jouer.

Elle voulait rester digne.

À 15h55, j’ai répondu :

30/10/2025, 15:55 – Noah :

Ma réponse : je suis vraiment content aussi. Tu as raison, on en avait besoin.

Le respect est la seule chose qui rend tout cela possible, et je le garderai sacré.

WhatsApp me convient, ça semble plus naturel, plus sûr d’une certaine manière.

On n’a pas besoin de pousser quoi que ce soit, on laisse simplement respirer les choses, comme ça l’a toujours été.

Je n’ai besoin de rien de ta part. J’ai juste besoin que tu restes celle que tu es. Et c’est largement suffisant pour moi.

À 16h11, elle a écrit :

30/10/2025, 16:11 – Rolina :

Ça me semble parfait. Merci.

C’était simple.

Pas de déclaration.

Pas de drame.

Pas d’emphase.

Mais à cet instant précis, nous venions de franchir une frontière invisible.

Nous avions quitté le territoire professionnel.

Nous avions accepté que cette chose entre nous entre dans nos vies personnelles.

Ce n’était pas une dérive.

C’était un choix.

Et un choix engage davantage qu’un accident.

Ce jour-là, je n’ai pas ressenti du feu.

J’ai ressenti de la responsabilité.

Et étrangement, cela ne m’a pas effrayé.

Cela m’a rendu plus sérieux.

Plus présent.

Parce que désormais, ce que nous faisions l’un de l’autre ne pouvait plus être appelé hasard.

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