Chapitre 12 — Le chemin du retour

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Le retour s'effectua comme le départ.

Je quittai le palais comme j’y étais entré, sans escorte apparente, guidé par des présences qui ne m’accompagnèrent que jusqu’à la lisière. Le chariot m’attendait là où je l’avais laissé. L’âne leva la tête à mon approche, comme s’il avait toujours su que je reviendrais seul.

Je pris place sans hâte.

La forêt de Naerilwen se referma derrière moi avec la même douceur qu’à l’aller. Rien ne semblait avoir changé, et pourtant je n’étais plus tout à fait le même. Le chemin me parut plus long, non par la distance, mais par ce qu’il laissait au silence.

Je ne pensai pas à la lettre.
Plus maintenant.

Elle avait atteint sa destination. Ce qui devait être compris l’avait été. Le reste ne m’appartenait plus.

Lorsque les arbres commencèrent à s’espacer, la lumière changea à nouveau. Moins filtrée. Plus directe. Le monde humain reprenait lentement ses droits, sans brusquerie, comme s’il attendait que je sois prêt.

Je reconnus la halte avant même d’en distinguer les silhouettes.

Les voix portaient jusqu’au chemin, mêlées de rires et de protestations feintes. Le chariot ralentit de lui-même. Je n’intervins pas. Pour une fois, je n’en avais pas envie.

Ils étaient là.

La classe, installée à l’écart de la route, profitant d’un moment de pause que l’entraînement rendait nécessaire. Les armes étaient posées à même le sol, les sacs ouverts, les gourdes passaient de main en main. Certains étaient étendus dans l’herbe, d’autres discutaient à voix basse, épuisés mais satisfaits.

Ninomya-sensei me vit presque aussitôt.

Son visage s’éclaira d’un sourire franc, sans question, sans attente. Il leva la main dans un geste simple, et je m’arrêtai enfin.

Je descendis du chariot.

Tout le monde me fit bon accueil, me demandant si tout allait bien. Nous discutâmes brièvement, de choses simples, de mon travail à la bibliothèque. Je réalisai que je n’avais pas parlé à certains depuis presque un an. Le temps passe vite.

Enfin, je retrouvai mes amis.
Takumi dormait déjà, étendu dans l’herbe, le souffle régulier. Aoi était assise un peu plus loin, occupée à faire jouer distraitement un mince filet d’eau entre ses doigts. Kaoru observait la scène en silence, les yeux mi-clos, l’air faussement songeur.

Je m’allongeai près d’eux.

Nous n’avions pas besoin de longues embrassades, ni de démonstrations d’affection, ni même de salutations élaborées. Pour une raison que j’ignore, il nous suffisait de nous asseoir là, de nous regarder, pour nous comprendre.

Nous parlions, riions, partagions beaucoup de choses, évidemment. Mais ce lien instinctif, indescriptible, suffisait à lui seul. Et à cet instant précis, il était tout ce dont j’avais besoin.

Je crois qu’ils avaient compris que ma mission était plus importante qu’elle n’en avait l’air. Tout comme je compris bien vite que cet entraînement était plus sérieux que je ne l’avais cru. Une pensée, que je n’avais jamais réellement formulée jusqu’alors, me traversa l’esprit.

La guerre contre les forces obscures et le roi démon devenait réelle.

Et je le sentais.

Je pris soudain conscience que je pouvais perdre l’un d’eux — ou même tous — pour de vrai. Malgré la chaleur du soleil et la légèreté de l’air, tout me sembla brusquement plus lourd.

Nous déjeunâmes ensemble, simplement.

Rien de solennel. Chacun partagea simplement ce qu’il avait apporté. On échangea des nouvelles, quelques anecdotes sans importance, des détails d’entraînement, des progrès minuscules que chacun faisait semblant de trouver remarquables. Il y eut même quelques blagues, un rire étouffé, un soupir faussement exaspéré.

La normalité, précieuse.

Puis le moment vint. Celui où le départ s'impose naturellement. Je me relevai le premier. Les conversations s’éteignirent d’elles-mêmes. Nos regards se croisèrent, un à un. Aucun mot ne fut nécessaire. Nous savions tous que cet instant n’était pas anodin. Que les chemins, pour un temps au moins, se séparaient.

— À bientôt, dis-je simplement.

Ils répondirent de la même manière.

Je repris la route sans me retourner.

Peut-être était-ce réellement un « à bientôt ».

Peut-être pas.

Xoxo,
Isekai Gazette

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