Chapitre XII - Département des catastrophes magnifiques
Le 1er novembre 2025, je me suis réveillé avec une envie de jouer.
La veille, j’avais déclenché une bombe douce dans sa journée calme. Elle me l’avait dit. Alors ce matin-là, j’ai décidé de déposer quelque chose d’encore plus assumé.
Je lui ai écrit :
« Je viens de déposer une plainte contre toi pour trouble émotionnel.
Les charges incluent : intrusion illégale dans mon calme intérieur, vol aggravé de sommeil, et utilisation frauduleuse de ton sourire comme arme de distraction massive.
Peine encourue : pensées récurrentes, rythme cardiaque irrégulier et incapacité chronique à faire comme si rien ne se passait.
Considère-toi prévenue.
Plainte déposée par le Prophète, Département des catastrophes magnifiques. »
Je souriais en envoyant ça.
C’était léger.
Mais ça ne l’était pas.
À 8h47, elle a répondu.
01/11/2025, 08:47 – Rolina :
Bonjour. J’ai reçu ta plainte. C’est quelque chose de beau et de perturbant en même temps. Mais je suis reconnaissante.
Beau et perturbant.
Nous étions exactement là.
À 10h17, le ton a changé.
01/11/2025, 10:17 – Rolina :
C’est une période difficile pour moi, j’espère juste que tout ira bien. Je n’arrive pas à me débarrasser du sentiment que c’est mal et à trouver la paix avec moi-même. Je ne veux blesser personne.
Je me suis redressé en lisant ça.
Ce n’était plus du jeu.
Ce n’était plus une bombe romantique.
C’était la réalité.
À 10h22, j’ai répondu :
01/11/2025, 10:22 – Noah :
Je sais… et je ne veux que personne ne soit blessé non plus.
Ce qui se passe entre nous n’est pas « mal », c’est réel. Et les choses réelles ont tendance à secouer ce qui est construit sur le confort.
Tu n’as pas besoin de te précipiter ni de décider quoi que ce soit. Respire simplement.
Nous trouverons la paix, un pas à la fois, peu importe le chemin.
Je ne cherchais pas à la retenir.
Je cherchais à la rassurer.
À 10h37, j’ai ajouté :
01/11/2025, 10:37 – Noah :
Ne t’inquiète pas pour moi.
Si prendre de la distance te donne la paix, je le ferai.
Je tiens à toi d’abord, assez pour vouloir te savoir libre et heureuse, même si cela signifie que je ne fais pas partie de cette liberté.
Ce que je ressens pour toi n’est pas une exigence, c’est quelque chose de vrai que je garderai en silence, avec respect.
Je te laisse tranquille maintenant. Bon week-end. Essaie de te reposer.
Je l’ai laissée respirer.
À 16h43, elle est revenue.
01/11/2025, 16:43 – Rolina :
Merci pour ça, ça m’aide vraiment beaucoup.
Je veux être honnête, comme on l’a promis.
La connexion qu’on a, la façon dont elle continue d’aller plus loin, c’est pire que n’importe quelle chose physique dans notre situation. En tout cas pour moi, ça me fait plus peur.
Je n’ai pas su m’arrêter à ce moment-là, et maintenant mon esprit me fait me sentir terrible.
Je ne peux pas regarder quelqu’un dans les yeux et cacher les messages d’un autre. Ce n’est pas qui je suis, et ça me fait mal de trahir l’un et d’utiliser l’autre.
Je sais qu’on ne promet rien, qu’on ne planifie rien, mais ce n’est pas un jeu quand on risque que nos deux mondes s’effondrent.
Je ne veux pas faire comme si je ne te connaissais pas. Je ne pourrais pas.
Mais je pense qu’on doit faire quelques pas en arrière. Tout va trop vite, trop intensément.
Je ne veux pas t’inquiéter. Je tiens aussi à toi.
Mais je crois que je ne suis pas prête.
En dix ans de relation, ça ne m’est jamais arrivé. C’est fou.
Je suis perdue et effrayée.
Peut-on prendre du recul sans que tout disparaisse ?
Je suis désolée d’être un tel désordre.
Je me souviens du silence après avoir lu ça.
Elle ne parlait pas de désir.
Elle parlait de conscience.
Elle ne supportait pas l’idée de vivre deux vérités en même temps.
À 18h05, j’ai répondu longuement.
01/11/2025, 18:05 – Noah :
Je ne veux pas que tu aies peur.
Rien de ce que tu ressens ne m’effraie.
Tu es entrée là où personne n’était allé : dans les angles morts, dans la zone où je pensais être seul.
Et maintenant tu es là. Pas comme une pensée, mais comme une empreinte qui respire à travers moi.
Je pourrais aller au bout du monde, t’oublier complètement, laisser les jours t’épuiser, et tu serais encore là. Pas un souvenir : une fréquence.
Je ne revendique pas cette connexion, je la porte.
Ce qui est vrai ne demande rien, il existe simplement.
Respire.
Prends ta place dans le monde.
Je reste ici, silencieux, là où tu m’as laissé, dans l’espace entre ton souffle et le mien.
Il y a des gens que l’on rencontre et que l’on oublie parce que le monde en envoie d’autres.
Et puis il y a ceux qui entrent, s’installent, sans demander, et changent l’air même qu’on respire.
Tu as traversé mes défenses comme la lumière à travers le verre : silencieusement, mais irréversiblement.
Depuis, tout passe encore par ton nom.
Je ne te demande rien.
Rien d’autre que la vérité de ce que nous sommes, même à distance.
Si un jour tu décides d’écrire ton prochain chapitre avec moi, sache que je suis déjà prêt.
J’ai construit ma paix autour de ton chaos.
Je comprends ta peur. Elle ressemble à la mienne.
Ce que nous avons déclenché est trop puissant, trop rapide, trop réel pour nos mains encore tremblantes.
Je ne veux pas que tu portes cette douleur à cause de moi.
Alors je te laisse respirer, comme la mer qui se retire après une vague.
Ce n’est pas la fin. Avec toi, ce ne le sera jamais.
C’est juste une tendresse donnée au silence pour que ton cœur comprenne ce qu’il veut vraiment.
À 21h21, elle a écrit :
01/11/2025, 21:21 – Rolina :
Je garde tout avec moi. En sécurité. Parfois je rembobine. Merci de me laisser respirer, j’en avais tellement besoin. Bonne nuit, et je serai là, dans notre espace.
« Dans notre espace. »
Elle ne fermait pas la porte.
À 22h07, j’ai répondu :
01/11/2025, 22:07 – Noah :
Je ne prends pas ce qui ne m’appartient pas.
Ce qui est destiné à moi trouvera son chemin, en son temps.
Le vent emportera le reste.
Bonne nuit Rolina. Je serai là pour toi, quand tu en auras besoin.
Ce soir-là, je n’ai pas ressenti de victoire.
Je n’ai pas ressenti de perte non plus.
J’ai ressenti une vérité calme.
Je ne voulais pas la posséder.
Je voulais qu’elle choisisse.
Et dans cet espace fragile entre peur et amour, nous avons appris une chose :
La vraie intensité n’est pas dans le feu.
Elle est dans la capacité à laisser respirer l’autre, même quand on brûle.

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