Chassé- croisé

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11. 03. 2024

Les résultats des premiers tests allergiques de ma cadette viennent de me parvenir, je suis assommée: ils sont positifs aux poils de chats et chiens, aux oeufs, aux protéines de lait de vache, au pollen, aux acariens! Un prochain rendez- vous est programmé fin de semaine pour en effectuer d' autres mais cutanés cette fois et mettre au point un traitement de fond plus adapté.

Le pédiatre interdit tout contact avec les animaux mais comment expliquer ça à ma puce sans qu' elle ne le perçoive comme une punition? Elle les aime tant, ils le lui rendent tellement! La réponse du docteur " Il faudrait vous en séparer!" me reste en travers de la gorge; je ne suis absolument pas d' accord avec cette manière d' agir! Les animaux font partie intégrante de notre famille, c' était un choix réfléchi de les accueillir! Nous en sommes donc responsables du début à la fin , les respectons et les aimons tous énormément...

Bien sûr, la santé de mon enfant est primordiale mais je suis persuadée qu' il existe des solutions intermédiaires pour éviter toute souffrance tant à ma choupinette qu' à mes compagnons à quatre pattes! Je deviendrai la pro de l' hygiène domestique s' il le faut afin de permettre à chacun d' y conserver son petit bonheur…

15. 03. 2024

Je me casse la tête pour découvrir de nouvelles astuces ménagères ... Bon, cette fois, il ne me reste plus qu' à les appliquer scrupuleusement...

Je lis, ensuite, les dernières productions littéraires de mes amis. L' une d' elle retient particulièrement mon attention:

« Il faut du courage pour le renoncement des choses qui nous font mal, une immense force; nous ne sommes que des frêles feuilles qu' emportent les sentiments si forts."

Mon Zhamouche, tes mots me font un tel effet qu' ils en resteront gravés au plus profond de mon être et occasionneront de multiples réflexions…

17. 03. 2024

Mon compagnon et moi- même avons quelques difficultés de compréhension mutuelle: les finances, notre sexualité, et ... ma thérapie. Nous abordons donc ces divers sujets sensibles:

  • « Tu sais, mon Chéri voit d' un très mauvais oeil que j' aille toutes les semaines chez Toi; pour lui, une fois par mois serait amplement suffisant! Et tu sais quoi?

  • Non…

  • Et bien, je ne suis pas du tout d' accord avec lui dans la mesure où je me débrouille seule pour te régler mes séances... »

Un court silence puis j' enchaine:

  • « Et surtout, avant de me les offrir ( c' est comme un cadeau puisque chaque rendez- vous est la promesse d' un lendemain qui chante), je veille à remplir le frigo, le congélateur, les armoires pour le mois ainsi les enfants ne manquent de rien! »

A la fois révoltée et triste, j'ajoute, la voix brisée:

  • « Il n' hésite pas à te critiquer ouvertement pour parvenir à ses fins… »

Tu m'écoutes attentivement pendant que je te vide mon sac. J' hésite cependant à poursuivre... Dieu que c' est pénible... Tant pis, je me lance d' une traite:

  • « Selon lui, je serais , comme les autres clients, un sujet de risée avec tes collègues et amis; tu ne ferais cela que pour l' argent... Par ailleurs, entre ce que tu préconiserais en théorie et ce qu' il en était réellement, il y avait certainement un monde de différence ... Ah oui, j' en oubliais le summum: ton univers thérapeutique semblerait - sectarisé- à outrance et tu entretiendrais par tous les moyens la dépendance… »

Tu interviens tout en plantant ton regard magnétique dans le mien:

  • « Erin, qu' essayes- tu de me dire? »

Scotchée au fauteuil, je tords mon foulard dans tous les sens... Je baisse les yeux, bafouille:

  • « Bien... en fait... heu... je ne sais pas ... Je suis gênée.... Ben voilà, parfois, je me dis que tout n' est peut- être pas faux et il m' arrive de douter de Toi… »

Tu te défends alors sur un ton calme , empreint de douceur:

  • « Sache que j' ai toujours fait preuve de bienveillance envers toi, je pense m' investir énormément dans mon travail. Maintenant, il est rare que l' entourage adhère à la thérapie vu les changements qu' elle apporte non seulement pour le thérapeuté mais aussi pour la famille. Ce qui est perçu positivement par l' un ne l' est pas forcément par les autres; ils en ont sans doute peur, ne sont pas encore prêts à l' accepter ou à l' assumer… »

