Chapitre 17 — La continuité des jours
Le lendemain se déroula comme prévu.
Je pris mon temps.
Un luxe rare, que je m’autorisai sans culpabilité.
La fatigue de la veille se dissipa lentement, sans disparaître complètement.
Certaines nuits laissent des traces que le sommeil ne suffit pas à effacer.
À dix heures, j’étais aux archives.
Les gestes revinrent d’eux-mêmes. Les classements. Les vérifications. Les annotations marginales que personne ne lisait jamais vraiment, mais qui finissaient toujours par servir à quelqu’un.
Rien ne trahissait l’agitation de mes pensées.
Ici, la régularité était une protection.
Je notai des incohérences mineures.
Des dates légèrement décalées.
Des signatures dont l’encre ne correspondait pas tout à fait à la période supposée.
Rien d’assez grave pour alerter qui que ce soit.
Juste assez pour être retenu.
À midi, je déjeunai chez Lily.
Elle parla beaucoup.
De la pluie à venir, d’un client pénible, d’une rumeur sans importance concernant une maison hantée.
Je l’écoutai, répondis quand il le fallait, ris quand c’était attendu.
À aucun moment elle ne me posa de question. Et je ne lui en posai aucune.
Nous avions toujours fonctionné ainsi et j’appréciais le côté chaleureux de son restaurant.
De retour aux archives à quatorze heures, je repris là où je m’étais arrêté.
Un parchemin mal conservé, une restauration à prévoir. Je fis une note.
Une autre.
Puis encore une.
À seize heures, je quittai les lieux sans précipitation.
Je flânai un peu dans les rues.
Pas assez pour attirer l’attention. Juste ce qu’il fallait pour me fondre dans la ville.
Les étals se repliaient, les voix changeaient de tonalité. Le jour cédait doucement la place à autre chose.
En rentrant, je pris un instant pour ranger et trier mes affaires.
Mon téléphone reposait là, inerte, au fond d’un tiroir. Objet étranger, silencieux. Je ne le touchai pas. Ici, nos téléphones étaient inutiles.
Mais pour une étrange raison, je ne pouvais m’empêcher de le regarder.
Comme si j’attendais une réponse de sa part.
Si seulement l’IA pouvait m’aider… pensai-je.
Je le rangeai à nouveau.
La nuit tombait lorsque je me préparai pour le Moulin Pourpre.
Rien n’avait changé.
C’était précisément ce qui m’inquiétait.
Xoxo,
Isekai Gazette

Annotations