Ce n'est pas un hasard.

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Le bureau de Muller n'avait pas changé. Même lumière blafarde filtrée par des stores fatigués. Même odeur de tabac froid mêlée au papier. Même silence épais, chargé de décisions qui n'étaient jamais complètement dites.

Ce qui avait changé, en revanche, se tenait déjà là.

Durand.

Il occupait l'espace avec une aisance presque provocante, adossé au meuble bas, bras croisés, costume impeccable. Pas la posture d'un homme convoqué. Celle d'un homme qui s'est invité.

- Lacroix, fit Muller sans lever les yeux de son dossier.

- Entrez.

Nathaniel me suivit. Sa présence, juste derrière moi, était un ancrage. Solide. Discret. Indispensable.

Durand tourna lentement la tête vers moi. Son sourire se dessina avec une précision chirurgicale.

- Inspectrice, Julia Lacroix... Toujours aussi impliquée, à ce que je vois.

Je pris place sans répondre.

Toujours trop visible quand tu crois être efficace, murmura la voix.

Tu n'as jamais su disparaître quand il le fallait.

Muller referma son dossier d'un geste sec.

- On va être clairs.

- L'enquête continue.

Je soutins son regard.

- Mais, poursuivit-il, elle est désormais... encadrée.

Le mot tomba comme une barrière qu'on abaisse.

- Encadréee comme ? demandai-je.

Durand se redressa aussitôt, quittant son appui pour avancer d'un pas. Il aimait être celui qui parlait. Celui qu'on regardait.

- Disons que certaines initiatives devront être... tempérées, répondit-il.

- Centralisation des informations.

- Coordination renforcée.

Nathaniel inspira lentement. Je sentis sa tension avant même qu'il ne parle.

- Une enfant a disparu, dis-je.

- Chaque minute comptes.

Durand hocha la tête avec un air faussement compréhensif.

- Justement.

- C'est pour ça qu'il faut du recul.

Je le regardai droit dans les yeux.

- Non.

- Ce n'est pas une question de recul.

- C'est une question d'humanite.

Je marquai une pause, parfaitement calme.

- Mais je comprends que ce soit difficile à distinguer pour certains.

Le silence se fit. Brutal.

Durand ne répondit pas immédiatement. Son sourire s'était figé, trop rigide pour être naturel.

Voilà. Tu attaques, souflla la voix.

Toujours incapable de rester à ta place.

Et tu appelles ça de l'humanité.

Muller toussota légèrement.

- Durand n'est pas ton supérieur rappela-t-il.

- Il est là pour assurer le coordination, pas pour diriger.

- Evidemment, répondit Durand en se rasseyant.

- Je ne fais que faciliter.

- Faciliter quoi , demandai-je.

- Ce qu'on a le droit de chercher ?

- Ou ce qu'on a le droit de trouver ?

Durand leva les yeux vers moi, agacé.

- Tu vois des problèmes là où il n'y en a pas.

- Non, dis-je.

- J'observe.

Nathaniel s'avança d'un demi-pas.

- Jusqu'ici, chaque "ajustement" nous a fait perdre du temps, dit-il.

- Et le temps, dans ce dossier, n'est pas une variable abstraite.

Durand le fixa.

- Je ne crois pas t'avoir donné la parole.

- Il n'en a pas besoin, trancha Muller.

- Il fait partie de l'équipe.

Un battement passa.

Durand détourna le regard, contrarié.

- Très bien.

- Alors faisons simple.

Muller rouvrit le dossier.

- Toutes les informations passent par moi.

- Pas d'initiative sans validation.

- Pas de contact officieux.

Je compris immédiatement.

On ne nous retirait pas l'enquête.

On nous retirait l'élan.

- Et si une information arrive en dehors du circuit ? demandai-je.

- Elle entre dans le ciruit, répondit Muller.

- Et si elle s'y perd ?

Durand soupira.

- Toujours cette défiance.

- Ce n'est pas de la défiance, répondis-je.

- C'est de l'éxpérience.

Muller me regarda longuement.

- Julia..

- Je sais que c'est difficile.

Difficile.

Comme si ce mot pouvait contenir l'angoisse, la colère, la sensation diffuse qu'on était déjà en train de perdre quelque chose d'essentiel.

