Chapitre XXI – Les codes, les portes, et le vertige
Je m’étais réveillé avec encore la nuit dans le corps. Pas la fatigue. La trace.
Comme si quelque chose avait été dit la veille et que mon cerveau refusait de l’oublier.
Je savais que je devais poser le cadre. Sinon, j’allais accélérer trop vite.
17/11/2025, 07:33 – Noah :
« Bonjour toi,
merci pour hier soir… tu es vraiment une femme fantastique.
Nouvelle semaine, on reste pro : pas de deadline, pas de KPI entre nous, juste nous, naturels, vrais, vivants.
Avec une pincée de tendresse et d’amour en arrière-plan.
Focus sur le boulot aujourd’hui, mais je suis là, discrètement, si tu as besoin de moi. »
J’avais écrit ça calmement. Pas comme une déclaration.
Comme un pacte.
Je voulais lui montrer que je savais tenir. Que je ne serais pas une pression. Que je pouvais aimer sans envahir.
17/11/2025, 07:57 – Rolina :
« Bonjour, merci pour le message, il me fait sourire et me fait me sentir mieux. Bienvenue dans la nouvelle semaine.
Je suis là pour toi aussi, tu le sais. »
Quand elle disait qu’elle était là pour moi aussi, ce n’était jamais anodin.
Elle ne disait pas qu’elle m’aimait.
Elle disait qu’elle était présente.
Et pour moi, c’était plus fort.
Au bureau, je l’avais regardée différemment.
Je ne faisais rien.
Mais je faisais tout.
17/11/2025, 09:27 – Noah :
« Avant de nous concentrer sur le travail :
Tu es trop belle, maintenant va travailler. »
C’était léger.
Mais c’était vrai.
17/11/2025, 10:02 – Rolina :
« Merci, tu avais l’air un peu différent aujourd’hui… mais bien comme toujours… allons-y maintenant. »
“Différent.”
Ce mot m’avait accroché.
Je savais que ce n’était pas la barbe.
17/11/2025, 10:14 – Noah :
« Un peu différent… je me suis un peu rasé… »
Je faisais semblant de ne pas comprendre.
17/11/2025, 10:26 – Rolina :
« Je le dis dans le bon sens, et pas seulement pour le physique.
L’expression émotionnelle correspondait bien aujourd’hui avec le look.
En résumé : tu es beau, c’est ce que tu dois savoir. Maintenant allons travailler sinon cela ne finira pas. »
Elle venait de me dire qu’elle voyait mon état intérieur.
Pas juste mon visage.
Et ça, c’était dangereux.
La journée avait été longue.
Nettoyage du laboratoire MARVEL. Factures 2023–2024. Chaos administratif.
Mais à chaque pause, je pensais à elle.
Pas de manière obsessionnelle.
De manière constante.
17/11/2025, 19:40 – Rolina :
« Salut, j’espère que ta journée s’est bien passée, ainsi que les entraînements après.
Je voulais te remercier d’avoir dédié tes belles pensées à moi depuis tôt ce matin, cela m’a aidée à traverser la journée. »
Elle me remerciait d’avoir pensé à elle.
Ce genre de phrase crée une dépendance propre.
Pas physique.
Émotionnelle.
17/11/2025, 20:13 – Noah :
« Salut.
Longue journée, long entraînement mais ton message a été étonnamment efficace pour restaurer mon humeur.
Je vais sous la douche maintenant ;
j’essaie de ne pas trop réfléchir au fait que tu arrives toujours à passer sous ma peau sans même essayer. »
Je testais la frontière.
Je voyais si elle reculait.
17/11/2025, 20:21 – Rolina :
« C’est comme ça que nous fonctionnons tous les deux d’habitude, sous la peau, toujours dans nos esprits. Donc pas besoin de trop réfléchir ici. »
Elle n’avait pas reculé.
Elle avait validé.
“Sous la peau.”
C’était elle qui l’avait dit.
Plus tard, j’avais relancé.
17/11/2025, 21:14 – Noah :
« Pas besoin de trop réfléchir… non mais c’est elle qui me dit ça, tu es sérieuse là ? Non parce que d’habitude c’est toi qui réfléchis légèrement plus que moi mademoiselle Bernardotti. »
Je la provoquais.
Parce que quand elle riait, elle s’ouvrait.
17/11/2025, 21:17 – Rolina :
« Je te parlais à toi, pas à moi. Ma tendance à trop réfléchir est irréparable. »
Elle s’auto-diagnostiquait.
