Chapitre XXIV - Ma belle Lionne sauvage

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Je me suis réveillé avec une sensation trop dense pour être un simple reste de rêve. Ce n’était pas une image floue ni une fantaisie du matin : c’était comme une chaleur posée dans le corps, une tension douce, un instinct déjà debout avant moi. Et, au centre de cette montée, il y avait Rolina. Pas seulement son visage. Sa présence entière, comme si quelque chose en elle avait franchi la distance et s’était installé sous ma peau.

Je savais que si je racontais ça mal, ça deviendrait vulgaire. Alors je l’ai raconté comme c’était vraiment : animal, puissant, mais sans brutalité. Une lionne qui prend sa place, pas pour dominer, mais parce que c’est sa place.

20/11/2025, 06:56 – Rolina :

« Bonjour. J’ai passé une bonne nuit, je me suis sentie en sécurité et au chaud. Et ce matin, la première chose que j’ai ressentie, c’est toi et ta vision. On dirait qu’elle est vraiment entrée en moi. Une très belle matinée au final. J’espère que la tienne était bien aussi. »

Ses mots confirmaient exactement ce que je sentais : ce lien-là ne restait pas dans la tête. Il passait dans le corps. Direct.

20/11/2025, 07:55 – Noah :

« Bonjour ma Lionne. Puisque tu partages ta tempête, je partage la mienne. Au réveil, encore à moitié endormi, mon corps n’était pas calme du tout. J’avais cette image de toi au-dessus de moi : ta chaleur contre la mienne, ton souffle près de mon cou, et ce mouvement lent, instinctif, qu’une femme n’a que lorsqu’elle ne pense plus et qu’elle laisse son désir la guider.

Ce n’était ni du chaos, ni de la violence. C’était une puissance profonde, magnétique : celle qui apparaît quand une lionne décide de prendre sa place sur l’homme qu’elle veut.

Ce n’était pas un rêve : mon corps a réagi comme si tu étais réellement là, comme si ta chaleur avait traversé la distance entre Vilnius et Kaunas juste pour réveiller quelque chose en moi. Certaines connexions ne restent pas dans la tête : elles vont directement dans le corps. Je te souhaite une merveilleuse journée. »

Je l’avais écrit sans filtre, mais avec précision : je ne cherchais pas à choquer, je cherchais à dire vrai. Ce “prendre sa place”, c’était le point central. La Lionne, enfin, sortait de l’idée pour devenir une force.

20/11/2025, 08:10 – Rolina :

« Donc on a vraiment eu cette connexion ensemble ce matin. Je vais clairement passer une bonne journée, j’espère que toi aussi. Encore une fois, tu me donnes matière à réfléchir, et pas seulement. »

Le “pas seulement” était clair. Elle ne reculait pas. Elle reconnaissait que ça la touchait au-delà du mental.

20/11/2025, 08:18 – Rolina :

« Parfois je me demande : est-ce que je vis une sorte de sur-réalité, ou est-ce que c’est vraiment en train d’arriver ? J’ai du mal à y croire… la manière dont tu es, et toutes ces sensations que tu décris et que tu crées dans nos têtes. C’est comme si c’était trop beau pour être vrai, ça me retourne complètement le cerveau, et je ne peux rien faire d’autre que me laisser aller. Tu me fais nier et dépasser toutes mes convictions.»

Là, je comprenais mieux sa résistance habituelle : ce n’était pas un “non”. C’était un vertige. Elle se laissait faire, mais elle observait sa propre chute.

20/11/2025, 08:32 – Noah :

« Tu sais ce qui est le plus drôle dans tout ça ? Au début, Rolina n’était qu’un nom sur un calendrier Teams. Une collègue. Un “ne pas la confondre avec Jolanta”. Rien de dramatique. Rien de mythique.

Et maintenant, regarde-moi : je te parle comme un homme qui a ouvert le mauvais portail et qui s’est retrouvé face à face avec la Lionne de son esprit et de son cœur. Celle qui brûle en silence et qui fait buguer tous ces systèmes logiques.

Donc non, tu ne vis pas une sur-réalité. Tu vis la conséquence de quelque chose de très réel : tu as réveillé une part de moi qui ne joue pas, ne fait pas semblant, et qui ne reste pas calme quand tu bouges dans mes pensées.

