Chapitre 32 — Une phrase de trop

2 minutes de lecture

Je les laissai s’éloigner de quelques pas.

Pas par stratégie.
Par hésitation.

Je savais que si je ne disais rien maintenant, je les perdrais. Mais je savais aussi que ce que j’allais dire serait maladroit.

Rien de brillant ne me venait.

Juste cette urgence sourde de ne pas laisser le moment se refermer.

Ils s’étaient arrêtés un peu plus loin, près d’un étal fermé, occupés à ajuster leurs sacs, à plaisanter à mi-voix.

Le refus du Moulin Pourpre semblait déjà digéré, rangé parmi les anecdotes sans importance.

Je pris une inspiration.

Et je parlai.

Dans un français un peu hésitant.

Celui que je m'étais appliqué à apprendre, au gré d'une énième affectation professionnelle de mon père.

— Elles sont jolies, vos bottes.

Je sentis la honte me monter aux joues avant même d’avoir fini la phrase.

Ils se retournèrent.

Tous.

Le silence qui suivit fut bref, mais dense. Le genre de silence où l’on décide très vite si l’on va rire ou se méfier.

L’un d’eux haussa un sourcil.

Puis éclata de rire.

Un rire franc, incontrôlé.

— Mes bottes… s’esclaffa-t-il. En français.

Les autres le regardèrent, interloqués.

Il se reprit aussitôt dans la langue locale, un sourire encore accroché aux lèvres, et expliqua quelque chose que je ne saisis pas entièrement.

Mais l’atmosphère avait changé.

Je restai là, un peu raide, regrettant déjà ma phrase.

Le Français me regarda à nouveau, plus attentivement cette fois.

— T’es pas d’ici, toi, tu es d’où ? dit-il enfin.

Je secouai la tête.

Il sourit.

Un sourire discret, comme une reconnaissance silencieuse.

Les autres reprirent leurs discussions, déjà moins tendus.

L’un d’eux me fit signe de la tête, sans hostilité. Pas une invitation. Pas encore.

Mais je compris que la porte ne s’était pas refermée.

Je me joignis à eux sans qu’on me le demande vraiment. Nous repartîmes ensemble, sans destination claire, la conversation reprenant doucement autour de moi.

Derrière nous, le Moulin Pourpre s’éloignait.

Je sentais encore le poids de ma vie d’avant, de ses routines, de ses certitudes confortables. Mais il s’effritait à chaque pas.

Je n’avais pas trouvé les bons mots.

Mais on ne m'avait pas botté les fesses non plus.

Pour une fois, ça avait suffi.

Xoxo,
Isekai Gazette

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