Chapitre 15 – L’Oiseau Bleu
L’emblème stylisé de l’oiseau y était dessiné, ailes entrouvertes, figé dans un mouvement ambigu — ni tout à fait posé, ni vraiment prêt à s’envoler.
Je n’avais jamais entendu parler de cet endroit.
Et pourtant, j’aurais juré connaître la ville.
Mal m’en avait pris.
La Marquise s’arrêta, jeta un bref regard derrière nous, puis poussa la porte sans hésitation.
À l’intérieur, la lumière était basse, étudiée. Pas assez sombre pour masquer les visages, pas assez franche pour les révéler complètement.
Quelques silhouettes étaient déjà présentes, réparties autour de petites tables, engagées dans des conversations murmurées.
Pas plus d’une dizaine de personnes. Peut-être moins.
— Tu vois, murmura-t-elle en avançant, le monde change plus vite que les habitudes.
— Certains préfèrent l’ignorer. D’autres… anticiper.
Elle m’indiqua une place d’un simple geste.
Les regards se posèrent brièvement sur moi. Curieux, évaluateurs.
Puis ils se détournèrent presque aussitôt.
Ici, la curiosité devait rester polie. La discrétion faisait partie intégrante du décor.
— Tu n’es pas ici pour parler, ajouta-t-elle à voix basse.
— Du moins, pas encore.
Son regard glissa vers la poche intérieure de ma veste.
— Montre-leur.
Je compris alors pourquoi elle m’avait fait descendre.
Je sortis l’objet calmement.
Une simple cigarette électronique. Rien de spectaculaire. Un cylindre sobre, discret, bien éloigné des pipes ouvragées ou des mélanges odorants auxquels ces cercles étaient habitués.
L’effet fut immédiat, mais contenu.
Un intérêt feutré.
Une méfiance calculée.
Puis, très vite, une curiosité plus précise.
— Pas de combustion, expliquai-je calmement.
— Moins d’odeur. Moins de résidus. Un contrôle plus fin de la substance utilisée. Et surtout… une discrétion accrue.
Je n’avais pas besoin d’en dire davantage.
Les questions vinrent d’elles-mêmes.
Sur la diffusion.
L’adaptabilité aux produits existants.
La possibilité d’un usage plus… ciblé.
D’un marché parallèle, plus propre, plus maîtrisé.
La Marquise observait, silencieuse.
— Naturellement, intervint-elle enfin, si ce type de dispositif devait poser problème…
Elle haussa légèrement les épaules.
— Il serait toujours possible d’en attribuer l’origine à des influences extérieures.
Les voyageurs.
Les étrangers.
Ceux qui apportent avec eux des habitudes nouvelles.
Personne ne protesta.
Personne n’approuva.
Mais chacun comprit.
Je pris alors pleinement conscience de ce que je représentais ce soir-là.
Ni un invité.
Ni un partenaire.
Ni même un complice.
Un objet d’évaluation.
Un produit potentiellement juteux.
Et, dans le pire des cas, une explication commode.
Xoxo,
Isekai Gazette

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