Chapitre 20 — Le poids des silences

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Le Moulin Pourpre était déjà animé lorsque j’arrivai.

Un peu plus que d’habitude, peut-être. Ou bien était-ce simplement mon attention qui s’attardait désormais sur des détails que je n’aurais pas remarqués auparavant.

Les lumières étaient tamisées comme toujours, la musique douce, les conversations feutrées.

Rien ne trahissait l’événement qui m’avait retenu ailleurs.

On m’accueillit sans commentaire.
L’établissement avait été informé : une affaire administrative liée aux invoqués, sans plus de précision.

Elohir, le responsable adjoint, me rassura tout en me tendant ma tenue de travail.

Je hochai la tête et pris place, comme si rien n’avait changé.

Les tables que je devais servir avaient été redistribuées.

Quelques clients habituels me saluèrent d’un signe de tête, sans poser de question.

Ici, on respectait les absences tant qu’elles étaient justifiées — et surtout tant qu’elles n’étaient pas commentées.

Je repris mes gestes.

Servir.
Sourire.
Écouter.

Les conversations roulaient sur des sujets sans importance : un contrat commercial en suspens, une récolte décevante, une rumeur de déplacement de troupes à la frontière.

Rien que je n’aie déjà entendu ou qui mérite d'être noté.

Et pourtant, je sentais une attention diffuse.

Pas hostile.
Simplement… présente.

La Marquise de Welgrimard arriva un peu plus tard que d’ordinaire.

Elle n’était pas pressée. Elle ne l’était jamais. Elle s’installa à sa table habituelle, posa ses gants avec soin, puis leva les yeux vers moi avec ce sourire tranquille qui ne demandait rien, mais n’oubliait jamais.

— On m’a dit que tu avais été retenu au palais, dit-elle doucement.

Ce n’était pas une question.

— Une affaire administrative, répondis-je. Liée aux invoqués.

Je repris mot pour mot la formule qu’on m’avait donnée. Elle en reconnut aussitôt la nature. Son regard s’éclaira d’un amusement discret.

— Évidemment.

Elle ne commenta pas davantage. Pas tout de suite.

Elle parla d’autre chose. De la soirée. D’un invité absent. D’un vin dont le goût lui semblait avoir changé depuis la dernière fois.

Des banalités soigneusement choisies.

Puis, entre deux phrases, presque distraitement :

— Ce genre d’affaires est rarement urgent… à moins qu’il ne s’agisse de quelque chose de délicat.

Je servis sans m’arrêter.

— Les affaires du palais ont leurs priorités, dis-je simplement.

Elle hocha la tête, pensive.

— Bien sûr.
— Et tu n’as rien vu d’inhabituel ?

Je relevai les yeux vers elle. Son expression était douce. Trop douce pour être innocente.

— Rien qui me concerne personnellement, répondis-je.

Elle sourit.

Pas vexée.
Pas convaincue.

— Je vois.

Elle porta son verre à ses lèvres, sans me quitter du regard.

La question n’avait pas été posée.
Mais elle l’avait été quand même.

Xoxo,
Isekai Gazette

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