- Très bien, dis-je enfin.

- On respectera le cadre.

Durand hocha la tête, satisfait.

Mais au même instant, je pris une décision intérieure.

Le cadre, oui.

La soumission, non.

En sortant du bureau, mon regard fut attiré par quelque chose posé sur mon bureau.

Une enveloppe.

Blanche.

Sans timbre.

Sans nom de famille.

Un seul mot, écrit à la main :

Julia.

Mon coeur manqua un battement.

Nathaniel s'arrêta derrière moi.

- C'est quoi ?

Je pris l'enveloppe. Elle était légère. Trop légère.

- Rien de bon, répondis-je.

Evidemment qu'ils savent, murmura la voix.

Tu crois vraiment être discrète ?

Toujours trop visible quand tu crois être brillante.

Je rangeai l'enveloppe sans l'ouvrir.

Pas maintenant.

Mais une certitude s'imposa, nette, glaiciale :

Ce n'était pas un hasard.

L'air était plus froid dehors. Ou peut-être que c'était moi.

Je marche sans parler, Nathaniel à mes côtés, Lucifer légèrement en avant. le chien avançait d'un pas tendu, concentré, comme s'il sentait que quelque chose, ici, refusait de se laisser approcher.

- Ils ont déjà commencé à fermer, dit Nathaniel.

Je hochai la tête.

Je le sentais aussi.

Le message était arrivé moins d'une heure plus tôt.

Un appel bref. Un voisin. Une précision qui ne collait pas avec le reste.

La petite n'a pas attendut devant l'école. Elle a parlé avec un adulte, plus loin. Je peux vous montrer où.

Ce n'était pas un témoignage solide.

Pas une certitude.

Mais c'était trop précis pour être ignoré.

Nous étions donc là, à trois rues de l'école de musique, dans un quartier sans charme, ni caméras visibles, ni commerces bryants. Un endroit qu'on traverse sans le remarquer. Un endroit ideal pour approcher quelqu'un sans attirer l'attention.

- S'il dit vrai, murmurai-je, alors elle n'a pas disparue au hasard.

Nathaniel acquiesça.

- Et quelqu'un savait exactement où et quand la trouver.

Lucifer avançait déjà, museau bas, trajectoire hésitante. Il n'était pas perdu. Il recalculait. Comme s'il cherchait à reconstituer un chemin qui avait été volontairement brouillé.

Je notai mentalement l'heure, l'angle des rues, la distance avec l'école.

Ce n'est pas un enlèvement opportuniste, soufla la voix.

Mais tu le sais déjà. Tu refuses juste de l'admettre.

- On commence, ici, dis-je en désignant l'immeuble.

- Le témoin affirme l'avoir vue à hauteur de cette entrée.

- Si quelqu'un l'a approchée, c'est là que ça s'est joué.

Je relevai la tête vers les façades. Des rideaux à demi tirés. Des fenêtres ouvertes, mais aucun regard franc.

- Quelque chose a été vu, ajoutai-je.

- Mais tout le monde n' a pas vu la même chose.

Lucifer s'arrêta net. Renifla l'air. Puis recula d'un pas, contrarié.

- Il y a une trace, dit Nathaniel à voix basse.

- Très faible.

Je fermai les yeux une seconde.

Oui.

Cette odeur florale, diluée, presque effacée.

- Ils sont passés par ici, dis-je.

- Et ils ont fait en sorte qu'on arrive après.

- Mais pas trop après.

Je hochai la tête.

Je le sentais aussi.

Le quartier n'avait rien d'exceptionnel. Des façades ternes, des trottoirs propres, des commerces ouverts. Tout semblait normal. Trop normal. C'était souvent comme ça quand quelque chose avait été nettoyé trop vite.

Nous nous arrêtâmes devant l'immeuble indique par le témoin. Trois étages.

Rideaux tirés à moités. Des fenêtres ouvertes, mais aucun regard franc.

- On y va doucement, murmurai-je.

Lucifer tira légèrement sur sa laisse. Il reniflait air, s'arrêtait, repartait, hésitait. Comme si l'odeur qu'il cherchait avait été fragmentée volontairement.