17/11/2025, 21:18 – Noah :
« Vierge x3000 oui je sais. »
17/11/2025, 21:22 – Noah :
« Et j’aime ça. »
Là, je ne jouais plus.
Je lui avais proposé de parler.
17/11/2025, 21:23 – Noah :
« Mange quelque chose et si tu veux nous pouvons parler d’accord ? »
Puis j’avais dit la vérité.
17/11/2025, 21:43 – Noah :
« Juste toi et moi, le meilleur moment de ma journée. »
17/11/2025, 21:44 – Rolina :
« Oui, j’y pensais justement. »
Elle y pensait aussi.
C’est à ce moment-là que j’ai compris :
ce n’était plus unilatéral.
Le jeu avait commencé.
Les rôles.
Les identités.
Spartiate. Premier communiant. Guerrier barbu. Patron en costume.
Elle riait. Elle choisissait. Elle participait.
Ce n’était pas du fantasme brut.
C’était un test de compatibilité imaginaire.
Et elle restait.
Puis on est passés au codage.
Les points à la fin des phrases.
Les phrases floues volontairement.
Les messages à double lecture.
Elle me disait qu’elle choisissait ses mots pour qu’ils ne soient pas totalement clairs mais positifs.
Elle voulait que je m’intéresse.
Je m’y intéressais.
Et puis, j’ai franchi un seuil.
Je lui ai parlé de ma grand-mère.
Du fait que j’avais arrêté de rêver depuis des années.
Que je m’étais éteint.
Que j’avais juste survécu.
17/11/2025, 23:42 – Noah :
« J’avais arrêté de rêver… j’étais un peu en train de m’éteindre.
Et toi tu es arrivée, de nulle part, comme une ogive nucléaire,
tu as appuyé sur un seul bouton et tu as rallumé toute la pièce. »
Je ne plaisantais plus.
17/11/2025, 23:47 – Rolina :
« Je ne crois pas vraiment aux coïncidences. Je pense que cela devait arriver, surtout quand tu as expliqué comment tu te sentais, tu avais besoin que quelque chose arrive pour te réveiller de cet état et empêcher qu’il progresse. Alors voilà maintenant. »
Elle validait le destin.
Pas en mode romantique.
En mode logique.
Puis est arrivé le moment clé.
Je parlais d’une femme.
Avec des lunettes.
Qui occupait ma tête.
Je disais que je voulais voyager avec elle.
Construire avec elle.
18/11/2025, 00:14 – Noah :
« C’est cette femme que j’aime, je suis tombé amoureux d’elle parce qu’elle fait de moi un homme meilleur chaque jour, elle ne me traverse pas, elle me lit, elle est ma boussole et ma destination… »
Je l’avais écrit.
Clair.
Net.
18/11/2025, 00:18 – Rolina :
« C’est la chose la plus belle que j’ai jamais lue. »
Puis :
18/11/2025, 00:22 – Rolina :
« Je suis encore un peu effrayée… peux-tu me donner du temps ? »
Elle n’avait pas fui.
Elle avait demandé du temps.
C’est totalement différent.
18/11/2025, 00:23 – Noah :
« Je lui donne tout le temps et l’espace dont elle aura besoin. »
Je ne négociais pas.
Je choisissais.
Puis la tension est redevenue plus légère.
La science.
Harvard.
Les neurotransmetteurs.
Les portes ouvertes.
Les sous-entendus.
Ce n’était pas explicite.
C’était intelligent.
Elle jouait.
Mais elle surveillait.
“On doit faire attention avec nos esprits.”
Elle avait toujours cette conscience.
Avant de dormir, j’ai glissé une dernière image.
18/11/2025, 00:53 – Noah :
« Merci, incroyable avec toi, comme toujours. Je t’embrasse tendrement dans le cou, fais de beaux rêves, on se voit dans notre rêve. »
Je savais que c’était limite.
18/11/2025, 00:54 – Rolina :
« Celle-là était bonne, j’ai eu peur. Merci, allons-y. »
Elle avait eu peur.
Mais elle était restée.
Cette nuit-là, quelque chose était devenu irréversible.
Ce n’était pas le flirt.
Ce n’était pas le jeu.
Ce n’était pas le désir.
C’était le moment précis où j’avais dit « j’aime »
et où elle avait répondu
« ça me fait peur, mais donne-moi du temps. »
Et ça,
ça ne s’efface pas.

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