Chapitre 42 – La route

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Le jour se leva.

La toile de la charrette filtrait une lumière pâle. Lorsque j’ouvris les yeux, nous roulions depuis plusieurs heures.

Bastien menait le cheval d’un pas régulier, sans chercher à forcer l’allure. Il n’y avait aucune urgence visible.

Et pourtant, je sentais cette tension légère, persistante, qui ne quittait pas la poitrine.

La route était sûre. Large, entretenue, balisée.

Des bornes de pierre jalonnaient le chemin à intervalles réguliers. Le genre de route où l’on ne se perd pas par hasard.

Je compris alors que le danger ne viendrait pas de la route elle-même.

Il viendrait de ceux qui savaient la lire.

Nous croisâmes un premier relais en fin de matinée.

Un bâtiment propre, un palefrenier attentif, un registre posé, bien en vue sur un pupitre.

Bastien s’y arrêta juste assez longtemps pour faire boire le cheval.

Personne ne posa de question.

Mais les regards restèrent un peu trop longtemps.

Nous repartîmes sans commentaire.

— S’ils ont lancé la Garde, murmura Bastien après quelques lieues, ils ne galoperont pas au hasard.
Il fit un geste vague de la main, désignant la route devant nous.
— Ils fermeront les options.

Je compris. Les carrefours. Les relais. Les passages obligés.
as besoin de poursuivre. Il suffisait de réduire l’espace.

— Et s’ils ne l’ont pas fait ? demandai-je.

Bastien haussa les épaules.

— Alors c’est que tu ne vaux pas une traque ouverte.

Ce n’était ni une consolation, ni une menace. Juste un constat.

Le reste de la journée s’écoula sans incident. Les paysages changeaient lentement. Des champs cédèrent la place à des bois plus clairsemés. Les fermes se firent plus rares. Le monde semblait se diluer à mesure que nous avancions.

À la nuit tombée, nous nous arrêtâmes à l’écart de la route. Pas dans une auberge. Pas dans un relais officiel. Juste assez loin pour ne pas être visibles, assez près pour repartir vite.

Personne ne vint.

Je dormis mal. Non pas par peur, mais par attente.

Celle d’un bruit de sabots, d’un ordre crié, d’un événement qui justifierait enfin cette tension absurde.

Rien ne se produisit.

Le deuxième jour confirma cette impression étrange. Les bornes de pierre changèrent de facture. Moins régulières. Les panneaux devinrent plus rares, parfois absents. La route elle-même semblait moins certaine de son tracé.

— On approche, dit Bastien.

Je n’eus pas besoin de demander de quoi.

Il n’y avait pas de frontière. Pas de barrière. Pas de poste de garde. Juste une transition progressive, presque polie, entre ce qui relevait encore d’un ordre et ce qui n’en relevait plus tout à fait.

Une zone sans maître, sans souveraineté claire.

À partir de là, une charge de cavalerie aurait été possible. Légale, même.
Mais elle aurait eu un coût. Trop visible.

Nous passâmes.

Toujours rien.

Lorsque Bastien ralentit enfin le cheval, je compris que c’était fait. Pas parce que nous étions arrivés quelque part, mais parce que quelque chose avait cessé.

On ne nous suivrait plus.

Je réalisai alors que je ne m’étais pas échappé.
On avait renoncé à me retenir.

La route continua devant nous, indifférente.

J'ignorai si cela était bon signe.

Xoxo,
Isekai Gazette

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