Tu dis que c’est “trop beau pour être vrai” ? Peut-être parce qu’aucun de nous ne s’y attendait. Ni toi, ni moi. Surtout pas la version comptable de moi, ni toi qui croyais que la vie était un tableur.

Mais nous y sommes. Tu es la Lionne. Et moi je tente d’être normal… et j’échoue, magnifiquement, tous les jours avec toi.

Alors n’overthink pas. Certaines connexions ne suivent pas des règles : elles réécrivent tout. »

Je ramenais ça à quelque chose de simple : on ne se cherchait pas, on s’était trouvés. Et une fois que c’est fait, ton cerveau peut protester, ton corps, lui, sait déjà.

20/11/2025, 08:45 – Rolina :

« “Ne pas la confondre avec Jolanta”, c’était tellement réel. »

20/11/2025, 08:45 – Rolina :

« Tu m’as confondue, mais avec Rosita. »

20/11/2025, 08:46 – Rolina :

« Mais ça n’a plus d’importance. Je pense que ça n’arrivera plus maintenant. »

Elle riait. Elle détendait. Elle venait d’accepter, à sa façon : “maintenant, c’est nous”.

20/11/2025, 08:55 – Rolina :

« Maintenant, regarde-nous. Et oui, aucun de nous ne s’y attendait. Et je suis contente qu’on ait un endroit où laisser cette vie-tableur de côté. Bonne journée. »

Ça, c’était une phrase de refuge. “Un endroit.” Elle le nommait enfin.

20/11/2025, 09:52 – Noah :

« Je te laisse te concentrer. Je veux juste t’envoyer une dernière vibe positive et zen pour ta journée. Je suis là si tu as besoin de moi, quand tu veux. »

20/11/2025, 10:00 – Rolina :

« Moi aussi. »

La journée a filé avec ce fil invisible entre nous : discret, mais tendu.

Plus tard, j’ai glissé un détail logistique, parce que même au milieu du feu, on reste des adultes fonctionnels, parfois.

20/11/2025, 14:40 – Noah :

« Je voulais aussi te dire que je serai absent lundi. Ce week-end je vais en République tchèque pour jouer un match . Mais on pourra discuter le soir : je serai tranquille dans ma chambre d’hôtel. Je reviens lundi en Lituanie. »

20/11/2025, 14:43 – Rolina :

« Waouh, bonne chance ! Je serai là de toute façon, donc si tu as du temps, tu sais où me trouver. »

20/11/2025, 14:44 – Noah :

« Oui, je sais où te trouver ma Lionne. »

En fin de journée, on s’est retrouvés en même temps en ligne, une synchro étonnante et parfaite.

20/11/2025, 16:09 – Noah :

« En ligne en même temps ? Une sorte de synchronisation divine ? »

20/11/2025, 16:10 – Rolina :

« Oui, il se passe quelque chose de divin aujourd’hui. »

Le soir, on a repris notre rythme : elle raconte, je rebondis, on se provoque, on se protège en riant, et on dit trop de vérité entre deux blagues.

20/11/2025, 20:52 – Noah :

« Oui, quelque chose de divin aujourd’hui. Comment s’est passée ta journée ? »

20/11/2025, 20:52 – Rolina :

« C’est exactement ce que j’étais en train d’écrire. »

20/11/2025, 20:55 – Rolina :

« Ça allait, juste beaucoup de choses dans ma tête. Et quand je suis sortie marcher ce soir, il a commencé à neiger : doucement mais dense. C’était magique. Toutes ces lumières, la neige, j’ai adoré. Tu en as eu à Kaunas cette semaine ? »

20/11/2025, 20:59 – Noah :

« Non, juste cette bouillasse… un truc en lituanien. »

20/11/2025, 21:00 – Noah :

« Beaucoup de choses dans ta tête… intéressant. »

20/11/2025, 21:00 – Rolina :

« Šlapdriba ? », c'est le nom de cette neige molle.

20/11/2025, 21:02 – Rolina :

« Oui, beaucoup. Déjà le fait que tu m’as manqué : ça revenait constamment. Et ensuite je rembobinais tout, c’était chaotique. Je n’ai pas réussi à arrêter ça aujourd’hui. Vraiment pas. »

Là, c’était important : elle utilisait le mot “manqué” sans détour. Pas seulement le désir, mais l'attachement.

