Chapitre XIII - Reculer pour mieux brûler

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Le 2 novembre 2025, à 7h07, mon téléphone a vibré.

02/11/2025, 07:07 – Rolina :

Bonjour, ça va ? Je voulais juste vérifier. J’ai vu que tu étais en ligne à quatre heures…

Je suis resté quelques secondes à regarder l’écran.

Elle voulait prendre du recul.

Elle avait peur.

Elle ne voulait blesser personne.

Et pourtant, elle surveillait mon insomnie.

À 9h48, je lui ai répondu.

02/11/2025, 09:48 – Noah :

Bonjour. Oui, tout va bien, je n’ai juste pas beaucoup dormi. J’espère que toi tu as pu te reposer.

À 12h22 :

02/11/2025, 12:22 – Rolina :

Je suis désolée de l’entendre… Moi ça va.

Le recul dont elle parlait n’avait rien d’une disparition.

C’était un fil tendu.

À 14h06, j’ai écrit :

02/11/2025, 14:06 – Noah :

Content que tu ailles bien. Essaie de te reposer aujourd’hui, promis ?

À 15h20 :

02/11/2025, 15:20 – Rolina :

Promis. Toi aussi.

Le mot était simple.

Mais il nous reliait encore.

Le 3 novembre, j’ai décidé de ne pas forcer.

À 16h10 :

03/11/2025, 16:10 – Noah :

J’espère que ta journée s’est bien passée. Je suis là si tu as besoin. C’est tout. Le reste n’est que du bruit.

Je ne la pressais pas.

Je lui rappelais simplement ma présence.

À 16h23 :

03/11/2025, 16:23 – Rolina :

Oui, ça a été. J’espère que la tienne aussi. Merci, j’apprécie vraiment.

Elle n’avait pas fermé la porte.

Elle l’avait entrouverte.

Le 4 novembre, j’ai repris mon ton léger.

À 8h28 :

04/11/2025, 08:28 – Noah :

Salut toi. Ne travaille pas trop aujourd’hui. Si tu as besoin, je suis là.

À 8h49 :

04/11/2025, 08:49 – Rolina :

Je vais essayer. Merci.

Le soir, à 18h04, elle a écrit :

04/11/2025, 18:04 – Rolina :

Je serai absente demain. La vie arrive parfois… mais si quoi que ce soit, je suis là.

Je l’ai senti.

Elle prenait soin de me prévenir.

À 18h15 :

04/11/2025, 18:15 – Noah :

Merci de me le dire. Repose-toi. Et pareil, si tu as besoin, je suis là.

À 20h20 :

04/11/2025, 20:20 – Rolina :

J’aimerais que ce soit pour me reposer et profiter, mais ces deux-là font tout pour m’éviter.

À 20h23 :

04/11/2025, 20:23 – Rolina :

Merci. Ta présence compte beaucoup.

Ces mots-là, je ne les ai pas pris à la légère.

Ma présence comptait.

Pas mes promesses.

Pas mes déclarations.

Ma présence.

Je lui ai répondu à 20h38 avec humour. Je lui ai parlé d’« Évitement & Déni Inc. », comme si ses problèmes formaient une série télé. Je lui ai dit que si le monde brûlait encore, elle savait où trouver le point calme. Que j’étais là, toujours.

Je l’ai appelée Miracle.

Elle a ri.

Elle m’a écrit :

Tu ne peux pas tout filtrer. Et j’aime ça.

Elle aimait que je sois sans filtre.

Le 5 novembre au matin, j’ai écrit :

05/11/2025, 08:59 – Noah :

Bonjour, Miracle en mode civil. Mon café a déposé plainte contre ton absence. Essaie de maîtriser l’art de ne rien faire aujourd’hui. Si tu as besoin de te plaindre ou d’exorciser la journée, la hotline du Prophète est ouverte.

Elle a répondu avec le même ton. Elle jouait.

Le soir, à 20h44, elle m’a écrit :

05/11/2025, 20:44 – Rolina :

Comment s’est passée ta journée ? Ai-je manqué quelque chose ? Et le coucher de soleil à Kaunas était incroyable aujourd’hui.

Je lui ai répondu longuement.

Je lui ai dit que je n’avais manqué que le bruit habituel du matin, rien d’« orgasmique » à la réunion. Je lui ai avoué que j’avais manqué ses petites manies en visio. Que j’avais tenté de compenser avec une tablette entière de Toblerone.

Je lui ai envoyé un article sur la personnalité du prénom Rolina. Je plaisantais en disant que je rédigeais une mini-thèse sur elle, que je classais ça dans mon « dossier Rolina ».

Elle a répondu qu’elle ne commenterait pas trop l’article, qu’il ne fallait pas donner trop d’informations sur Rolina. Mais elle avait aimé le lire.

Puis elle a ajouté :

Je suis vierge.

Je me suis amusé avec ça.

Je lui ai dit que la Vierge n’était pas « gentille », qu’elle était chirurgicale. Qu’elle ne serrait pas dans ses bras, elle disséquait.

Elle a ri.

Elle a écrit :

Je suis officiellement prévenue. Je ne veux pas te faire ressentir de mauvaises émotions à l’avenir, mais je ne sais pas ce qui va arriver, parce que je ne suis sûre de rien.

Même dans la légèreté, elle gardait cette phrase :

Je ne suis sûre de rien.

Je lui ai répondu avec le feu.

Elle m’a lancé un défi.

Je lui ai répondu que le dernier qui avait cherché le feu le cherchait encore.

Elle a écrit :

Il est important de savoir où ils sont, ces feux. Pas besoin de les chercher ou de les rejoindre. Juste savoir où ils sont.

Elle voulait la conscience.

Pas l’aveuglement.

À 23h25, elle a dit qu’elle devait dormir.

Je lui ai répondu que depuis qu’elle avait emménagé dans ma tête, le sommeil avait trouvé une autre adresse.

Je l’ai appelée « troublemaker ».

Et elle ne s’est pas retirée.

Ce qui est fascinant, avec le recul, c’est ceci :

Elle disait vouloir ralentir.

Mais elle écrivait plus.

Elle disait avoir peur.

Mais elle lançait des défis.

Elle ne freinait pas.

Elle apprenait simplement à brûler avec les yeux ouverts.

Et moi, je comprenais une chose :

Le recul n’était pas une fuite.

C’était une manière plus lucide d’entrer dans le feu.

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