Chapitre 31 — Là où je n’allais plus

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Je les cherchai partout où ils auraient dû être.

Aux portes de la ville.
Près des auberges de passage.

Dans les tavernes trop bruyantes pour les conversations longues.

Rien.

Des aventuriers, il y en avait. D’autres bandes. D’autres visages. Mais pas les leurs.

Comme s’ils s’étaient dissous dans le flux ordinaire, ou comme si je les avais simplement manqués de peu.

Cette impression agaçante de courir après une trace encore tiède.

Je finis par ralentir.

Sans but précis, je laissai mes pas décider pour moi.

Et, sans surprise, ils me ramenèrent là où je revenais toujours quand je n’avais plus rien à chercher : devant la boutique d’aromatiques.

Celle où l’on venait exhaler plutôt que fumer. Un lieu discret, presque invisible pour qui ne savait pas ce qu’il cherchait.

Je m’arrêtai un instant devant la vitrine.

L’odeur familière me calma un peu. Pas assez pour effacer la tension, mais suffisamment pour m’empêcher de rebrousser chemin.

Je m’apprêtais à entrer quand une voix, plus loin, attira mon attention.

Une voix sèche. Contenue.
Pas une dispute de rue.

Elle venait de la direction du Moulin Pourpre.

Je me retournai.

À distance, je distinguai un petit attroupement devant l’entrée. Pas assez pour faire scandale.

Juste ce qu’il fallait pour créer un malaise.

Des silhouettes chargées de sacs, d’armes, de poussière de route.

Et, face à eux, Elohir.

Même de loin, je reconnus sa posture.

Droite.
Calme.

Je m’approchai sans me presser.

— Je comprends parfaitement que vous ayez de l’or, disait Elohir d’un ton égal. Ce n’est pas la question.

L’un des aventuriers fit un geste vague, agacé.

— On veut juste boire un verre.

— Et je vous dis que ce n’est pas possible, répondit Elohir sans hausser la voix. Pas ici.

Il n’y avait ni mépris, ni provocation dans ses mots. Juste un constat.

— Vous êtes bruyants. Vous êtes armés. Et vous n’êtes pas habillés pour cet établissement. Ce n’est pas un jugement moral. C’est une question d’harmonie.

Un rire bref s’échappa du groupe.

— Sérieusement ? On a vu pire.

Elohir hocha lentement la tête.

— Sans doute. Mais pas ici.

Il marqua une pause, puis ajouta, avec une franchise presque cruelle :

— Vous détonnez. Et les gens qui viennent au Moulin Pourpre apprécient le calme et la discrétion.

Un silence suivit.

Je reconnus alors les voix. Les silhouettes. Le ton.

C’était eux.

La même bande que sur la place.

L’un d’eux fit un pas en avant, visiblement tenté d’insister. Un autre le retint d’un geste discret. Ils échangèrent quelques mots à voix basse. De l’or fut brièvement évoqué. Sans effet.

— L’or n’achète pas le silence, conclut Elohir. Ni l’ambiance.

Je sentis un sourire me tirer les lèvres, malgré moi.

C’était exactement ça.

Les aventuriers reculèrent finalement d’un pas. Pas vexés. Pas humiliés. Juste… recalés.

Comme on l’est quand on tente d’entrer dans un lieu qui n’est pas fait pour soi.

Je compris alors que ma “malchance” n’en était pas une.

Je ne les avais pas trouvés parce qu’ils étaient venus là où je ne les cherchais pas.

Là où je travaillais.
Là où ma vie pépère avait pris forme.

Et pour la première fois, je les voyais de l’extérieur. Bruyants. Vivants. Déplacés.

Exactement comme ils devaient l’être.

Je restai à distance, observant la scène se dénouer.

Elohir se tourna légèrement, croisa mon regard une fraction de seconde.

Rien dans son expression ne trahit une reconnaissance immédiate.

Juste ce professionnalisme impeccable qu’il avait toujours eu.

Les aventuriers s’éloignèrent en riant à moitié, déjà en train de commenter l’épisode.

— Bon, ben… on a pas l’cul sorti des ronces, lança l’un d’eux, sans réfléchir.

Les autres rirent de nouveau.

Cette fois, je n’hésitai pas.

Je quittai l’ombre de la boutique et m’avançai vers eux.

La chasse venait enfin de prendre fin.

Xoxo,
Isekai Gazette

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