20/11/2025, 21:03 – Noah :

« Oui, je sais… on se parasite. »

20/11/2025, 21:04 – Rolina :

« Et tu sais quand je n’arrive pas à me contrôler, ce n’est pas ce que je connais d’habitude. Donc c’est difficile. »

20/11/2025, 21:06 – Noah :

« Oui, je sais. Comme une super-héroïne : tu découvres ton super pouvoir. »

On a glissé vers notre humour habituel, ce ton qui nous permettait d’approcher les zones brûlantes sans se cramer.

Je lui ai raconté ma journée de manière volontairement absurde, puis je l’ai taquinée : l’idée qu’elle me “fasse faire” des rêves, qu’elle me téléguide depuis Vilnius. Elle a joué, sans nier, sans confirmer.

Ensuite, j’ai raconté un vieux jeu stupide de lycée, le “rayon X” imaginaire et je lui ai proposé de “s’entraîner” sur moi pour essayer de m’imaginer nu. Ce n’était pas une consigne, c’était une manière de rester dans le flirt sans basculer dans le sale. Elle a compris, elle a ri.

Puis on est partis sur les chats. Elle me parla de Pupa, de ses surnoms, de ses humeurs. Et, sans qu’on s’en rende compte, on a fait le lien : les chats, comme nous, aiment l’indépendance. Ils choisissent. Ils ne se forcent pas.

Quand la conversation revint vers nous, je lui ai dit ce que je trouvais vraiment sexy chez elle : sa vivacité, son intelligence d’esprit, cette capacité à coder, à répondre, à renverser une phrase et à me laisser au sol avec le sourire.

Je lui ai aussi dit ce que je voulais : pas une priorité unique, pas un “truc”. Je voulais tout, rire, vibrer, parler, écouter, partager, vivre. Et je le voulais pour de vrai, pas pour une parenthèse.

Elle comprenait. Elle ne fuyait pas.

Elle me demanda ensuite simplement les jours de mon week-end, sans heures, comme pour rester rationnelle et garder une main sur le

Puis je l’ai rattrapée sur l’essentiel : elle avait dit “tu m’as manqué”. Je le soulignai, parce que c’était un seuil.

Je lui dis que je voulais être clair : que je pouvais attendre autant qu’il faudrait, mais que je ne voulais plus mentir. Que c’était elle. Juste elle.

Elle répondit qu’elle voyait tout. Et on est repartis dans notre délire de systèmes d’exploitation et d’antivirus pour calmer la tension sans l’éteindre.

Je revins sur “l’Olympe edition”, sur cette version d’elle qui avait presque arrêté le temps en réunion. Je décrivis le huddle comme un ralenti irréel, comme si tout le monde était aveugle, sauf moi. Elle répondit que c’était mon talent : voir ce que les autres ne voient pas.

Je lui dis qu’elle était belle. Elle me remercia. Je continuai, mais sans écraser : sauvage, naturelle, sucrée, jamais vulgaire, sensuelle même dans la tension. Je lui dis que je l’avais vue avant même de lui parler, que sous l’armure il y avait une femme rare. Une lionne.

Le “royaume” est revenu" dit-elle. "Avec vec toi, près de toi". Je corrigeai : “notre royaume”. Elle valida : “ça sonne mieux”.

À la fin, on sentait la fatigue. Mais on ne voulait pas lâcher.

21/11/2025, 00:35 – Noah :

« Fais de beaux rêves. Ce soir, je t’embrasse où tu veux : c’est toi qui choisis. Toujours tendrement. On se retrouve dans notre royaume. Merci pour cette soirée. À demain, ma Lionne. »

21/11/2025, 00:38 – Rolina :

« Fais de beaux rêves. Je t’emmène encore avec moi. Merci pour ce soir et pour aujourd’hui. Retrouve-moi à notre endroit, tout le reste attendra. »

Cette nuit-là, la Lionne n’était plus une métaphore. Elle avait pris sa place dans la phrase, dans le lien, dans le corps. Sans violence. Sans théâtre. Avec cette évidence animale qui ne demande pas la permission, et qui, une fois installée, ne repart plus.

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