- Tu sens quelque chose, mon beau ?

Il émit un léger grognement, presque contrarié.

- Il est agacé, observa Nathaniel.

- Comme s'il arrivait trop tard.

Je notai mentalement la remarque.

Nous sonnâmes chez la première personne.

Une femme d'une soixantaine d'années entrouvit la porte sans la chaîne, mais sans nous laisser entrer non plus. Son regard glissa immmédiatement vers le badge.

- Police judiciaire, dis-je.

- On aurait besoin de vous poser quelques questions.

Son visage se ferme.

- J'ai déjà parlé, répondit-elle.

- On m'a dit que ce n'était rien.

Je sentis un léger frisson me parcourir.

- Qui vous a dit ça ? demandai-je.

Elle hésita.

- Un homme.

- Il avait une carte.

- Il a dit que tout était réglé.

- Il s'est présenté ? demande Nathaniel.

Elle secoua la tête.

- Non. Mais il avait l'air... officiel.

La porte se referma doucement.

- C'est allé vite, murmura Nathaniel.

- Trop vite, répondis-je.

Ils passent avant nous, souffla la voix.

Toujours.

A la deuxième porte, personne ne répondit.

A la troisième, un homme parla à travers l'entrebaîllement, la chaîne toujours accrochée.

- J'ai rien vu, dit-il

- Et même si j'avais vu, j'irais pas le dire.

- Pourquoi ? demandai-je calmement.

Il haussa les épaules.

- Parce que j'ai compris.

- Y a des histoires où vaut mieux pas être celui qui se souvient.

Lucifer se mit soudain à tirer vers le trottoir.

- Attends, dis-je en m'accroupissant.

Le chien s'arrêta près d'une bouche d'égout. Il reniflait avec insistance, tournait légèrement sur lui-même, puis reculait d'un pas, comme contrarié.

- Même odeur, murmura Nathaniel.

- Très faible.

Je fermai les yeux un instant. Inspirai.

Oui.

Cette note florale, presque imperceptible.

Pas assez pour être exploitée officiellement.

- Elle a été diluée, dis-je.

- Volontairement.

Je me relevai lentement.

- Ils savent comment laisser une trace... sans en laisser une.

Nathaniel croisa les bras.

- Et comment nous faire perdre du temps sans nous bloquer ouvertement.

Je regardai autour de nous. Les fenêtres. Les rideaux. Les silhouettes derrière les vitres.

- Tout le monde a vu quelque chose, dis-je.

- Mais personne n'a vu assez.

Lucifer revint se coller contre ma jambe.

- On n'est pas en retard, murmurai-je.

- On est maintenus juste derrière.

Toujours un pas après, murmura la voix.

Assez pour douter. Pas assez pour renoncer.

Mon téléphone vibra.

Un message bref. Administratif. Froid.

Compte rendu demandé avant transmission.

Je serrai les dents.

- Voilà, dis-je à Nathaniel.

- Le terrain parle.

- Mais le papier arrive avant nous.

Il me regarda.

- Tu penses qu'ils nous observant ?

Je relevai la tête lentement.

- Je pense qu'ils savent exactement où nous en sommes.

Lucifer leva le museau, comme s'il cherchait quelque chose plus loin, hors de notre champ de vision.

- Et je pense, ajoutai-je.

- Qu'ils s'attendent à ce qu'on obéisse.

Je remis mon carnet dans ma poche.

- Mauvais calcul.

Le retour au commissariat eut un goût métalique.

Ce n'était pas la fatigue. Ni même la frustration.

C'était cette sensation diffuse d'avoir parlé dans le vide, d'avoir vu juste sans pouvoir le prouver. Comme si chaque élément recueilli avait été soigneusement arrondi, poli, rendu inoffensif avant même d'arriver jusqu'à nous;

Lucifer s'allongea près de mon bureau, mais ses oreilles restaient dressées. Il n'était pas au repos. Il surveillait.

Nathaniel posa le dossier sur la table.

- Rien d'exploitable officiellement, dit-il.

- Mais trop de gens qui disent la même chose... pour ne rien dire.

- Trop de silences coordonnés, ajoutai-je.