Un long silence s' installe au cours duquel je réfléchis à toute volée: « Je voudrais tant te croire sur parole; à la place, je me sens littéralement perdue... Forcément, tu ne vas pas me tenir le discours inverse et te - pendre- ! D' un autre côté, même si c' est ton gagne- pain, ce n' est pas pour autant contradictoire ni avec ta bienveillance, ni avec ton authenticité... »

Une valse effrénée de questions sans réponse se bousculent alors dans mon esprit:

« Et si tout était feint du début à la fin? Si chacune de tes postures ( le ton de ta voix, ta position, tes larmes, ton rire, ton empathie, tes colères, ta déco, ...) était travaillée avec soin? Cela voudrait donc dire qu'il n' y aurait aucune place pour une relation sincère, d' égal à égal? Tout ne serait ainsi que pure manipulation ? »

A mon plus grand regret, ce cruel doute constant finit inlassablement, encore et toujours par prendre le dessus jusqu'à ce qu' un furtif éclair me rassure comme une certitude absolue:

« Seuls les yeux ne mentent pas; si les tiens me trompaient, je le devinerais illico!!!!!!! Et ce n' est pas le cas en ce moment , ce ne le fut d' ailleurs jamais jusqu' ici… »

Tes mots interrompent brusquement mes pensées entêtantes:

  • « Qu'est -ce qui , selon toi, pourrait t' arranger dans cette situation? »

Interloquée par cette question pour le moins surprenante, je demeure d' abord bouche- bée avant de me reprendre. Je tente une réponse indirecte; je t' exprime plutôt mes idées embrouillées:

  • « Je suis à bout de jongler financièrement pour me permettre de financer ma thérapie. Mes domiciliations pour la mutuelle et l' assurance hospitalisation, faute d' approvisionnement sur mon compte, viennent de sauter et mon conjoint est très en colère.... Je voudrais être - La- femme parfaite , idéale mais j' en suis tellement loin! »

Tu enchaînes:

  • « Comment faites- vous pour vous partager les frais du ménage ? »

Je poursuis:

  • « Il s'occupe des frais inhérent à la maison ( électricité, eau, taxes) et à sa voiture; je fais toutes les courses, règle les factures internet et mes frais médicaux et ceux de mes puces. »

Tu interviens:

  • « Trouves- tu cela - juste- pour toi? »

Avec une infinie tristesse, je constate amèrement:

  • « Non... Bien sûr que non.... Ce n' est pas juste pour moi!!!! Ce n' est pas un partage équitable vu la différence entre nos deux revenus.... Il perçoit un traitement deux fois et demi supérieur à mes allocations!!!!!! »

Tu rebondis:

  • « Qu' imagines-tu pouvoir mettre en place pour changer cela? »

Dépitée, les poings serrés, je marmonne :

  • « Je ne sais même pas ce que je dois en penser ni en faire.... Je vis juste dans l' angoisse de ne pas parvenir à satisfaire ses désidératas tout en me sentant dépouillée... de toute part… »

Tu reviens, l'air de ne pas y toucher, avec ta question précédente:

  • « Mais Erin, qu' est- ce qui pourrait t' arranger dans cette situation? »

« Comme si je pouvais y trouver un quelconque plaisir », pensai- je très fort avant de te lâcher, agacée:

  • « Ben, c'est pas évident à t' expliquer... Je me sens honteuse car à chaque fois que je le sens de mauvaise humeur ou qu' il risque de l' être, j' utilise avec lui la séduction et le sexe pour obtenir une paix temporaire ; je fais le même quand je suis à court financièrement pour te payer. »

Tu résumes:

  • « Donc, si je comprends bien, le sexe est un moyen d' obtenir ce que tu veux? »

Je confirme, mal à l' aise, les joues en feu et termine:

  • « Le pire, c'est que je sais pertinemment avant de... enfin... de passer à l' acte que je vais casquer physiquement : j' aurai des douleurs intenables dans les reins, le bas- ventre et le dos avec cette impression de ne plus savoir avancer. Je me dis que je le mérite; après tout, je ne récolte que ce que j' ai semé: toutes ces souffrances sont un juste châtiment!!! C' est comme si je devais avoir mal pour expier mes erreurs, mes mauvais choix etc. »

La petite phrase que tu prononces pudiquement ensuite m' émeut particulièrement:

  • « Erin, la vie est une dure lutte mais elle n' est pas vaine… »

Oufff, l' heure tourne, c' est fini pour aujourd'hui! Je me relève difficilement, et pour cause: mon genoux s' est bloqué et me fait un mal de chien! Greee...

