Chapitre 8 – Une simple corvée

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Les préparatifs furent d’une simplicité presque déroutante.
Aucun uniforme ne me fut remis. Aucune consigne solennelle ne m’accompagna. On se contenta de me fournir un laissez-passer scellé du sceau royal, quelques documents de circulation, et une brève note précisant le motif officiel de mon déplacement : remise d’archives anciennes dans le cadre d’une coopération culturelle.

La formulation était choisie avec soin.
Assez vague pour ne rien promettre.
Assez respectable pour ne susciter aucune question inutile.

Il ne s’agissait pas d’une mission diplomatique au sens strict, ni d’un échange officiel entre souverains. La lettre serait remise par l’intermédiaire des ambassades, selon les usages en vigueur, mais sans annonce préalable. Une formalité, m’expliqua-t-on. Une marque de courtoisie tardive, tout au plus.

Je pris connaissance de l’itinéraire sans difficulté. Une première halte à l’ambassade elfique de Methysta, puis un passage par les relais habituels. Rien d’inhabituel. Rien qui justifie une escorte particulière. On me la proposa tout de même, brièvement, avant de conclure qu’elle ne serait pas nécessaire.

Je notai cette hésitation sans la commenter.

On m’indiqua que je n’aurais pas à ouvrir l’enveloppe, ni à en traduire le contenu. Le document devait être remis tel quel, sans interprétation, sans commentaire. Je demandai s’il convenait de préparer une copie officielle pour les archives royales. On me répondit que cela avait déjà été fait.

Cette réponse, plus que toutes les autres, me laissa une impression étrange.
La lettre était donc connue.
Mais pas de moi.

Je passai à la bibliothèque récupérer quelques affaires, par habitude plus que par nécessité. Un carnet vierge, ma plume enchantée, et le strict minimum. Rien qui évoque un voyage important. Rien qui puisse attirer l’attention. Je n’évoquai mon départ que de façon formelle, selon l’usage. Il fut consigné sans commentaire, puis aussitôt oublié.

Dans la cour intérieure, le chariot de dépôt m’attendait.

Un petit véhicule à deux roues, de bois sombre et de ferrures discrètes, utilisé pour les remises courantes. L’âne gris qui le tirait semblait à demi assoupi, attaché lâchement à l’anneau de pierre. Il leva à peine la tête à mon approche, comme s’il reconnaissait déjà la routine.

On disait qu’il connaissait la route mieux que ceux qui l’empruntaient. Je n’avais jamais cherché à vérifier cette réputation, mais je savais qu’il avait fait ce trajet plus de fois que je ne pouvais m’en souvenir.

Je plaçai la sacoche dans le coffre, refermai soigneusement, puis pris place sans hâte. Il n’y eut ni signal, ni départ solennel. L’âne tira doucement sur le timon, et le chariot s’ébranla presque de lui-même.

Lorsque je quittai la capitale, à l’aube, la ville n’avait pas encore repris son agitation habituelle. Les rues étaient calmes, presque indifférentes à mon passage. Le chariot avançait à un rythme régulier, les roues grinçant doucement sur les pavés.

À cet instant précis, rien ne distinguait ce déplacement d’une livraison ordinaire.
Une archive parmi d’autres.
Un trajet parmi tant d’autres.

Et pourtant, je ne parvenais pas à me défaire de l’idée que cette simplicité même était une précaution. Que le silence autour de cette lettre valait bien plus que toutes les formules officielles qui l’accompagnaient.

Je n’étais qu’un messager.
C’était, du moins, ce que l’on avait décidé.

Xoxo,
Isekai Gazette

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