Je sortis l'enveloppe de mon tiroir.

Blanche. Froide. Toujours aussi légère.

- Tu l'ouvres ? demanda Nathaniel.

Je la retournai entre mes doigts.

- Pas encore.

Tu sais déjà ce qu'il y dedans, souffla la voix.

Une preuve que tu n'es pas folle.

Ou un rappel que tu l'as toujours été.

- Quelqu'un a parlé au témoin avant nous repris-je.

- Quelqu'un avec une carte crédible.

- Et ce quelqu'un savait exactement quoi dire pour faire taire.

Nathaniel hocha la tête.

- Durand ?

Je ne répondis pas tout de suite.

- Peut-être, dis-je enfin.

- Ou quelqu'un se sert de lui.

Je sentis son regard sur moi.

- Tu penses qu'il est plus haut ?

- Je pense qu'il est assez sûr de lui pour ne pas avoir peur.

Le téléphone sonna.

Interne.

- Lacroix, fit le voix de Muller.

- Dans mon bureau. Maintenant.

Nathaniel se redressa aussitôt.

- J'arrive avec ...

- Non, coupa Muller.

- Julia seule.

Le silence s'installa entre nous.

Voilà, murmura la voix.

Tu vois ? Toujours seule quand ça compte.

Je me levai sans un mot.

Muller m'attendait debout, les mains posées à plat sur son bureau.

Durand était assis, jambes croisées, parfaitement détendu.

- Tu as du mal avec le cadre, Julia commença Muller.

- J'ai du mal avec ce qui n'est pas dit, répondis-je.

Durand esquissa un sourire.

- Toujours cette tendance à dramatiser.

Je me tournai vers lui.

- Quelqu'un a parlé à nos témoins avant nous.

- Et ? répondit-il.

- C'est aussi ça, le travail d'équipe.

- Pas quand ça ferme des bouches, dis-je.

Durand haussa les épaules.

- Les gens ont peur.

- Ce n'est pas un crime.

- Ce qui l'est, repris -je.

- C'est de laisser croire qu'on protège... alors qu'on neutralise.

Muller inspira profondément.

- Julia , fais attention.

- A quoi ? demandai-je.

- A déranger ?

Le silence se fit plus lourd.

- Tu es brillants, Lacroix.

- Mais tu confonds intuition et certitude.

Je soutins son regard sans ciller;

- Non, répondis-je calmement.

- Je confonds votre besoin de contrôle avec ma capacité à comprendre.

Un léger silence s'intalla.

- Mon intuition, continua -je, ce n'est pas une émotion.

- C'est l'addition de détails que vous choisissez d'ignorer parce qu'ils dérangent votre cadre.

Durand esquissa un sourire crispé.

- l'instinct n'est pas une preuve.

- Non, dis-je.

- Mais avant qu'il ne soit trop tard.

Muller se redressa brusquement.

- Ca suffit, trancha-t-il.

- Julia a été recrutée pour cette capacité-là.

- Pas pour la brider.

Durand se tourna vers lui, surpris.

- On parle quand même d'une enquête sensible.

- Justement, Répond Muller.

- Et je ne laisserai pas un jeu d'égo ralentir ce dossier.

Le regard de Durand se durcit.

- Très bien.

Mais son ton disait exactement l'inverse.

De retour à mon bureau, Lucifer se releva aussitôt.

je m'assis lentement, pris enfin l'enveloppe.

Un instant d'hésitation.

Puis je l'ouvris.

A l'intérieur, une feuille pilée en deux.

Aucune signature. Aucune menace directe.

Juste une phrase, tracée d'une écriture précise.

Tu observes très bien.

Continue.

Mon estomac se noua.

Ce n'était ni un avertissement.

Ni une menace.

C'était une invitation.

Ils t'ont toujours aimée comme ça, souffla la voix.

Quand tu comprends trop vite.

Quand tu refuses de baisser les yeux.

Je repliai la feuille.

Lucifer posa sa tête contre mon genou.

- On n'est pas seuls, murmurai-je.

- Mais on n'est pas protégés non plus.

Je levai les yeux vers le couloir.

- Et maintenant, ils savent que je sais.

La pièce était trop blanche.

Pas une belle blancheur.

