Chapitre XXVI - Le frein et la chaleur
21/11/2025, 07:50 — Noah :
« Bonjour toi, ma belle Lionne.
J’ai bien dormi, je me sens calme et prêt.
Et oui… tu es restée avec moi encore ce matin, discrètement, comme tu le fais toujours.
J’espère que tu as bien dormi aussi.
On passe une bonne journée chacun de notre côté, et on se retrouve plus tard dans notre royaume. »
Je lui écrivais avec cette sensation étrange qui m’accompagnait depuis quelques jours : elle ne quittait plus mes réveils. Même quand elle n’était pas là, elle était là.
21/11/2025, 09:57 — Noah :
« Réunion interminable. Tellement longue que j’ai eu le temps d’écrire une connerie pour illuminer ta journée.
Demander un “temps moyen de traitement” pour des dossiers qui vont de trois minutes à une expédition polaire, c’est comme demander :
“En moyenne, combien de temps met un chirurgien pour opérer ?”
Ça dépend.
Écharde : deux minutes.
Greffe de cerveau : plus long.
Mais non, ils veulent un chiffre magique.
Comme si on bossait sur une chaîne Kinder Surprise.
Dossier simple : 12 minutes.
Dossier possédé par un démon comptable en 2003 : 12 minutes aussi.
La magie des moyennes.
C’est beau. C’est poétique. C’est idiot. »
21/11/2025, 09:59 — Noah :
« Et au passage : tu étais très belle ce matin. »
21/11/2025, 10:29 — Rolina :
Elle me répondit qu’elle avait essayé de garder son calme, parce que oui, c’était idiot.
Le huddle n’était pas fait pour ça.
Si quelqu’un avait besoin d’aide, il fallait organiser une vraie réunion. Là, on avait juste voulu gagner du temps, sans laisser le choix à personne. Elle n’aimait pas cette manière désespérée de faire. Les questions étaient impossibles à chiffrer en minutes.
Elle avait essayé de continuer son travail sans prêter attention.
21/11/2025, 10:35 — Rolina :
« Mais c’était difficile. Je n’ai pas assez d’immunité contre la stupidité. »
Je la voyais parfaitement.
La maîtrise.
La colère propre.
La rigueur.
21/11/2025, 12:57 — Noah :
« J’avais envie de t’embrasser tendrement au coin des lèvres, là maintenant. Alors voilà, c’est fait. »
21/11/2025, 13:24 — Rolina :
« Tu sais être doux, toi. »
21/11/2025, 13:28 — Rolina :
« Et après ? Ce ne serait pas plus difficile ? Ou ça apporterait de la paix ? »
Elle ne parlait pas du baiser.
Elle parlait de l’après.
21/11/2025, 13:31 — Noah :
« Les deux en même temps.
Tu es mon chaos et mon ciel. »
21/11/2025, 13:34 — Rolina :
« Donc tu prendrais le risque quand même. Choix courageux. »
Elle testait la solidité.
21/11/2025, 16:49 — Rolina :
« Tu voyages tôt demain. Tu dois te reposer ce soir. Prépare-toi. Je serai là de toute façon. Concentre-toi sur toi maintenant. »
C’était ça qui changeait tout.
Elle ne cherchait pas seulement l’intensité.
Elle cherchait l’équilibre.
Le soir, la tension devint plus fine.
21/11/2025, 21:10 — Rolina :
Elle m’expliqua qu’elle avait dû courir après quelqu’un pour qu’il fasse ses devoirs. Il avait fini par tout faire, mais elle avait dû insister. Elle parlait de fatigue avec un demi-sourire.
21/11/2025, 21:27 — Noah :
« Avec toi, on ne donne pas un ordre. On ouvre un espace. On te donne à réfléchir. Et j’adore ça chez toi. »
21/11/2025, 21:28 — Rolina :
« Oui. Tu as compris. Et tu le fais bien avec moi. »
Ce fut un moment clé.
Elle confirmait que je savais comment l’approcher.
Pas la diriger.
L’approcher.
21/11/2025, 21:51 — Rolina :
« C’est difficile pour moi de dire ce que je ressens. Ce n’est pas toi. C’est moi. Je pense beaucoup, mais je garde pour moi. »
Elle ne jouait pas.
Elle réfléchissait avant de livrer.
21/11/2025, 21:55 — Noah :
« C’est pour ça que je suis fou de toi. Tu ne joues pas un rôle. Tu réfléchis. Tu te protèges. Tu protèges les autres. C’est toi. »
Elle resta.
Elle ne recula pas.
Puis vint le moment où elle observa quelque chose d’important.
21/11/2025, 23:47 — Rolina :
« J’observe ton rythme de sommeil. Il est inexistant. Combien d’heures dors-tu ? »
21/11/2025, 23:48 — Noah :
« Maximum quatre. Minimum une ou deux. »
21/11/2025, 23:49 — Rolina :
« Comment tu survis ? Ce n’est pas suffisant. Ton corps et ton cerveau ont besoin de repos.
Si tu ne dors pas plus, ce n’est pas parce que tu n’en as pas besoin. C’est parce que quelque chose ne te laisse pas dormir. »
Elle ne disait pas ça pour contrôler.
Elle disait ça parce qu’elle voyait.
Je compris que, pendant que je jouais avec le feu, elle observait les fondations.
La conversation glissa ensuite vers un jeu imaginaire :
une “hotline”, un “modèle chauffant français”, une livraison sous la couette.
Elle entra dans le jeu.
Elle nota les points.
Elle confirma le “deal”.
Mais à chaque fois qu’elle s’approchait trop du bord, elle freinait.
22/11/2025, 00:31 — Rolina :
« Je me suis laissée emporter. J’ai imaginé ce que tu décrivais immédiatement. Mais je me suis reprise. Ce n’est peut-être pas intelligent d’aller plus loin ce soir. Utilisons le temps qui reste de manière plus intelligente. Et surtout, tu dois te reposer. Je me sens responsable. »
Voilà.
Le game changeait là.
Elle pouvait imaginer.
Elle pouvait désirer.
Mais elle refusait de perdre la maîtrise.
22/11/2025, 00:51 — Rolina :
« Tu m’as promis une livraison. Je vais l’attendre et la gérer soigneusement. Ce sera ma récompense pour maintenant.
Mais tu dois dormir. Je t’écrirai bonjour demain. Écris-moi quand tu as besoin de moi. Bon voyage. Je te soutiens d’ici. »
Elle n’était pas seulement dans le fantasme.
Elle était déjà dans le soin.
22/11/2025, 00:54 — Noah :
« Bonne nuit. Dans notre royaume, je serai là, tout chaud pour toi. Si tu chauffes trop, je réglerai ton thermostat. »
22/11/2025, 00:55 — Rolina :
« Je crois que ma livraison est arrivée. Bonne nuit. »
Ce jour-là, je compris quelque chose de décisif.
Rolina ne voulait pas me consommer.
Elle voulait me préserver.
Elle avançait.
Mais toujours avec le frein à portée de main.
Et c’est précisément pour ça que je suis tombé plus profondément.

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