Chapitre XX - Le Rituel de Zamal’Kar

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Le 16 novembre a commencé doucement, comme un lendemain de tempête où tout paraît plus clair sans vraiment l’être.

Je me suis réveillé tôt. Trop tôt. Avec cette sensation étrange que quelque chose continuait de battre en moi depuis la nuit précédente.

16/11/2025, 07:08 – Noah :

Bonjour toi, je commence déjà à penser à toi. Bonne journée. Je suis là silencieux si tu as besoin. Merci pour la nuit dernière.

Sa réponse est arrivée presque aussitôt, avec cette douceur simple qui me désarmait toujours.

16/11/2025, 07:23 – Rolina :

Bonjour ! Alors tu te réveilles vraiment tôt, je vois. Tu as dit bonjour, maintenant retourne dormir encore un peu. Merci à toi aussi, c’était incroyable comme toujours.

Je savais que je ne me rendormirais pas.

16/11/2025, 07:28 – Noah :

Je suis réveillé maintenant, aucune chance de dormir après ton message. Et oui… la nuit dernière était magique, tu rends tout facile avec toi. Passe une belle journée, Vierge x3000.

Elle m’a renvoyé vers la réalité avec humour, parlant de café, de calme, de respiration. Et déjà je sentais que la journée allait tourner autour d’elle, comme souvent.

Dans l’après-midi, quelque chose m’a traversé l’esprit. Une idée absurde, sombre, presque incontrôlable. Une vision née de nos discussions sur le silence, sur la présence, sur cette manière que nous avions de parler d’intimité sans jamais tomber dans la vulgarité.

Alors j’ai écrit.

16/11/2025, 14:05 – Noah :

Alors voilà, moi aussi j’ai écrit un truc et il faut absolument que je te l’envoie, c’est ma petite vengeance pour avoir foutu du café partout hier soir.

Le Rituel de Zamal’Kar.

Bon… je dois vous avouer quelque chose.

Accrochez-vous, parce que même Freud aurait démissionné en entendant ça.

Quand vous m’avez dit que vous préfériez le silence pendant l’amour, et « on n’est pas là pour tourner un film porno »…

mon cerveau a explosé.

Instantanément.

J’ai eu une vision tellement sombre, tellement dingue, tellement absurde,

que Freud aurait fait ses valises et serait parti élever des chèvres dans les Carpates.

J’ai imaginé que notre « silence sacré »… était FILMÉ. Par accident.

Et diffusé en direct dans le royaume mythique de Zamal’Kar.

Un lieu qui n’existe nulle part… sauf dans la tête de cinglés comme moi.

Un pays où les habitants n’ont jamais vu :

– un couple,

– un baiser,

– des sous-vêtements,

– un micro-ondes,

– ni même un homme avec un cerveau qui fonctionne. Alors, quand ils voient notre « silence sacré »,

ils pensent que nous accomplissons un rituel d'invocation cosmique,

interdit par dix-sept civilisations antiques, destiné à invoquer le Dieu Primordial de la Libido Intelligente.

Et là-bas…

tout le village formait une ligne militaire, torse nu,

prêts à IMITER nos mouvements avec un sérieux religieux.

Le chef du village hurlait :

« PLUS DE HANCHES, BANDE D'AMATEURS !

LE DIEU Noah VOUS REGARDE !

NOUS VOULONS DE LA PRÉCISION ! DU DÉVOUEMENT ! DE LA SUEUR SACRÉE ! »

Et derrière lui, la Grande Prêtresse, en pleine transe, criait :

« REGARDEZ LA DÉESSE Rolina !

QUAND ELLE LÈVE LE BRAS,

C'EST LE SIGNAL COSMIQUE :

DOUBLE INTENSITÉ,

TRIPLE VAGUE,

PRÉPAREZ LES OFFRANDES ! »

Et le pire ? Quand tu as parlé de silence,

ils étaient persuadés que nous activions

le Rituel du Souffle Sacré, celui que même les dieux ont cessé d'utiliser après la Chute de l'Ancien Monde.