Une blancheur qui faisait mal aux yeux, comme quand on reste trop longtemps dans la neige.

Héléna était assise sur une chaise trop haute.

Ses pieds ne touchaient pas le sol. Elle essayait de les garder immobiles, mais ils tremblaient quand même. Alors elle les serra l'un contre l'autre, très fort, jusqu'à ce que ça lui fasse un peu mal. Le mal, au moins, c'était quelque chose de connu.

Il n'y avait pas de fenêtre.

Elle l'avait cherchée tout de suite.

Dès qu'on l'avait laissée seule.

Juste une porte grise.

Lisse.

Sans poignée de son côté.

Son ventre se contracta.

Elle frotta ses mains sur son pantalon. Elles étaient froides.

Son coeur battait trop vite, comme s'il voulait s'échapper avant elle.

Elle pensa à sa chambre.

A son piano.

A l'odeur du gâteau quand maman cuisinait.

Mais ces images glissaient. Elles ne restaient pas.

Quelque chose n'était pas logique.

Et quand les choses n'étaient pas logiques, elle le sentait toujours.

La porte s'ouvrit.

Hélèna sursauta violement. La chaise racla le sol dans un bruit sec. Son corps se recroquevilla tout seul, comme s'il savait déjà.

Un homme entra.

Il était grand.

Pas immense. Mais trop pour la pièce.

Il avait un manteau sombre. Des chaussures propres. Des mains calmes. Son regard, en revanche... son regard restait accroché à elle, trop longtemps.

Comme s'il la regardait à l'intérieur.

Ca ça lui fit peur.

Sa voix, pourtant, était douce.

- Bonjour, Héléna.

Son prénom.

Son coeur manqua un battement.

Il savait.

Il s'arrêta à quelques pas d'elle. Il ne s'approcha pas davantage. Il n'en avait pas besoin.

Il sentait le tabac froid.

Et quelque chose d'autre.

Une odeur de fleur. Blanche. Trop douce.

Le lys.

Elle détourna légèrement la tête, comme si ça pouvait la protéger.

- Tu n'as rien fait de mal, dit-il.

Il parlait lentement. Posément.

Presque comme un monsieur gentil.

Mais ses yeux ne souriaient pas.

Héléna secoua la tête très vite. Elle ne savait pas pourquoi. Elle voulait juste que ça s'arrête.

- Tu sais pourquoi tu es ici ?

Elle sentit sa gorge se serrer.

Les mots ne sortaient pas.

Elle secoua la tête encore, les larmes montant toutes seules.

- Non... , murmura-t-elle.

L'homme inclina légèrement la tête.

- Ce n'est pas grave, dit-il.

- Tu n'as pas besoin de comprendre tout de suite.

Il fit un pas.

Juste un.

Héléna se plaqua contre le dossier de la chaise. Ses épaules remontèrent, ses mains se crispèrent sur le bois. Son corps entier criait de reculer encore.

- Tu remarques des choses,continua-t-il doucement.

- Des choses que les autres ne remarquent pas.

Elle renifla. Son nez coulait. Elle avait honte, mais elle n'arrivait pas à s'arrêter.

- Quand une émotion ne va pas avec un visage, ajouta-t-il.

- Quand une parole sonne faux.

Il la regardait droit dans les yeux maintenant.

- Tu le sens, pas vrai ?

Héléna ne répondit pas.

Mais son coeur battait encore plus vite.

- Je veux rentrer..., sanglota-t-elle.

- Je veux mon papa...

Sa voix se brisa sur le dernier mot.

L'homme s'arrêta aussitôt.

- Tu rentreras, promit-il.

Il parlait toujours doucement.

C'était ça, le pire.

- Mais pas maintenant.

- Pas avant que tu comprennes pourquoi ce n'est pas un hasard.

Quand il sortit, la porte se referma sans bruit.

Héléna resta seule.

Ses mains tremblante tellement qu'elle dut les cacher contre sa bouche pour ne pas crier. Son corps était glacé. Ses pensées se mélangeaient.

Elle pleurait en silence.

Et au milieu de sa peur, une certitude s'imposa, lourde et terrible :

Ils savaient exactement qui elle était.

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