Bref, tu retournes à ton bureau , regardes ton agenda pour me fixer une nouvelle date. Pour déconnecter un peu, je chipote à tes affaires . Ohhh, que vois- je là? Un drôle de pot .... Qu' est- ce donc? Je le soulève, le retourne... J'entends à peine ton " Att..." que patatras, toute l' encre coule sur mes doigts, ma main, et..... ta table ! Aie aie aie....

Plus aucun doute ne subsiste sur ma question: c'était bel et bien un encrier !!! Oups, je me fige, tétanisée par ta probable réaction... mais tu tournes cela à la plaisanterie et me tends des mouchoirs pour essuyer mes mains.

Ce soir, je suis complètement déboussolée; je passe, en un temps record, par tous les sentiments: du rire aux larmes, de la révolte à l' abattement... Je sais déjà que ma nuit sera en proie aux réflexions, en apparence, les plus farfelues les unes que les autres.…

18. 03. 2024

Fermement décidée à réparer ma connerie , je t' envoie ce texto:

  • « Je suis très confuse par mon énorme maladresse commise hier- soir mais je pense avoir trouvé un moyen d' y remédier de manière assez originale. J' aurais juste besoin des dimensions de la plaque en bois qui recouvre ton bureau : peux- tu me les transmettre quand tu en auras le temps ? Merci. »

24. 03. 2024

Nous nous retrouvons à nouveau dans cet Antre Nous thérapeutique:

  • « Alors Erin, qu' est- ce qui est présent chez toi aujourd'hui?

  • Tu vas peut-être en rire mais je n' arrête pas de penser à ma bêtise. Je suis vraiment navrée d'avoir abîmé par mégarde ce qui t' appartient.

  • Comment ? En rire? Non, justement je pensais le repeindre…

  • Ah bon... Au fait, as- tu reçu mon message du 18 mars?

  • Oui, je ne t' ai pas répondu car je m' occuperai bien de cela tout seul! »

Sur un ton humoristique, je t'envoie:

  • « Oooohhh,, ben dans ce cas, va te faire foutre hein! »

Du tac au tac, tu ripostes joyeusement:

  • « Oui, et avec de la vaseline, c' est encore mieux, Erin! »

J'éclate de rire.... Tu ne tardes pas à partager ce fou- rire mémorable! Mon visage s' assombrit subitement, puis d' une voix grave, mes yeux accrochés aux tiens:

  • « Tu sais, j' ai vraiment eu la trouille que tu ne t' énerves, j' étais comme paralysée.... »

Tes traits se crispent, j'ai cette impression d' apercevoir le reflet de ma propre douleur dans les abysses de cet indéfectible azur à l' instant où tu prononces:

  • « Je n' en doute pas, j'ai vu -ça-... A quoi cela te ramène- t- il? »

Accablée par ce chagrin intériorisé, je te rétorque:

  • « Ma mère avait peut- être raison sur ce point, je détruis tout ce que je touche... »

Je te vois à la fois attentif et ému face à mes propos; je poursuis:

  • « Je me dégoûte profondément, je me sens très souvent nulle, ridicule, infâme,.. Je suis peut- être vraiment démoniaque , hérétique, bonne à raser et à brûler sur un bûcher... »

Tu me proposes, avec finesse, du bout des lèvres:

  • « J'aimerais que tu réfléchisses pour la semaine prochaine à ce que tu pourrais mettre en oeuvre afin de chasser ce mal- être. »

31. 03. 2024

Je suis persuadée que l' asthme de ma fille est lié à mon ressenti actuel, j' ai vraiment intérêt à bosser très dur sur moi- même pour qu' elle puisse guérir rapidement!!! C' est d'ailleurs le sujet sur lequel j' aimerais travailler lors de notre prochaine rencontre.

02. 04. 2024

Je transpose tout ce " bric- à- brac" dans mon photo- poème « Chassé croisé » :

« Ô Chassés- croisés intermittents dans ce folklore intemporel où toutes forges vulcanoïdes évidées, vos alcôves calcinées , devinrent malgré elles le cloître de cette pudibonderie résiduelle ! A travers cet édifiant foisonnement, qui attise donc leurs débâcles déifiées???

Que seraient ainsi ces Corps- à- coeurs martelés par cette gestuelle étriquée d'antan où y déambulaient avec une grâce bien pensante maints affriolants regards- papillon ?

Peut- être reflètent- ils chaque ébauche aphrodisiaque élue sur tes charbons ardents ou quelque vagissement intempestif châtié sans nulle affliction sur nos piètres addictions... »

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