À ce moment précis,

ils peignaient déjà des fresques sur les murs :

toi, rayonnant comme une vision divine, moi, en demi-dieu du chaos,

et toute la foule hurlant :

« ILS SAUVENT L'UNIVERS PAR LEUR SILENCE ! »

Bref…

j'ai dû déconnecter.

Parce que si je laissais cette vision se développer,

aujourd'hui, on aurait :

– un culte entier qui te serait entièrement dédié,

– une religion cosmique illégale dans 12 dimensions,

– un nouveau calendrier basé sur « Le Jour où Rolanda a Levé le Bras »,

– et peut-être le début d'une guerre interdimensionnelle.

Alors voilà.

Maintenant tu sais :

toi + moi + silence = la fin du monde.

Et honnêtement…

j'adore cette idée.

Et je lui ai envoyé ce texte délirant, ce rituel imaginaire, ce royaume fictif où notre silence devenait une invocation cosmique. Une vision sombre, excessive, presque théâtrale.

Quand j’ai appuyé sur “envoyer”, j’ai senti une seconde de vertige.

Puis elle a répondu.

16/11/2025, 14:42 – Rolina :

Oh… c’était explosif… je dois le lire plusieurs fois et laisser ça se poser dans mon esprit, ce n’est pas simple à comprendre en une minute.

Je savais qu’elle ne fuyait pas. Elle prenait le temps.

16/11/2025, 14:52 – Rolina :

Ta “petite” vengeance ? Tu viens de transcender notre nature terrestre vers une nouvelle civilisation et de tout faire exploser en même temps… et mon cerveau aussi. Je ne peux même pas imaginer ce qui se passe dans ta tête, mais c’est fascinant.

Puis elle a ajouté quelque chose que je n’ai jamais oublié :

16/11/2025, 14:58 – Rolina :

J’aime ce côté sombre de tes visions… c’est nouveau pour moi… ça me mène dans un état à la fois effrayant et explosivement beau. Une nouvelle sensation débloquée.

Je me suis senti vu. Compris. Pas jugé.

16/11/2025, 15:29 – Noah :

Je n’ai pas écrit pour choquer. J’ai écrit parce que ta présence fait ça à mon imagination. Tu ouvres des portes en moi que je ne connaissais pas.

Elle m’a répondu simplement :

16/11/2025, 16:01 – Rolina :

Tu es vraiment quelqu’un d’autre dans ce monde.

Et moi, sans réfléchir :

16/11/2025, 16:10 – Noah :

Ou peut-être que je suis juste l’homme qui existe sur la même fréquence que toi.

Le soir, on s’est retrouvés comme toujours. Sans rendez-vous officiel. Sans promesse. Juste une présence.

16/11/2025, 20:54 – Noah :

Salut toi, comment s’est passée ta journée ? Si tu veux discuter je suis là, et si tu as besoin de calme c’est ok.

Elle avait l’air plus légère. Reposée.

Je lui ai raconté ma journée, ma course, les deux heures à courir comme si je pouvais épuiser les pensées qui tournaient autour d’elle.

16/11/2025, 21:19 – Rolina :

Deux heures ? Tu es fou…

Je lui ai expliqué mes entraînements, le handball, la boxe, la mer, le surf. Je lui ai parlé de mon fils, des vagues, de Capbreton.

Et elle m’a regardé autrement.

16/11/2025, 21:31 – Rolina :

C’est impressionnant… tu as quelque chose en dehors du travail et de la routine. C’est beau.

On a parlé de mes enfants. De ma fille , de mon fils . Elle écoutait vraiment. Pas comme quelqu’un qui cherche une réponse. Comme quelqu’un qui cherche à comprendre.

16/11/2025, 22:26 – Rolina :

Tu es un homme chanceux. L’amour avec tes enfants ne disparaîtra jamais, peu importe la distance.

