Chapitre 16 — L’after

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La soirée prit fin.

Les conversations s’étiolèrent naturellement, comme si un signal invisible avait circulé entre les tables.

Les silhouettes se levèrent une à une, réglèrent quelques détails à voix basse, puis quittèrent les lieux sans effusion.

Rien ne ressemblait à une fin précipitée.

Simplement à une conclusion admise d’avance.

Je me levai à mon tour.

La Marquise m’accompagna jusqu’à la sortie, sans me presser.

Devant la porte, elle s’arrêta, ajusta distraitement un pli de sa manche, puis posa sur moi ce regard tranquille qui ne cherchait ni mon accord ni mon assentiment.

— Tu t’en es bien sorti, dit-elle.
— Discret. Utile.

Elle marqua une pause, juste assez longue pour que je comprenne que ce qui allait suivre était une faveur.

— Nous avons évoqué une répartition simple. Une part modeste, bien sûr. Mais régulière.
— Au rythme actuel, ajouta-t-elle, au bout d’un mois… tu pourrais t’offrir ce fameux papier duplicable dont tu parles tant aux archives.

Elle sourit.

— Une aide, si l’on veut. Une reconnaissance.

Son regard se fit plus perçant, sans perdre sa douceur.

— Tant que tu conserves cette discrétion qui te caractérise, tout ira bien.

Elle ouvrit la porte.

— Tu n’es pas une menace, mon petit oiseau bleu.
— Tu es… une opportunité.

L’air nocturne me frappa au visage en sortant. La porte se referma derrière moi sans bruit.

Je restai un instant immobile dans la ruelle vide.

Puis je repris ma route.

En une seule soirée, elle venait de m’embarquer — contre ma volonté — dans ses affaires parallèles.
Elle m’avait menacé sans jamais élever la voix.
Et tenté de me corrompre avec… du papier duplicable.

Je gloussai intérieurement.

Je me demandai sincèrement ce que j’avais pu dégager pour qu’elle pense que ce papier, aussi formidable fût-il, puisse constituer un véritable moyen de pression.

L’objet était précieux, certes. Rare. Utile.

Mais il n’avait jamais été ce qui me guidait.

En revanche, une chose était claire : j’étais dans de beaux draps.

Devais-je en informer le Grand Chambellan lors de ma prochaine visite ? Demander une audience aurait immédiatement paru suspect.

Et à l’évidence, la Marquise disposait d’yeux et d’oreilles bien au-delà de ce que j’aurais voulu imaginer.
Prendre quelques congés, disparaître dans un autre pays ?

La bibliothèque regorgeait d’ouvrages détaillant les nations du monde.

Mais, à part trouver le moyen de retourner sur Terre, rien ne me garantissait que son influence ne s’étendait pas au-delà des frontières du royaume.

Une chose, en revanche, ne faisait aucun doute.

Elle comptait infiltrer et parasiter le marché légal de l’exhalation. Y écouler sa came sous couvert d’innovation.

Et m’en imputer la responsabilité en cas de problème.

Un intermédiaire commode.
Un fusible discret.

C’est avec ces pensées en tête que j’arrivai, sans même m’en rendre compte, au pied de mon immeuble.

Il était aux alentours de deux heures du matin.

Demain, je paresserais un peu.
Prise de service à dix heures.
Déjeuner chez Lily à midi.
Retour aux archives à quatorze heures.
Fin à seize heures.
Un peu de flânerie. Puis la préparation pour mon service nocturne au Moulin Pourpre.

La routine.

Comme si rien n’avait changé.

Xoxo,
Isekai Gazette

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