Chapitre 1 : Monsieur Faigneu

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Les étudiants LEA entrèrent dans la salle 258 du bâtiment Vauban. L'atmosphère dans cette salle de cours ordinaire était spéciale. Oppressante. Déroutante. Presque lugubre. Et pour cause, le cours du professeur le plus détesté de la licence allait avoir lieu ici.

M. Faigneu, après de brefs échanges courtois avec une autre professeure dans le couloir, pénétra à son tour dans la classe et ferma lentement la porte. Voyant comme la classe était agitée - comme à chaque fois avant le début de son cours, il décida de rappeler à l'ordre ses 31 sujets avec la plus grande subtilité.

Silencio.

Blanc. Les bavardages s'arrêtèrent net. Les smartphones disparurent des tables. Les regards se rejoignirent tous sur la silhouette de l'élégant professeur, avec son costume gris, ses lunettes rondes et ses chaussures en cuir noir. Il prit place sur son trône - une simple chaise en bois sur laquelle il ressentait sa propre aura, sa dominance sur l'ensemble de ses misérables sujets.

— ... Ah, les LEA, commença-t-il avec un long soupir. Vos partiels arrivent dans quelques semaines, et je dois encore vous rappeler que vous n'êtes pas en licence Tiktok et Netflix mais à la catho de Lille. Pauvres de vous.

Percevant quelques rires et bavardages au fond de la classe, M. Faigneu s'énerva :

Silencio, j'ai dit ! SILENCE ! C'est fou, ça, c'est toujours des germanistes qui papotent pendant mon cours. Est-ce que l'élève Joachim est là pour me rappeler encore une fois comment dire "silence" en allemand ? Non ? Bon, tant pis !

Au moins, ce jeune insolent ne détruira pas mon cours avec ses interventions ridicules, se dit-il.

— Si je vous reprends encore à bavarder ou à jouer sur le téléphone pendant mon cours, je vous renvoie tous au bac à sable et j'en toucherai un mot à Mme.… C'est comment, déjà ? Sumo ? Zozo ? Peu importe ! Passons aux choses sérieuses.

Un sourire illumina son visage. Il prit une grande inspiration et recula sur sa chaise.

— Aujourd'hui, je vais vous parler d'un autre sujet tout à fait passionnant, alors veillez à mettre vos petites oreilles sur la bonne fréquence. Bon, pour commencer, qui peut me rappeler de quoi nous avions parlé la semaine dernière ?

Une fille répondit :

— Monsieur, vous étiez absent la semaine dernière...

— Ah, oui ! C'est vrai ! Se rappela Michel. Évidemment que j'étais absent, je ne pouvais pas être là puisque j'étais à la conférence du professeur Nbobo sur l'histoire et l'évolution des luttes ouvrières sénégalaises au XIXème siècle ! J'espère qu'au moins un d'entre vous y était aussi ! Bon, sinon, la semaine d'avant. On a parlé de quoi ?

Un jeune homme sur la deuxième rangée répondit :

— Je crois qu'on avait parlé de comment la France continue à opprimer l'Afrique, de pourquoi l'Afrique décolonisée est encore... colonisée, et pourquoi les pays occidentaux adorent bafouer le droit interna-

— Mais enfin, soyez plus précis, jeune homme ! L'interrompit M. Faigneu. Ça, on en parle toute l'année, sinon, je ne serais pas là, en train de... D'enseigner ! Bon, on a déjà perdu assez de temps avec vos enfantillages. Aujourd'hui, avec l'heure-et-demi qu'il reste de nos précieuses deux heures ensemble, je vais vous parler d'une anecdote personnelle que j'ai subtilement réussi à mettre en relation avec notre cours.

Les étudiants fixèrent le professeur avec des yeux remplis de curiosité - ou d'ennui sévère.

— Je vais vous raconter comment j'aurais pu devenir le roi d'un ancien pays africain rayé par l'impérialisme européen, mais que j'ai échoué à cause... d'un simple Kinder Bueno ! Écoutez-bien, tout ce que je vais vous dire aujourd'hui pourra revenir dans le DS !

La classe, envahie par un sentiment d'exaspération collective, se demanda qu'est ce qu'elle avait fait pour mériter ce supplice et comment ce professeur pouvait faire des DS à partir d'un cours absolument vide et barbant.

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