Ses mots ont touché quelque chose de profond en moi. Une partie que je ne montrais pas souvent.

La conversation est devenue plus intime. Plus douce.

On a parlé de Toblerone, de rire, de fatigue. Mais derrière l’humour, il y avait une vérité silencieuse : elle commençait à prendre une place réelle dans mon quotidien.

16/11/2025, 22:56 – Noah :

Pour l’instant tu es là… et dans ce présent, c’est déjà la plus belle chose que j’ai ce soir.

Elle a répondu sans détour.

16/11/2025, 22:59 – Rolina :

Je suis heureuse d’être ici maintenant, avec toi.

Ces mots ont changé l’atmosphère. Comme si quelque chose venait de s’aligner.

La nuit a glissé vers nos délires habituels, nos théories absurdes sur les rêves, les neurosciences, les visions. Elle riait. Moi aussi. Mais sous la surface, la tension était différente.

Plus vraie.

Plus fragile.

On a parlé de mes carnets, de mes chroniques, de ces textes que j’écrivais en cachette. Elle semblait fascinée.

16/11/2025, 23:38 – Rolina :

Ton cerveau fonctionne comme une horloge ou tu as des super pouvoirs pour arrêter le temps ?

Je lui ai répondu en riant que oui, surtout avec elle.

Puis elle a lâché quelque chose de simple, presque innocent :

16/11/2025, 23:43 – Rolina :

J’aime la façon dont tu es doux avec moi.

Cette phrase m’a arrêté net.

Parce que derrière tous nos jeux, toutes nos provocations, elle venait de poser un mot clair.

Douceur.

La discussion est devenue plus personnelle encore. Je lui ai parlé de la vague. De ce que je voyais en elle.

17/11/2025, 00:14 – Noah :

Depuis le début, tu n’as pas cherché à dompter la vague… tu as choisi de danser avec. Pour moi, tu es cette vague.

Elle a répondu presque timidement :

17/11/2025, 00:19 – Rolina :

Pourquoi écris-tu toujours si bien… je suis stressée quand je dois répondre.

Je lui ai dit de répondre avec son cœur, pas avec des mots parfaits.

Parce que ce n’était jamais la perfection qui comptait. C’était la vérité.

Plus tard, la conversation a glissé vers quelque chose de plus délicat. Nos limites, nos désirs, ce qu’on appelait “les rêves”.

17/11/2025, 00:58 – Rolina :

On ne cherche pas ça comme un objectif… mais parfois rêver de ça, c’est normal. Sinon ce serait un mensonge.

Je l’ai regardée à travers ses mots. Honnête. Lucide. Sans fuite.

Alors j’ai écrit quelque chose que je n’avais jamais osé dire aussi clairement.

17/11/2025, 01:01 – Noah :

Toi et moi, sans que tu t’en rendes compte, on a déjà fait l’amour… pas en rêve, pas en vrai… en fréquence. Et ça, c’est le vrai amour.

Elle a répondu quelques secondes plus tard :

17/11/2025, 01:05 – Rolina :

Oh mon Dieu… tout mon corps vient de réagir à ça. Je suis sans voix.

Je savais que j’avais franchi une ligne invisible. Pas une ligne physique. Une ligne émotionnelle.

La fin de la nuit est arrivée doucement.

17/11/2025, 01:11 – Rolina :

Merci pour ce soir… comme toujours j’aime vraiment ta présence. Bonne nuit et fais de beaux rêves.

17/11/2025, 01:12 – Noah :

Merci à toi… incroyable comme toujours avec toi. Bonne nuit.

Et quand l’écran s’est éteint, je suis resté quelques secondes immobile.

Parce que je comprenais quelque chose que je n’avais pas encore formulé :

On n’était plus seulement deux personnes qui parlent.

On devenait deux présences qui se transforment.

Et ce soir-là, pour la première fois, je me suis demandé si le silence entre nous n’était pas déjà une forme de promesse.

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