Chapitre 35 — Une ombre dans la nuit

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Je quittai l’auberge seul.

La nuit était bien avancée.

Les rues s’étaient vidées peu à peu, laissant derrière elles des lanternes isolées et le murmure lointain de quelques pas tardifs.

L’air était plus frais, chargé de cette odeur particulière que prennent les villes quand elles cessent enfin de se raconter des histoires.

Je marchais sans me presser.

Les paroles de Bastien résonnaient encore en moi. Pas comme un avertissement brutal, mais comme une vérité qu’on reconnaît sans l’avoir cherchée.

J’étais trop absorbé par mes pensées pour prêter attention à ce qui m’entourait.

C’est au détour d’une rue que je la vis.

La Marquise de Welgrimard.

Elle se tenait sous la lumière douce d’une lanterne, immobile, comme si elle faisait partie du décor. Son manteau sombre épousait parfaitement sa silhouette.

Je m’arrêtai.

— Tu rentres tard, dit-elle avec ce sourire tranquille qui ne demandait rien, mais n’oubliait jamais.

Sa voix était basse. Mesurée. Comme si la nuit elle-même lui appartenait un peu.

— Les soirées de congé s’étirent parfois, répondis-je prudemment.

Elle inclina légèrement la tête.

— J’imagine.

Elle se mit à marcher à mes côtés sans me prévenir, son pas parfaitement calé sur le mien.

— La ville est intéressante, la nuit, poursuivit-elle. Les gens parlent plus librement. Ou croient le faire.

Je ne répondis pas.

— J’ai vu passer une bande d’aventuriers tout à l’heure, reprit-elle comme en passant. Bruyants. Vivants. Déplacés, dirait-on.

Je sentis son regard glisser sur moi.

— Pas vraiment du genre Moulin Pourpre.

— Non.

Elle sourit un peu plus.

— Et pourtant, tu semblais les trouver… intéressants.

Ce n’était pas une question.

Nous arrivâmes à l’embranchement qui menait vers chez moi.

Elle s’arrêta là, comme si elle avait parfaitement calculé le point exact où pousser la conversation sans jamais la forcer.

— Tu sais, dit-elle doucement, il y a des informations qui viennent à ceux qui les cherchent.

Elle marqua une pause.

— Et d’autres qui viennent à ceux qui se contentent d’être au bon endroit, au bon moment.

Son regard s’attarda une seconde de trop sur moi.

— Fais attention à ne pas confondre les deux.

Elle se détourna alors, me laissant seul sous la lanterne.

— Bonne nuit, conclut-elle, déjà en train de s’éloigner.

Je restai immobile quelques instants.

Bastien.
Le dominicain.
Les bugs.
Et maintenant, elle.

Je repris finalement ma route.

Chez moi, la porte se referma doucement derrière moi.

Le silence familier m’accueillit. Rien n’avait changé.

Mais je compris que la Marquise ne cherchait pas de réponses.

Elle collectionnait les trajectoires.

Et la mienne venait clairement de sortir de l’ordinaire.

Xoxo,
Isekai Gazette

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