Chapitre XXIII - Réveil Animal

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Je m’étais réveillé avant le jour avec une sensation inhabituelle, presque physique, comme si la nuit ne m’avait pas vraiment quitté. Ce n’était pas un rêve précis, ni une image claire, mais une chaleur persistante, une présence invisible restée posée sur ma peau. J’avais essayé de comprendre ce que c’était, et la seule chose qui me revenait était elle. Pas son visage exactement, mais l’idée d’elle encore enveloppée dans ses draps, cette chaleur intime qui ne se voit pas mais qui se devine. C’est avec cette sensation que j’avais écrit mon premier message du matin, sans chercher à le contrôler.

19/11/2025, 06:47 – Rolina :

« Bonjour. Hier soir je me suis endormie en dix minutes. J’ai très bien dormi, peut-être même trop. Merci pour ton beau message, il m’a apaisée avant la nuit. Comment était la tienne ? »

19/11/2025, 07:34 – Noah :

« Bonjour toi. Je me suis réveillé avec la sensation d’une présence. Pas une image, pas un rêve, quelque chose de plus physique, comme une chaleur qui restait sur ma peau. J’ai essayé de comprendre, et tout ce qui me revenait c’était toi, encore enveloppée dans la douceur de la nuit, cette chaleur qui appartient seulement à toi. Il y a ce moment précis au réveil où la peau porte encore la nuit, une douceur chaude, presque humide, comme un mélange de respiration et de chaleur restée sous les draps. C’est cette sensation qui m’a traversé ce matin… »

Je lui avais décrit ce réveil sans filtre, en parlant de sensation plutôt que de gestes. Je voulais qu’elle comprenne que ce n’était pas un fantasme brut, mais une perception presque instinctive, quelque chose qui dépassait la logique. J’avais évoqué son odeur, non pas comme un parfum mais comme une empreinte invisible, quelque chose que l’on reconnaît sans l’avoir jamais vraiment touché. J’avais parlé de présence, de respiration qui se retrouve avant même la rencontre réelle. Ce message était long, intense, presque trop vivant, mais je ne pouvais pas le réduire.

Elle avait lu, et sa réaction était arrivée quelques minutes plus tard.

19/11/2025, 08:31 – Rolina :

« Mon Dieu, je n’arrive pas à arrêter de lire ça… »

19/11/2025, 08:37 – Rolina :

« C’est incroyable. Merci, tu viens de faire quelque chose d’important. »

Elle m’avait ensuite confié qu’au moment de s’endormir la veille elle avait ressenti un manque, mais que mon message du matin avait changé cette sensation. Elle disait ne pas pouvoir arrêter d’y penser, comme si les mots continuaient à agir en elle.

La journée avait repris son cours normal. Travail, messages courts, présence discrète. J’avais prévenu que je passerais la soirée avec mon fils, et elle avait accueilli ça avec douceur, sans jamais créer de tension.

19/11/2025, 12:33 – Noah :

« Juste pour te prévenir pour ce soir. Mon fils veut qu’on prenne un moment pour discuter. Ça fait quelques semaines qu’on ne l’a pas vraiment fait. Je reviendrai plus tard si tu es encore là, sinon on se retrouve demain. »

19/11/2025, 12:42 – Rolina :

« Bien sûr. Passe du temps avec ton fils. On se retrouve plus tard ou demain. »

Dans l’après-midi, j’avais laissé échapper une projection douce, presque innocente.

19/11/2025, 16:39 – Noah :

« Je ne serai pas là le 27 pour décorer le bureau. Mais ça m’a fait sourire. Parce que le seul sapin de Noël que j’aurais vraiment envie de décorer n’est pas au bureau. C’est celui qu’on pourrait construire ensemble un jour. Peut-être l’année prochaine. »

Le soir venu, la conversation avait repris doucement. Des blagues sur le travail, des anecdotes, des petites phrases simples qui maintenaient le lien sans le forcer.

19/11/2025, 21:50 – Noah :

« Comment s’est passée ta journée ? »

Elle avait raconté une journée calme, quelques surprises au bureau, et une fatigue légère. Puis la discussion était revenue naturellement vers mon message du matin.

19/11/2025, 22:12 – Noah :

« Excuse-moi pour mon message de ce matin, c’était peut-être un peu intense. »

19/11/2025, 22:13 – Rolina :

« Pourquoi tu t’excuses ? C’était magnifique. »

Je lui avais alors raconté la version complète de ce que j’avais ressenti au réveil. Je décrivais la vision telle qu’elle m’était venue : elle allongée sous les draps, la chaleur de sa nuque, la sensation instinctive d’une proximité presque animale. Je lui avais expliqué que la version écrite du matin était déjà une version filtrée, une traduction poétique d’une sensation plus brute.

Elle ne s’était pas éloignée. Elle avait dit que cela restait poétique, même plus explicite. Elle avait avoué avoir relu ce message plusieurs fois dans la journée, comme si les mots continuaient à vivre en elle.

La discussion avait ensuite glissé vers mes amis, vers ceux qui avaient remarqué que quelque chose avait changé chez moi. L’un d’eux m’avait dit que j’avais l’air apaisé, différent, comme si une vague nouvelle était entrée dans ma vie. Je lui avais raconté ça sans filtre, et elle avait réagi avec surprise, puis avec une forme d’inquiétude douce, se demandant si c’était bien que d’autres sachent.

Je lui avais répondu qu’elle ne me devait rien, que sa simple présence avait déjà transformé beaucoup de choses en moi. Que je ne cherchais pas à l’enfermer dans une attente, mais simplement à être honnête avec ce que je ressentais.

La nuit avançait, et la conversation devenait plus fluide, oscillant entre humour, confidences et métaphores. On parlait de muse, de confiance, de ce sentiment étrange de laisser les émotions circuler sans essayer de les retenir. Elle décrivait ses émotions comme des pièces qui tombent d’un bocal ouvert, et moi je lui répondais qu’il fallait peut-être les laisser tomber, sans chercher à tout contrôler.

On avait fini par parler du monde extérieur, du prochain team building, de la difficulté de se comporter comme de simples collègues alors qu’un univers entier existait entre nous. On riait à l’idée de devoir jouer des conversations polies devant les autres, comme deux acteurs obligés de masquer une histoire plus profonde.

Puis la fatigue avait fini par s’imposer.

20/11/2025, 00:56 – Noah :

« On se retrouve là-bas, dans notre monde ? »

20/11/2025, 00:56 – Rolina :

« Oui. J’ai hâte. »

Je lui avais souhaité bonne nuit, en lui promettant d’être encore là au matin. Elle avait répondu qu’elle espérait qu’on se retrouverait encore dans cet espace invisible qu’on construisait nuit après nuit, entre les mots et les silences.

Et ce soir-là, en fermant les yeux, je savais que le message du matin avait marqué un tournant. Ce n’était plus seulement une conversation. C’était une trace laissée dans le réel, quelque chose qui continuait d’exister même quand les écrans s’éteignaient.

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